Mac Tyer – Noir

Critique

Le Général s’est décidé à prendre la marche estivale de l’EP sans repasser par la case Major. Comme ce fut le cas il y a deux ans avec l’album  « C’est La Street Mon Pote ». La sortie surprise de « Noir » est estampillée Untouchable. Produit maison bâti en grande partie sur des productions de Prof366or (Rémy) et épaulé entre autres par deux MC’s albertivillariens, répondant aux noms d’Ikyass et 2G.

La cover qui est assez classique correspond à une ébauche avec sa gouache noire étalée en haut à droite du cadre, le tout sur un fond blanc. Classique jusqu’à la typographie du titre qui serait du Times New Roman. Le début d’une nouvelle œuvre, à l’image de « Je Suis Une Légende » et « Banger 3 » ou tout simplement un retour basique. 

Le freestyle sans forcer « KG » envoyé il y a trois mois aurait dû nous mettre la puce à l’oreille quant au retour de Mac Tyer. Comme sur ce titre, il s’agit ici de garder une certaine mise en forme derrière le micro mais avec des pistes plus abouties. 

Dans la Street

« C’est la plus bonne de tes copines qui donne l’adresse / À des heures tardives sur la moto c’est nous / Et si je descends de la bécane c’est pour t’achever / Je tire six coups et repars en roue (c’est la street mon pote!)« . Voici l’ouverture de « Noir » plus précisément du single « Moto ». Au-delà du tube de l’été et de la certification à venir comme le veut chaque participation de Ninho, c’est une réussite à laquelle nous avons droit. Elle donne le ton de l’univers ghetto francilien qui traverse le projet. Entre gente féminine et règlement de compte. Socrate fait la part belle à l’instru avec un flow maîtrisé qu’il va modifier quasiment à chaque morceau. La paire de MC’s nous offre un excellent passe-passe à la mesure près. Une osmose qui nous remémore le succès de « Air Max ». Ça en devient presque trop facile pour Ninho. Mac Tyer aurait pu nous envoyer la même sauce sur le reste du projet. 

Bien heureusement, l’auteur principal va nous gratifier de différentes ambiances et cela sans sortie de route. Il se canalise tout le long sur la direction choisie. Cette cohérence revient au choix des beatmakers, Prof366or et OG’s en tête qui fournissent respectivement quatre et trois productions sur huit. La seconde piste « Compton » est la plus représentative du projet. Une version 2020 de « Auber C’est Pas LA ». Mac Tyer se balade sur le beat entre égotrip et phases réfléchies. Il résume sa carrière ainsi « Socrate visionnaire / Tu connais la sique / En avance sur mon temps merde / Respecté par la rue / Demande à ton grand frère« . Quant au choix de finir les dernières secondes sur l’instru « C’est Donc Ça Nos Vies » de White & Spirit fera sourire plus d’un puriste. Joli clin d’œil à IAM par la même occasion. « Compton » fait vraiment parti des titres forts. Trop tôt pour savoir s’il se place dans le top de l’artiste. Le temps nous le dira.

20 piges après Toujours pas de Boom

Preuve qu’il ne s’agit pas ici de fonds de tiroirs par la mention du confinement (Shooters, Moto) et de certains actes policiers retransmis sur les réseaux (Hiver). Des sujets qui font l’actualité depuis plusieurs mois. So est un rappeur froid et direct la plupart du temps, ne manquant pas de rappeler la dure réalité de son environnement. Il peut faire part de son bonheur tout en mentionnant la violence de certains : « Elle me fait les yeux doux / On ressemble à des zèbres / Jungle Fever / Ça nous regarde de travers » la référence à Spike Lee est explicite. La prévention n’est jamais loin, « Violence policière / Allume ton phonetel / Ils peuvent faire du sale / Je partage sur insta / Comme ce gros cul que j’ai liké » tout comme le divertissement… Au-delà de cette phase, Hiver rappelle à quel point il vaut mieux ne pas faire le bavard dans les activités criminelles. Le producteur Mohand semble s’être inspiré sur Shooters du thème de Bernard Hermann, issu de l’ouverture du film Psychose d’Alfred Hitchcock. Inspiration toute trouvée tant l’instrumentale est envoûtante. Malgré cette production efficace, Kalash Criminel paraît légèrement en-dessous au niveau de sa prestation. Leur collaboration s’apparente quand même à une fusillade même si Tyer a largement les meilleures armes. L’expérience du OG étant de son côté. Pistolet rappelle le même titre que celui de Siboy. Une comparaison qui pourrait sembler facile après avoir mentionné le rappeur cagoulé de Sevran. Loin de là car l’instru colle tout simplement au style du strasbourgeois. Tout comme le travail effectué sur la voix de Mac Tyer dessus. Les deux autres invités qui semblent être affiliés à Untouchable et Aubervilliers sur le Ratchet Music qu’est Fais Le Beau, sont bien trop dans la tendance pour tirer confortablement leur épingle du jeu. Ils ne sont pas mauvais mais corrects. Mac se taillant la part du lion en prenant le premier couplet et le refrain accrocheur. Laissant involontairement peu d’angles d’attaque à ses collaborateurs.

Je suis resté dans le Binks comme Nipsey Hussle

Socrate traverse le temps

Cabriolet clôt sobrement les vingt-sept minutes de Noir. De par son côté introspectif. Le Général coche les cases du rappeur tout terrain. Certes les thèmes tournent toujours autour de la street. Il serait déraisonnable de lui demander de travestir sa pensée. Notamment sur l’acrobatique K-Way avec son flow de la décennie à venir. L’avantage de ce type de projet pour un artiste à la carrière aussi longue fait écho à « Démineurs » de Médine. Ce qui avait permis de donner un nouvel élan au rappeur havrais. Le format permettant de mieux s’attarder sur le travail fourni. Provoquant une meilleure écoute. Ce qui n’est pas toujours aisé de faire quand il y a une dizaine de titres. En espérant qu’il trouve facilement son public. La période de sortie devrait lui être favorable. Mac Tyer bénéficie d’évolutions très diverses et toujours saluées sur la durée. Noir est une pierre de plus à la pyramide qu’il se construit.

 

Rejoins-nous sur Facebook