Deen Burbigo – Cercle Vertueux

Critique

Absent durant trois ans, Deen Burbigo a fait son grand retour avec l’album Cercle Vertueux. Le rappeur de L’Entourage rendu célèbre par sa technique, sa voix grave et ses punchlines tranchantes a donc décidé de donner une suite à Grand Cru. Il est alors possible de se demander si ce projet vaut les trois années d’absence.

Les Prémices

Juillet 2020, le Deen dévoile un nouveau clip Tout Dedans. Il annonce dans la foulée qu’un album sortira en Novembre 2020. Le morceau est à l’image du rappeur, un rap technique, des phases bien senties, des références à L’Entourage ou à ses auditeurs « Qui a parlé pour rien ? Ça on va vite voir / À la fin / Mes saboteurs auront la victoire ».

Il délivre quelques mois plus tard le morceau Cercle Vertueux, titre éponyme du futur projet avec un clip à la réalisation excellente. La vidéo propose une vue en plongée avec un plan-séquence où l’on suit Burbigo à travers différentes étapes de sa vie.

Le timbre si grave, autrefois, est cette fois-ci atténué, la voix est plus suave et plus douce ; le rappeur semble proposer quelque chose de neuf. Le style est quant à lui resté identique dans la technicité et les flows, il n’hésite pas à clamer son amour de l’indépendance, et critique le rôle des majors « La major prend quatre-vingt-dix pourcents d’ton chiffre d’affaires / Le banquier prend deux pourcents d’c’qu’il t’avance / Zéro sur le chiffre d’affaires ».

Avec ces deux premiers extraits, Deen Burbigo fait saliver ses auditeurs. Il semble avoir trouvé le compromis entre nouveauté et authenticité. Il doit alors assumer cette direction artistique sur son projet Cercle Vertueux.

Affirmer son art et son univers

Depuis qu’il a foulé les scènes du Rap Contenders, DB a habitué le public à un rap rempli de technique. Il fait partie des meilleurs kickeurs de sa génération. Cercle Vertueux ne déroge pas à la règle, c’est un album rempli de technique à l’image de l’unique couplet sur Cercle Vicieux, premier morceau de l’album.

Deen ne fait plus de la technique pour de la technique, il a travaillé et perfectionné son style. Burbigo a trouvé la bonne recette à l’instar de son compère de toujours Alpha Wann, qu’il retrouve sur Immunité Diplomatique qui est une démonstration de force dont le refrain est une pure réussite :

Avant suffisait d’une caméra / Et on ramenait tous les gars du crew / Maintenant suffit qu’il y ait un gars du crew / Et ça ramène toutes les caméras

Ils ont réussi leur ascension et sont maintenant des références. De plus, ils n’ont jamais trahi leur univers et leur engagement dans le rap. La musicalité passe avant tout, et Deen est toujours en adéquation avec ça.

Du Grand Cru au Cercle Vertueux

Sur ce projet, il fait appel à sept producteurs différents, moitié moins que sur Grand Cru. Il a gardé ceux avec qui la collaboration était fructueuse, parmi eux En’Zoo, Astronote ou bien Chilea’s, qui sont une valeur sûre pour lui, ils rentrent en écho dans son univers. Junior Alaprod fait son apparition sur la très bonne production du morceau Cercle Vertueux.

L’auditeur découvre un rappeur qui a pris de l’âge. La trentaine est là, et elle se ressent sur Cercle Vertueux. Il applique maintenant un style de vie plus sain, plus propre pour se protéger de l’âge, tel un grand cru qu’on conserve dans une cave. Il préfère même sa santé à l’argent sur Tout Dedans « Les sous peuvent s’absenter / J’me soucie d’ma santé / Plus que d’mon pouvoir d’achat ».

Burbigo semble être en proie au temps qui défile, comme sur P2 en compagnie d’Esso Luxueux, qui propose lui aussi son retour dans le rap :

Mes seuls combats sérieux / Celui contre moi-même / Et contre le chrono

et même à la question de la mort, « J’serai pas à l’abri d’une rupture d’anévrisme / Ou d’une panne de réacteur » sur Grand Père. Cercle Vertueux semble être la personnification de la vie du rappeur. Ce nom ne semble pas être donné au hasard, Deen est sorti de sa vie de jeune loup pour s’affirmer en tant qu’artiste accompli.

Une zone de confort

Cercle Vertueux représente la prise de conscience de Deen sur son âge, son art et sur lui-même. Il y a de l‘introspection avec Savoir Faire, sur lequel il aborde les grandes étapes de sa vie, tel que la rencontre avec L’Entourage, ou sa première certification avec Grand Cru.

Premier disque d’or / J’ai pas l’temps d’m’enflammer / J’vaux toujours pas beaucoup plus que le silence

Cependant, il n’a pas poussé le curseur assez loin dans les thèmes abordés de son projet. Le rappeur reste un peu trop dans ce qu’il sait faire, il aborde beaucoup le sujet de la drogue et de la gente féminine qui par moment pèsent sur ses propos.

Alors oui, l’auditeur peut s’attendre à de l’egotrip que DB manie très bien comme sur OG SAN : « J’ai mis un plan à cette go / Elle me demande qu’est-ce que j’ai / Rien d’méchant / Juste la flemme et quelques g ». Il montre dans Piège à Loup ou Savoir Faire, qu’il peut parler d’autre chose, et par moments cet egotrip peut être en trop.

Par ailleurs, Deen Burbigo a essayé des nouvelles choses telles que changer son timbre de voix, qui a participé à sa réussite et qui est pour lui un grand changement. Cette nouvelle direction artistique est complétement assumée et réussie, mais il aurait pu se laisser aller un peu plus. La recette de la technique et des punchlines bien senties qui font de lui un rappeur à part arrive par moment à sa fin. De plus, il invite des rappeurs avec qui la collaboration est très réussie tels qu’Alpha Wann, Esso Luxueux ou bien Nemir sur BNB, mais il est évident que l’ancien sudiste pourrait plus se mélanger et proposer des featuring plus audacieux.

Revenir pour mieux rester

Cercle Vertueux est réussi, mais présente toutefois quelques défauts. Les trois années d’absence ont été trop longues, cet album aurait gagné à sortir un an et demi maximum après Grand Cru. En effet, ces deux albums s’emboîtent plutôt bien et se font écho, comme il conclut dans l’outro Jeu d’échecs.

J’ai mis ma vie en morceaux / Mes albums forment un puzzle

Sa présence a manqué à une certaine audience, tant son rap est appréciable, il ne lui reste plus qu’à intégrer un peu plus de productivité dans son Cercle Vertueux.

Lors de son interview pour Le Code avec Medhi Maïzi, il a affirmé qu’il n’était plus fait pour les albums, et qu’il allait privilégier les sorties plus régulières via le format EP. Vivement, que Deen Burbigo revienne plus souvent, et qu’il ne nous laisse plus attendre trois ans pour se dévoiler à nouveau.

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