YUZMV – YUZMV

Critique

YUZMV désépaissit le mystère autour de son personnage en livrant un premier album très prometteur. 

De Fuzati aux rappeurs cagoulés de Drill UK, les raisons de se dissimuler le visage pour un artiste ont toujours été aussi diverses que variées. YUZMV (prononcé «Yuzma ») a lui fait le choix de se présenter à son public le visage recouvert de bandelettes, ne dévoilant que son œil droit et un infime espace pour articuler les mots qui lui pèsent tant. Pour lui, une volonté de s’effacer en tant qu’individu et de laisser le public s’approprier son histoire. Une manière également de remettre la musique au cœur de tout. Malgré cette apparente distance avec le public, cela n’a pas empêché ce jeune Perpignanais de nouer un lien très fort avec ses fans : ceux qui le suivent depuis ses premiers pas sur Soundcloud comme les suivants.

Un artiste à thèmes

Artiste mystérieux de 22 ans, passé par la danse, la batterie et le piano, YUZMV cultive en effet depuis plus de deux ans une fanbase très attachée à sa musique et aux histoires qu’il y livre. Des histoires souvent sombres et des thèmes récurrents liés à des ruptures amoureuses ou aux déceptions du quotidien. Il est d’ailleurs intéressant de noter son attrait pour des morceaux « à thème », une tendance de plus en plus minoritaire dans le rap.

On retrouve ainsi sur les trois premières pistes de son album éponyme, des morceaux traitants successivement de sa destinée (Le chemin), de son lien avec sa mère (Mère) ou adressé à son petit frère (Lenny). Des morceaux qui soulignent également un contexte familial délicat et un besoin de rassurer ses proches et de les rendre fiers. « J’vois mon père qui s’inquiète / Dans ma mémoire, y’a des courts-circuits / Avant qu’il parte, j’ferai disque d’or /J’l’ai rendu fier qu’à mes dix-neuf ans » (Le Chemin).

Une identité musicale affirmée

Là où on observe chez YUZMV des thèmes bien propres et adéquats à ceux de sa génération, le rappeur étonne un peu plus de par sa maturité musicale. Issu d’une famille de musiciens et pratiquant lui-même de multiples instruments, l’artiste semble ne pas avoir peur d’aller au bout de ses idées et se montre en plus très à l’aise dans des registres musicaux variés. Le piano-voix vient ainsi décupler les émotions sur des morceaux comme Les Mains Libres, Miroir des limbes ou Djinn Amoureux. Sur Danse endiablée les lyrics du rappeur s’immergent cette fois dans une instrumentation riche, progressive et autant inhabituelle qu’osée.

Comme aime à le rappeler YUZMV, il est aussi capable de morceaux plus légers. Très inspiré par le regretté Juice Wrld, il se laisse parfois aller à des thèmes plus futiles et quelques éclaircies musicales. Jusqu’à laisser échapper un refrain au gimmick pop rap accompagné de 808 bondissantes sur Jet Lee. Un aparté egotrip sur Chronique VI et un remix « club » de Le chemin 66/6 finissent enfin de nous convaincre de sa polyvalence et du fait qu’il n’aurait aucun mal à mettre à exécution son plan secret : « Et s’il faut gagner de l’argent, on fait de la Pop ».

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