Smeels – Par amour et pour le geste 

Critique

Il y a six mois de cela, Smeels nous livrait Very Bad Drip, dans lequel l’artiste proposait un univers d’egotrip, proche du rap américain. Ce projet apportait une nouvelle corde à son arc. Un EP prometteur avant la sortie de Par l’amour et pour le geste et pourtant l’artiste n’a pas su être convaincant.

Selfmade man 

Smeels a tout appris à sa propre école. Depuis ses débuts, le jeune rappeur sait ce qu’il veut. Cette grande confiance en lui, l’a amené à confectionner ses précédents projets presque entièrement autoproduits. Cette confection homemade révèle quelques imperfections de production, mais accrédite l’authenticité de son travail. 

Il se définit comme étant un rappeur hybride, sans aucun style particulier. Ni trap, ni drill, ni zumba, juste du Smeels. Son processus créatif de production passe par la vibe. Un terme qui, d’après lui, définit le mieux sa musique. Ayant toujours été orienté vers un rap très chanté, presque R&B, l’artiste démarre d’une topline sur laquelle il n’apporte presque aucune modification lorsqu’il y pose ses lyrics. Un mécanisme de production qui explique l’aspect mélodieux de sa nouvelle mixtape. 

« Cash, money, sex, c’est mon dél’ et ma veste est en jean / J’suis mon boss, j’fais du cash sans la Drill » [We Just Vibe]

Pour ce projet, l’artiste a une nouvelle fois décidé d’être son propre directeur artistique. En effet, il ne fait confiance qu’à lui-même, son instinct et sa sensibilité. Le titre de la mixtape reflète la manière dont elle a été confectionnée. Une tape très intime dans laquelle Smeels n’applique aucun filtre. L’artiste se dévoile un peu plus à ses auditeurs et considère ce projet comme une pseudo interview, où il est partagé entre l’amour et l’argent. 

Smeels fait le choix de dévoiler le titre Bleu ciel avant la découverte du projet intégral. Un morceau qualitatif et représentatif de la mixtape. Il fait écho à la cover et avait pour but d’annoncer la couleur. Pourtant, après l’écoute des douze autres titres, le ciel de Smeels s’assombrit peu à peu.

« Si jamais ça passe, si jamais ça casse, moi je laisse tout, j’suis même pas passionné, j’suis venu faire du cash » [Bleu ciel]

Zone de confort 

En comparaison avec ses travaux antérieurs, Smeels est resté fidèle à lui-même et à son travail. Ce qu’il sait faire, il le fait bien. Malheureusement, pour ce projet-ci, l’artiste a pris peu de risques. Même trame en termes d’écriture et de sujets, qu’il maîtrise mieux. La confection est minime, laissant une perception globale très redondante. 

Si ce n’est que sur Real Nword et Oseille, où Smeels revient sur des vibes bien maîtrisées d’egotrip, les autres titres se confondent sur des rythmiques flegmatiques, une ambiance mélancolique et attitude impassible. 

Un treize titres, mais aucun featuring. Un choix assumé et justifié par l’artiste ; « je ne voulais pas que quelqu’un vienne parasiter mes pensées, donc je voulais rester tout seul ». Cependant, cette décision appuie le manque de diversité. Une nouvelle fois, le plan personnel prend le dessus sur tout le mécanisme et la technique artistique que ça nécessite. Son manque d’attrait pour le rap français est peut-être une des raisons pour lesquelles Smeels invite peu et ose se suffire à lui-même. 

Les prods que l’on retrouve dans le projet reposent, elles aussi, sur des sonorités assez pauvres. En effet, entre la dynamique mélancolique rythmée de mélodies, piano et guitare dans certains morceaux, plus les productions abruptes dans d’autres, on retrouve des rythmiques redondantes. Une nouvelle fois, des choix artistiques judicieux auraient pu apporter de la diversité, en jouant avec une palette acoustique nuancée ou en ajoutant des instruments particuliers. 

Authenticité comme maître mot 

Il faut laisser à cette mixtape son authenticité, et toute la personne que l’artiste a mis à l’intérieur. Son souhait reste que sa musique soit reconnue à sa juste valeur. Avec Par amour et pour le geste, Smeels confirme son talent, mais n’exploite pas assez ses aptitudes pour se dégager des différentes sorties récentes. Après huit projets à son actif, il pense réaliser son premier album au sens propre du terme : produit, masterisé et mixé avec l’aide de professionnels. Cette étape renouvellera peut-être le contenu créatif de l’artiste.

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