Hamza – Paradise

Critique

1 an et demi après la sortie de sa mixtape 1994, Hamza revient avec cette fois-ci son premier album studio, dans lequel il place ses plus grandes espérances.

Le vendredi 1er mars 2019 était le grand jour pour la jeune légende, avec la sortie de Paradise. Le roll out de l’album a donc commencé avec la sortie de Paradise, le single éponyme, un excellent morceau où Hamza revenait avec des cadences plus trap sur une instru plutôt orientale de Ponko et lui même, puis avec le single HS en featuring avec SCH, où Hamza et le S ont délivré un son très bon, mettant en place une réelle alchimie entre eux, où l’on voit encore un Hamza affûté niveau trap, et avec un vocal encore plus mis au point. Les attentes étaient donc élevées pour ce premier album, qui devait placer Hamza à un rang encore supérieur.

Un album éclectique

Le rappeur belge a donc décidé de montrer l’étendue de toutes les facettes de sa palette artistique sur cet album, en regroupant trap, dancehall, afro-caribéen, R&B et mélancolie. Et pour ne pas livrer un album hétérogène il a décidé de regrouper ces différents styles dans plusieurs arcs de son album, puis évolue de style en style avec une construction en crescendo fort bien exécutée qui lui permet de garder une homogénéité dans son album. Le projet commence donc avec Le même sort, morceau qui représente très bien cette volonté puisqu’il commence de manière plutôt chantée et éclairer puis se termine sur une production trap et sombre, pour nous plonger parfaitement dans l’album.

Ensuite vient Paradise et sa production orientale, puis Validé résolument tourné R&B, avant de tomber dans le segment afro-carribéen/dancehall avec l’enchaînement Sometimes, Dale x Love Therapy, Deep Inside et Addiction, parsemé au préalable de Audemars Shit et HS pour donner une variation trap et ne pas tomber dans la redondance. Après cet enchaînement plutôt zumba vient Henny me noie, morceau mélancolique, puis le segment trap arrive, de 50x à Meilleur, avec une prise de risque au milieu qui est Gynéco, un exercice où Hamza ne s’était jamais essayé, et se termine sur un morceau plus mélancolique, presque pop, avec Minuit 13.

La première moitié de l’album est donc plutôt douce avec un mélange de R&B, de dancehall et d’afro-carribéen là où la deuxième moitié est plus orienté trap, la transition se faisant parfaitement entre les deux avec une construction en crescendo qui gagne en intensité de track en track. Hamza a donc réussi à catalyser en un projet tout ce qu’il avait fait avant, avec des sons rappelant chaque volet de sa discographie, H-24, Zombie Life, New Casanova, Santa Sauce et 1994, montrant son talent d’artiste polyvalent, et y a ajouté un step up à cette synthèse réalisée sur Paradise.

Une progression sur tous les aspects de l’univers d’Hamza

En effet Hamza a concis la formule de tous ses anciens projets en un seul, mais y a également ajouté une progression à tous les plans pour obtenir un premier album digne de cette appellation. Tout d’abord il a travaillé ses vocals avec minutie afin de les rendre les plus parfaits possible, en ajoutant également une touche d’accessibilité et en les variant, passant de vocal plus cristallin et pur comme sur HS ou plus saturé comme sur Gynéco. Ses backs et adlibs se sont aussi étoffés pour ajouter de la profondeur à ses morceaux. Il a également progressé dans ses flows rappés qui se font plus variés et très percutants pour n’importe quel auditeur, mais également sur son chant qui est plus maîtrisé où on peut le voir sur les zumbas très bien exécutées, mais également sur l’outro où Hamza développe une aura magistrale où il est véritablement dans une zone avec son chant.

On peut aussi se rendre compte d’une amélioration lyricale, où Hamza arrive maintenant à mettre de très bonnes punchlines en lumière à travers des highlights sur plusieurs morceaux notamment lorsqu’il s’agit d’egotrip pour afficher sa réussite dans une ambiance trap exécutée d’une main de maître, où on voit aussi une progression au niveau de sa richesse à travers ses consommations que ce soit vêtements ou alcool de luxe, mais a aussi progressé sur ses textes en général, arrivant à transmettre plus d’émotions, variant entre mélancolie, introspection ou amour.

Ses featurings sont aussi très bien choisis, où demeure à chaque fois la volonté d’établir une alchimie, que ce soit avec SCH où il est allé jusqu’à clipper le morceau avec lui, avec Aya Nakamura sur un innovant beat switch dans un morceau zumba, ou encore avec Christine and the Queens qui accompagne très bien Hamza sur les backs dans Minuit 13. Enfin, il a également tiré ses beatmakers vers le haut, puisque eux aussi ont progressé dans leur production en permettant une instrumentalisation excellente sur l’album, produit en grande partie par Ponko le fidèle acolyte de Hamza, mais aussi par Nico Bellagio, Prinzly, Oz, Amir, Ikaz Boi, San Hucci, James Edward Warren, Swy V, Damablanca, Russel Oliver Stone et Hamza lui même, qui a fait preuve d’un très bon self made réalisé sur 50x, très bon morceau trap entièrement réalisé par ses soins.

Des influences multiples

A travers cet album on peut ressentir plusieurs influences pour Hamza, en premier lieu bien évidemment l’influence de la scène trap US dont il s’est toujours inspiré dans sa carrière, notamment l’influence de Gunna où l’on retrouve cette ambiance sur les morceaux drip de l’album, également l’influence de Travis Scott sur ses vocals, qui a toujours été présente dans la carrière de Hamza tout comme celle de Young Thug. Rien d’étonnant puisque Hamza a clairement dit écouter ses artistes, et cette influence se retrouve donc logiquement sur son album où le Saucegod y ajoute sa touche pour ne pas tomber dans le plagiat, insufflant une véritable identité à sa musique avec ses influences en fond.

Mais sa palette d’influences ne se limite pas à la trap d’Atlanta puisqu’il en développe aussi sur ses morceaux plus chantés, allant de Michael Jackson à T-Pain, où il rendra d’ailleurs hommage au hit classique Bartender sorti en 2009, en reprenant une partie du flow du morceau sur quelques lines de Addiction. On retrouve enfin des influences au niveau du sampling de l’album où le morceau We Do It de R & J Stone a été samplé sur Henny me noie (ce même morceau que J Cole avait samplé sur Caged Bird) et où le morceau Minuit 13 a été samplé sur Everybody’s Got To Learn Sometime de The Korgis.

A travers ses multiples influences Hamza a donc réussi à les catalyser à travers son album en y ajoutant sa touche pour délivrer un album identitaire de sa musique et référencé de plusieurs styles et époques pour ajouter une plus-value à l’album à travers cette richesse culturelle en influences.

Hamza a donc réussi a livré un album qui rempli les attentes, voire les surpasse, avec un excellent projet qui fait le bilan de sa première partie de carrière en ajoutant une amélioration qualitative, qui devrait lui permettre également d’agrandir son public et de percer à grande échelle, lui qui a le mérite et surtout le talent pour réaliser cet objectif. Il a choisi de prendre son temps pour la conception de son album et il a bien fait puisque l’on sent très bien le progrès permis grâce à son travail d’envergure derrière.

Il dispose de nombreux moyens de l’exploiter maintenant, à travers des potentiels hits comme le feat avec Aya Nakamura ou Sometimes, ou encore avec des morceaux trap intense comme Meilleur qui se veut très viral. Il peut donc maintenant s’appuyer sur un album très solide pour atteindre encore d’autres cieux et continuer son chemin dans le monde de la musique, et peut être plus tôt que prévu puisqu’il a avoué que Paradise ne serait pas la seule sortie de Hamza cette année…

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