SCH – JVLIVS II

Critique

Après une année 2020 chargée, SCH revient avec le deuxième volet de la saga JVLIVS. Le natif de Marseille renfile son costume de mafieux et dévoile un album décevant.

Pas de coup d’avance

JVLIVS II débute avec Marché noir. Teasée comme l’une « des plus grandes intros de l’histoire de ce rap français », SCH a vu trop grand. Même les introductions de ses autres projets étaient plus marquantes. Cette fois, la flûte remplace le piano, pourtant habituel auparavant. Il manque une dimension sombre, poisseuse, que n’apporte pas complètement le single. On ne retrouve pas non plus l’énergie du désespoir qu’avait SCH sur Cervelle ou Anarchie, ni la violence crasse de VNTMJohn Lennon. Une partie de l’artiste et de son univers est absente dans Marché noir.

SCH est un bon interprète. Il contrôle parfaitement sa voix et sait l’utiliser de manière diverse. Il le prouve à nouveau dans des morceaux comme Crack, Euro ou encore l’excellent Loup noir. Le rappeur se montre polyvalent afin d’offrir un album varié, sans trop déroger à sa direction artistique.

Une production qui laisse à désirer

JVLIVS premier du nom possédait un niveau de production particulièrement élevé. Combinés aux textes et à l’interprétation de SCH, les morceaux aux instrumentales travaillées étaient ce qui se faisait de mieux en 2018. À tel point que JVLIVS II, album plutôt bien produit, apparaît fade à côté du premier opus.

Certaines productions, comme celles d’Aluminium (produite par Twenty9 et BVHV), de Grand bain (par Wylo, Enigma Beats et Meryl) ou encore d’Assoces (par Stef Becker) sont trop génériques comparées aux excellentes productions de JVLIVS I, voire tout simplement comparées aux instrumentales d’Euro (par Enigma Beats et Meryl) ou de Crack (par Chady), qui figurent sur le même album. Là où le piano, la mandoline et les chœurs dominaient JVLIVS I, ils sont moins mémorables dans le deuxième volet, noyés sous des boucles de guitares assez basiques. Les productions sont inégales et éloignent de l’ambiance espérée d’un tome de la trilogie JVLIVS.

Les deux albums ont pour point commun leur manque de profondeur : SCH ne se confie que très peu. Contrairement à ce qui était attendu, le second JVLIVS reste en surface. Le rappeur ne procure pas de relief au personnage qu’il incarne, et ne se dévoile pas non plus en tant qu’artiste. Il n’y a pas de marge de progression. C’est un album concept d’ambiance, les textes et interludes n’offrent aucune avancée narrative. JVLIVS II est un ruban pelliculaire qui contient des images, mais celles-ci ne se suivent pas, ne s’animent pas.

Des featurings aux allures d’OVNI

JVLIVS II comporte deux invités : Freeze Corleone, propulsé sur le devant de la scène en 2020, et Jul, l’une des principales têtes d’affiche du rap français. Concernant Mannschaft (avec Freeze Corleone), la performance du membre du 667 sort de l’univers mafieux de JVLIVS II. Cette dissonance est fortement visible dans le clip. Le premier couplet de SCH ainsi que l’instrumentale évitent de trop s’éloigner de la direction artistique de l’œuvre.

En revanche, Mode Akimbo, la collaboration entre Jul et SCH, est un faux pas. Les deux rappeurs marseillais cherchent à créer un troisième tube, après Bande Organisée et Mother Fuck. En ce faisant, ils sortent totalement du cadre et de l’ambiance de l’album. Le morceau n’a pas sa place dans JVLIVS II, il semble plus adapté à la direction artistique d’un projet de l’invité.

JVLIVS II n’est pas mauvais, mais il souffre trop de la comparaison avec le premier, qui lui est largement supérieur. Il y a un arrière-goût d’imperfection, même si le projet sera l’un des plus marquants de 2021 par son succès commercial assuré. SCH devra hausser son niveau pour retrouver son excellence, sans quoi JVLIVS III ne sera pas une conclusion à la hauteur.

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