AP du 113 – La Laverie Vol.1

Critique

Avec tout le respect qui est dû à AP, on se demande si un format court n’aurait pas été un meilleur choix, pour revenir en solo. La Laverie est un projet cohérent, mais qui  contient des défauts.

Les pieds dans le ghetto

Camille Groult a été une personnalité publique et politique au 19e siècle, rattaché à la ville de Vitry Sur Seine, dont il fut maire. Ce nom résonne dans cette commune marquée par le rap, comme le point de départ, au 113 Rue Camille Groult, d’une toute autre carrière. Celle d’un groupe en pleine jeunesse et rempli d’ambition, qui nomma son premier album « Les Princes de la Ville » [1999]. La suite appartient à l’Histoire.

Sur leur second album, « 113 Fout la Merde » sorti en 2002, on retrouvait à nouveau, un solo d’AP. Loin de l’exercice de style qu’il avait entrepris précédemment avec « Tonton des Îles », il célébrait cette fois, sa « 10ème bougie » dans le rap. Ce morceau était rafraîchissant de par la composition de Dj Mehdi, avec uniquement deux couplets et un refrain accrocheur qui revenait sans cesse. C’est à ce jour, le morceau qui apparaît comme le plus représentatif d’AP.

Il sortira tardivement « Discret » en 2009, à une époque charnière. Contrairement à ses collègues issus de son collectif, il n’a pas placé de morceau calibré pour le grand public. Un point qui explique son manque de visibilité. Il est à l’image de l’adjectif choisi comme titre, pour son premier album solo.

Toujours un pied dans le vice

L’impression qui revient à l’écoute de ce Volume 1, c’est qu’on a bien Yohann Duport au micro, mais qu’il rappe en quelque sorte depuis son hall 13. Loin de l’estimation qu’il soit resté proche de son quartier, c’est le manque de recul qui n’est pas perceptible.

C’est l’un des plus sincères, de par sa situation, celle de quelqu’un qui subirait les réalités de sa zone (Liberté). On veut bien croire ce qu’il rappe au sujet du vice (Murder, Cote à 10, Marbella) mais ce n’était pas sous cet aspect, qu’il le retranscrivait auparavant. Ce qui crée un décalage et devient paradoxal.

Il aurait été préférable qu’AP soit plus actif dans sa carrière solo, pour éviter de reproduire des aspects de sa vie, qui paraissent passés. Le personnage ou la personnalité qu’il nous présente, semble être à mille lieux de celui forgé dans l’esprit du public, depuis vingt ans. On croyait connaître le rappeur.

L’autre pied dans le rap

Pour un artiste de son envergure, la quantité de morceaux qui sortent du lot est faible. On imagine qu’un feat 113 (Rim’K est présent rapidement sur la fin de Tu peux compter sur moi) n’était pas d’actualité mais dans son style, avoir des invités de son acabit, aurait apporté un avantage. Quand il chante, c’est dispensable et l’on peut capter la référence empruntée (Liberté).

Il ne perd pas ses moyens lorsqu’il invite ceux qui correspondent à la tendance actuelle (Palette rouge, Paparazzi). Ils répondent présents sans échouer (Charbonner). D’ailleurs, contrairement à certains de la nouvelle génération, le rap utilisé par AP, ne peut pas être considéré comme générique. Il est avec la Mafia K1 Fry, à la base de ce style, que peuvent affectionner les adeptes de la drill. Ce flow linéaire, mais selon la personne qui l’emploie, dégage un certain charisme dans la voix. C’est donc un bon retour des choses et peut être ce qu’il a emmené à sortir un projet.

Sa sympathie naturelle n’est pas retranscrite dans son univers musical. Pourtant, il le dit lui-même : toujours le sourire. Il va même jusqu’à prendre parti, en se considérant plus comme Federer que, Nadal. Ce qui conditionne une certaine classe dans le jeu. La musicalité est là, mais elle est régie par un style imposé. AP reste dans la rime classique et quelques fois à ses dépens, car elles sont prévisibles. Ce schéma de finir ses phases en [é] ou de faire rimer un refrain ainsi : ée-ais-er-aie (GP94) est exagéré. Il y a des moments d’ascension (Parole d’homme, Carbo), de folie même, mais de manière discontinue. Le tout oscille entre des bonnes et mauvaises phases dans le même couplet. C’est ainsi, qu’on ressent qu’il peine à finir et apporter de la consistance.

Famille nombreuse

AP apparaît comme le plus marqué par son appartenance au trio. Ce qui est encore plus touchant dans leur histoire, c’est que chaque membre en solo, a gardé l’appellation Du 113. Ils ont cette rigueur de rappeler leur aventure en équipe.

Si les morceaux sont courts, ce n’est pas pour rien. On sent l’empreinte de celui habitué à être accompagné. Le rap est une course de relais pour lui. Force est de constater qu’il n’y a pas de remplissage pour autant. Sa discrétion le suit jusque dans le minimalisme de ses morceaux. La composition des titres ne s’attarde pas à atteindre automatiquement trois couplets.

Bien entendu, on critique cet album avec les attentes de l’ère actuelle, mais aussi avec celles sur l’artiste. AP a capté la moitié en obtenant des productions réussies et des réalisations qui fonctionnent. Par contre, même s’il n’a rien à prouver du fait son parcours, on se doit d’en attendre plus de lui. Il pêche par paresse en restant dans le fossé des plus jeunes. S’il s’agissait d’un rookie au micro, La Laverie Vol. 1 serait bien mieux perçu.

« Camille Groult District / La fièvre avant la musique / C’est la rue / C’est pas l’industrie / 20 ans après que de la boucherie » [Bourbier]

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