Médine – Grand Médine

Critique

Plus de 2 ans se sont écoulés depuis son dernier projet. Entre temps, Médine a dû essuyer une polémique et a vu ses dates au Bataclan annulées. Celui qui dit faire de la « trap consciente » a également fait un feat avec Booba, collaboration qui lui a permis d’obtenir plus de visibilité, notamment auprès des jeunes et de continuer sa modernisation.

« Tout un disque dans un track, tout un track dans une phrase
Toute une phrase dans un mot, t’aurais dû ignorer l’intro»

Le premier titre Ignorez l’intro illustre parfaitement la tendance globale de cet album : un attachement au rap à « l’ancienne » associé à un attrait croissant pour les nouvelles sonorités. Cette dualité s’illustre autant dans le propos (Médine place des références à Kery James, Mobb Deep mais également au défunt Pop Smoke) que dans la forme : le flow utilisé pour la première partie du morceau est semblable à ce qu’a l’habitude de faire Médine tandis que la seconde partie sonne plus actuelle.

Une modernisation réussie

«Comment ça ? Tu crois qu’on est quitte ? J’rappe sur d’la trap, d’la boom bap et UK drill »
Le MC Havrais a énormément progressé, on le sent de plus en plus à l’aise sur des productions actuelles. Ses quelques lacunes et défauts d’adaptation aux instrumentales traps ont été brillamment gommés sur ce projet. Il s’est d’ailleurs ouvert côté production, il y a plus de diversité et son ami Proof est moins présent que sur les projets précédents.

Sa maîtrise de l’autotune est plus juste sur cet album comme sur le piano voix A l’essentiel, morceau qui s’apparente à un titre de chanson française sur lequel Médine est particulièrement à l’aise ou encore sur le titre Ray. Le rappeur se risque même à la Drill sur le réussi HLM Grand Médine dans lequel l’artiste kick du début à la fin sur un couplet unique.

Si Médine a modernisé la forme, ses propos sont toujours aussi engagés, ils invitent à la réflexion et au débat. On sent tout de même que l’artiste est moins dans la provocation (depuis quelques projets) qu’auparavant. Il parait plus mature et posé. Médine perpétue la tradition des excellents Enfants du destin en parlant cette fois des Ouïghours à travers l’histoire de Sara, un titre ou l’interprétation du havrais réussi à nous transmettre une émotion forte. Médine excelle dans le story-telling, exercice qu’il pratique depuis ces premiers projets. Il évoque également la foi et questionne les agissements des religieux sur God Complex.

Dans ce projet, l’artiste revient sur la polémique du Bataclan, il pose la question de la liberté d’expression et de la censure sur le titre Voltaire, une balade accompagnée par le piano de Sofiane Pamart. Mais l’artiste change son interprétation sur le deuxième couplet et découpe la prod d’un ton revendicateur. Un ton que l’on retrouve également sur le single FC Grand Médine. Dans un registre moins agressif, les titres L’imposteur et FAQ évoquent la carrière de l’artiste et la société française.

Des featurings plus stratégiques que professionnels

Finalement ce sont presque les feats qui sont les moins bons titres de l’album. On sent que certains artistes ont été invités pour amener un public différent sur le projet. Seulement ces artistes ne rentrent pas toujours dans le thème de l’album, portant ainsi atteinte à son homogénéité. Si la performance de Bigflo et Oli (Tête à cœur) est intéressante dans son registre, les autres sont en deçà du niveau de Médine et abaissent le niveau général du projet. Notamment le morceau Grand dla tess avec Hatik qui n’est pas réussi et les apparitions de YL et Soso Maness (Quartier VIP) qui sont en demi-teinte. Sans parler de la déception de Grand Paris 2, ce dernier souffre de la comparaison avec le 1er, un morceau devenu classique largement supérieur au second.

Un projet intime

Dans la seconde partie de l’album, Médine se dévoile à ses auditeurs. En comprenant les rouages du rap jeu, Médine a su s’adapter au public, cela s’illustre par le message de l’extrait présent sur l’introduction : le public s’intéresse plus à la personne qu’au message qu’il délivre. Cela, Médine l’a intégré, en témoignent ses story Instagram dans lesquels le MC Havrais n’hésite pas à montrer sa vie de famille. On sent que sa vie de famille a une place importante dans sa vie au point de l’intégrer sur son album : on retrouve ses enfants sur le titre Barbapapa.

L’artiste fait également des morceaux plus personnels dans ce projet, il parle d’amour sur A l’essentiel et Tue l’amour. Ce dernier est en revanche moins réussi et ressemble plus à une déclaration d’amour adolescente un peu mielleuse. Même si l’on comprend l’intention de Médine avec ce morceau : un titre accompagné d’un challenge qui pourra être repris par les jeunes sur les réseaux.

Sur ce projet, plus encore que sur les précédents, on assiste à une belle transition de Médine. Il continue son adaptation au rap actuel, est de plus en plus à l’aise dans l’utilisation de l’autotune et s’épanouit dans les sonorités actuelles. On sent qu’avec cet album il a la volonté d’élargir son public, de toucher plus de personnes. C’est sûrement le projet le plus ouvert de l’artiste jusqu’à ce jour, en témoignent le nombre important de feats et leur diversité (Koba, Big Flo et Oli, Oxmo ou encore les enfants de Médine).

On regrette cependant le choix des collaborations qui ne sont pas toujours de qualité et qui rendent l’album hétérogène.

 Malgré cette évolution, Médine a réussi à conserver ce qui faisait sa force à savoir des textes engagés, du story-telling et une force d’interprétation. En définitive, c’est globalement un bon projet assez diversifié : on retrouve des titres adaptés à plusieurs type de public. Espérons que ce projet permettra à Médine d’obtenir le succès commercial qu’il n’a jamais eu car même si ses « 15 ans de combat valent mieux que leurs disques de platine » il avoue convoiter le disque d’or qu’il voit comme une « espèce de Graal ».

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