S-Pion – Sourou 2 (Initialisation)

Critique

Un an et demi après « Sourou », un premier album correct, mais sans coup d’éclat, S-pion livre le second volet, qui serait pensé en deux parties. Ce qui saute aux yeux, c’est la tracklist, moins importante que le premier opus avec plus d’invités extérieurs à QLF.

D’entrée de jeu

La phase d’introduction de chaque morceau donne une idée de ce qui va suivre. De « On va les plier » sur Sourou X Sparta [Produit par Sobek] avec la participation assez rare en invité de Tiitof, à « Si son père m’accorde une chance » dans Lingo Lingo [FreecssBeats]. L’exemple le plus frappant est sur 100 g [Yaya OnTheTrack & Freaky Joe]: « Je suis en bas de ma tour / Je coupe un 100 g ».

Il n’y a pas de thème à proprement parlé tout au long des dix pistes que forment l’album. S-Pion développe de manière instinctive ce qui lui passe par la tête. Les morceaux sont d’ailleurs assez courts, l’artiste traite de son quotidien, ce qui l’anime ou l’entoure.

Cela reste très expéditif dans la forme. Il ne laisse pas assez d’espace ou de silence dans ses sons pour poser une atmosphère. Le choix des productions reste cohérent malgré la participation d’un ou deux beatmakers différents, à chaque fois.

Le 91 sur un plateau 

Il y a toujours cette volonté dans le rap actuel, de mélanger une envie de réussite par tous les moyens avec de l’égotrip bien senti et une crédibilité à toute épreuve. Ce que l’on peut écrire, c’est que le Sourou ne déroge pas à la règle. S-P s’inscrit dans cette tendance générique, ne serait-ce que par son champ lexical.

Pourtant, il reste des titres qui tirent leur épingle du jeu, dans la forme et le choix des instrumentales. Le menaçant Pepe [Yako & Alik], le réussi Qui [KRN Beatz & Jay Freez] et le péché mignon que constitue Descend [Amazing Beatz].

Ce dernier est un titre plutôt dansant, appelant à la fête de par sa production, mais qui traite en réalité du point de départ d’embrouilles qui peut y avoir dans certains quartiers. On pourrait croire à un featuring dispensable à la lecture d’Alrima, mais force et de constater qu’il est dans son élément et complète assez bien S-Pion. C’est le tube potentiel de l’album avec son refrain entraînant pensé pour les clubs et concerts.

Dans un autre genre et tout aussi réussi, le groupe F430 apporte une touche cohérente et planante sur Top Boy [Adsa & Lil Ben]. Le duo se complète par leur manière de s’approprier l’instrumentale. Eux aussi ont déjà usé de la même technique pour la sortie de leurs projets. Le dernier en date, possède moins de la moitié des titres que le premier, et est classé EP. Là où S2 (Initialisation) se veut être un album avec ses dix titres, il paraît plus proche d’une mixtape, de par le contenu qu’il propose. L’année 2021, devrait nous apporter plus d’informations quant à la seconde partie, qui est promise par l’artiste sur ses réseaux.

La fin justifie les moyens

À l’image de l’incompréhension technique que se révèle être Corona 91 [Maxime Zenss], S-P nous laisse sur notre faim. Le morceau débute comme un potentiel anthem essonnien, mais finit sur une minute trente-huit de vrai silence sur la piste audio. Il l’avait pourtant débuté par « On t’aura si tu mets une quilla ». On s’accommodera de cet interlude tant bien que mal. 

Tout comme pour Maria [Zheno Beat] (feat. Cheu-b) où malgré une bonne instrumentale, la magie ne prend pas entre les deux protagonistes. La faiblesse venant du contenu des paroles. Cette fois le début, « S-pion c’est la voix du bando / Qui me force à sortir le benga » n’est pas spécialement annonciateur de la suite, « Maria je vais te marier / Si la coca tu cuisines / On va cuisiner ».

Dans le même registre, Lingo Lingo est meilleur par plus de sincérité et moins de superficiel. Ce sentiment se ressent dans l’interprétation, pendant que la composition musicale et le beat qui prend à la moitié du titre, font honneur au mc.

Braque les spots

La photo qui fait office de pochette est réalisée par David Delaplace, comme c’était le cas pour Sourou premier du nom. Il s’agissait de l’entrée d’un hall d’immeuble enflammée avec en premier plan, la silhouette de l’artiste de profil. Place désormais, à de la lumière jaune étincelante qui illumine les cadres intérieurs de l’immeuble. Cette fois de face, le rappeur est mis légèrement en lumière et le décor toujours planté en extérieur, bénéficie d’un plan plus large. Tout laisse à croire qu’il y aura une nouvelle déclinaison pour le prochain projet.

S-Pion démontre qu’il a du talent, mais pèche encore par manque de singularité. Ce qui de nos jours est de plus en plus rare, on lui accorde. De par le catalogue qui est offert chaque semaine aux auditeurs de rap. Il est plus difficile pour un artiste en développement de sortir rapidement du lot.

Les featurings choisis ne sont pas inintéressants du fait, de leur faible visibilité (excepté Jok’Air). C’est même un choix judicieux de s’offrir des artistes de son niveau, alors qu’avec son précédent passage en major et le prestige QLF pourraient lui offrir des têtes d’affiches.

S-P est quelque part dans le même sillon que ses partenaires. La force de chacun résidant dans l’interprétation et la voix. C’est ce qui pousse à attendre beaucoup plus de l’artiste dans sa manière de se développer. Même s’il ne se présente pas comme la nouvelle star, il a de sérieux appuis pour décoller et faire la différence. Reste à savoir ce qu’il nous prépare pour la suite. Au-delà du nombre de titres, c’est surtout leur construction qui sera un indice déterminant, en termes de proposition artistique.

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