Lil Tecca – Virgo World

Critique

Tyler-Justin Anthony Sharpe AKA Lil Tecca, plus d’un milliard de streams sur Ransom, troisième position du Billboard avec son premier projet We love you Tecca, 13 millions d’écoutes par mois. Voilà des chiffres qui plantent le décor et qui démontrent ce que le natif de New York génère, à seulement 18 ans. Le jeune rappeur propose un album intéressant par ses mélodies mais aussi par son univers affirmé et bien dessiné.

Le personnage

Le phénomène Lil Tecca naît un peu de la même manière que l’engouement créé autour de Lil Pump. Ces adolescents mettent en ligne, à 16 ans, un morceau traitant de sujets qu’ils connaissent peu comme le luxe, les femmes, la drogue ou encore les armes. « J’ai juste raconté n’importe quoi durant tout le son », c’est comme ça que Tecca explique l’élaboration de son plus gros succès.

Ils se mettent en scène dans une sorte de « RolePlay » artistique orchestrant tous ces sujets dans l’idée que le public se prenne au jeu. Pour l’originaire du Queens, cela correspond bien à une ancienne réalité virtuelle, puisqu’il est plongé depuis son plus jeune âge dans les jeux-vidéos.

À la différence de Pump, Tecca propose aujourd’hui une carte de visite bien plus intéressante. Il sait toucher le grand public avec une identité musicale construite ainsi que des thèmes qui parlent à tout le monde comme l’amour ou la solitude. Ajoutez à cela des featurings avec de grosses pointures de la scène US comme Lil Uzi Vert, Nav ou encore Skrillex, et vous avez la recette du projet Virgo World.

Un voyage sans escale

Virgo World est un monde libre où Tecca nous emmène tout au long des 19 tracks. Audelà de transporter le spectateur musicalement, il va prendre la peine de l’enivrer visuellement. En effet, tous les sons de l’album sont clippés de manière à présenter un cadre singulier rythmé par de l’amour, de la peine, des désillusions et un flow plus que maitrisé, le tout dans un décor commun, universel.

Lil Tecca Clip

Dès l’intro du projet, Tecca se questionne sur qui il est réellement. La notoriété fait poser des questions au jeune rappeur qui se confronte à la réalité de la vie d’artiste et de ce qu’elle englobe, c’est-à-dire la véracité de son entourage et la quête d’une personnalité. Il ne sait plus s’il est Tecca ou Tyler-Justin.

« Now I see I’m the man when I look in the mirror (Oh, I’m the man) Are you really that man that you see in the mirror ?

Is that really your gang ? Did they help you get here ? (Help you get here) »

Lil Tecca – « Our Time »

Son flow accéléré provoque une réelle alchimie sur le morceau Foreign avec Nav. Le Canadien matche parfaitement avec l’ambiance posée par Tecca. On remarque d’ailleurs une palette vocale similaire entre le rappeur de Toronto et celui de New York.

Mention spéciale également à Dolly avec Lil Uzi Vert, où l’association rend une copie plus que cohérente tant les deux rappeurs se correspondent musicalement.

On retrouve dans ce projet, des morceaux très efficaces comme Chemistry. Ce single représente bien Virgo World. Une ambiance dancehall emmène l’auditeur dans un endroit où les problèmes sont minimalisés, utilisés pour rythmer et décompresser. Nous pouvons le remarquer à travers cet extrait de When you down, en featuring avec Lil Durk et Polo G.

« You don’t know who gon’ be there when you down

But you know who gon’ be there when you up

I let my feelings build up »

À l’image de la pochette de l’album, ce coin de paradis est onirique, mais assez et surtout facile d’accès pour le public visé. Cette identité musicale affirmée par le projet peut avoir de multiples facettes tout en restant originale. Lil Tecca semble avoir trouvé son style à tout juste 18 ans. Il doit aussi son succès à son expérience puisqu’il rappe depuis l’âge de 9 ans.

Lil Tecca Visu 2

Polyvalence et affirmation musicale

L’interprète sait se placer sur des instrumentales de style piano-voix ou guitare-voix de manière à véhiculer de l’émotion chez l’auditeur. Proposer une ambiance particulière tout en étant dans l’air du temps: la clé de son succès !

Fini les 32 ou 64 mesures appliquées et travaillées pendant des heures, Lil Tecca focalise son travail sur les refrains, quitte à y porter plus d’importance qu’aux couplets. On peut le remarquer dans le morceau Insecurities par exemple. Un seul couplet et deux refrains mélodieux lui suffisent pour proposer une fluidité efficace qui lui correspond.

« If you ever diss me, then nigga, you know you really wrong

Remember bitches dubbed me, now all these bitches, they sing my songs » 

Les relations amoureuses sont le sujet principal du jeune rappeur. Il arrive à entrainer le morceau de telle sorte que ce qu’il dénonce à travers ses lyrics soit insignifiant. Insignifiant, pas tant dans le sens mais dans l’importance que l’on peut porter à des déceptions ou à des remises en question. Le rythme l’emporte sur ces réalités sentimentales.

L’influence musicale de Taz Taylor, AKA, Internet Money est remarquée dans ce projet. À l’origine de véritables hits comme Fuck Love de XXXTentacion ou encore Plug Walk de Rich The Kid, ce producteur de Los Angeles représente une vraie référence aujourd’hui. Il instrumentalise des artistes originaux et talentueux qui incarnent une vraie nouvelle génération. Ils sont de ceux que l’on appelle les rappeurs « Soundcloud », ceux qui maitrisent la mélancolie et la tristesse pour en faire leur terrain de jeu. Grâce à la plateforme en ligne, ils ont pu partager librement leur contenu permettant ainsi d’étaler leur audience jusqu’à ce qu’un producteur ou qu’une maison de disque les professionnalise.

Original mais restreint

À travers Virgo World, Lil Tecca présente une carte musicale de qualité. Nous pouvons pour autant reprocher au rappeur de ne pas varier beaucoup son flow et ses thèmes. Ainsi, les musicalités diffèrent mais l’appropriation du morceau est souvent la même. Il est intéressant techniquement, pourtant, une fois son style trouvé, il ne s’essaye que très peu à d’autres manières de rapper. Pour Virgo World, c’est tout ou rien : il n’y a pas de demi-mesure, l’auditeur peut autant adorer le projet que le détester en arguant sa linéarité. Il n’y a pas de juste milieu.

Cet album est, néanmoins, une meilleure ébauche que ne l’a été We love you Tecca. Un projet léger mais avec un charme entrainant.

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