Kalash Criminel – Sélection Naturelle

Critique

Après La Fosse Aux Lions paru en 2018, Kalash Criminel fait son retour avec Sélection Naturelle. Une réussite qui permet d’affirmer la place prise par l’un des rappeurs les plus atypiques de l’Hexagone. De l’engagement, des thèmes sérieux et de l’egotrip puissant, l’artiste s’est diversifié.

Une volonté d’engagement

Sélection Naturelle est annoncé à la suite de la collaboration entre Damso et le rappeur cagoulé sur le morceau But en Or [produit par HypnoticBeatz]. Ce son est un engagement sur les discriminations subies par les deux artistes.


La rareté est une richesse / Tu savais pas / Je t’informe / Ils s’moquent de mon albinisme / Mais c’est ça qui fait ma force


Du premier single à la pochette de l’album, la direction artistique de Sélection Naturelle est claire. Kalash Criminel veut délivrer une musique engagée en respectant les codes du rap. Cette direction artistique se poursuit jusque dans l’image, avec un clip réalisé par Félicity BEN REJEB PRICE. La vidéo de But En Or met en scène des personnes albinos de tout âge, arborant le fameux Sauvagerie Paris.

Elle déconstruit la position de la police et met en scène des policiers robotiques sans réflexion, cette illustration fait écho au refrain, « J’vois que des policiers analphabètes / Suivre nos quotidiens à la lettre ». La collaboration donne un aspect de la DA appliquée par Crimi’, qui correspond à sa position sur les débats de nos sociétés (discriminations, violences policières).

La sincérité au cœur du propos

Ce côté militant est affirmé par le travail de Fifou sur la pochette de l’album. Elle met en évidence un enfant albinos protégeant sa mère de deux policiers. La cover fait ainsi référence à la discrimination et aux violences policières.

Un engagement entre autres contre les disparités, que l’artiste imprègne dans la quasi-totalité des morceaux. Il peut se retrouver sous la forme de quelques phases comme sur l’unique couplet de Très Mauvais.

Cette caution peut aussi servir de thème, ce qui est le cas dans Incompris. KC fait une démonstration de rap, en appelant l’auditeur à se questionner. De plus, ses expériences vécues, telles que son enfance en RDC ou sa jeunesse à Sevran, donnent du crédit à ce qu’il interprète. La sincérité qu’il dégage et la véracité énoncée sont les piliers de son style, il le dira d’ailleurs à la fin de ce morceau : « En vrai de vrai / J’suis trop vrai pour faire du rap ».

Une grande diversité musicale

Au travers de ce nouvel album, Crimi’ propose différentes tendances musicales. Il fait appel à dix-huit producteurs distincts, de Marcelino en passant par Draco Dans Ta Face. On retrouve alors des ambiances Drill (Insta Twitter) ou plus simples à l’image d’Incompris.

Kalash démontre qu’il est à l’aise sur n’importe quel beat, offre une topline planante (Elle est Gang) et du rap technique (Finish Him).


Tu parles de moi mais on s’connait pas / J’t’attrape et j’te laisse dans un sale état / T’es fan de Paris / T’es sûr ? / Est-ce que tu connais Pauleta ?


La diversité des productions de l’album permet de mettre en exergue le talent du sevranais. Il sait rapper, chanter, et a affûté l’utilisation de ses gimmicks comme sur Shooter [Therapy 2093] qui est une démonstration de force.

L’auditeur redécouvre aussi les références du rappeur (J’oublie Tout), dont une qui renvoie au premier album de Kaaris, un traumatisme pour le rap français. Cette influence se retrouve sur certaines punchlines, dont seuls les deux artistes ont la recette. Un élément unique dans la violence et l’image, qui est retranscrit sur Doute : « Une rafale sur Homer et le Père Castor / En France / Je suis le meilleur de tous les rappeurs hardcore ».

De l’engagement à la mort

La diversité se situe aussi dans les thèmes abordés. L’artiste essaye de dépeindre sa vie sous tous ses aspects. Outre la volonté de dénoncer, le rap de Kalash respire l’odeur de la mort et de la fatalité. Son engagement sur la condition des albinos, prime sur sa vie (Incompris).


Les plus faibles sont éteints

Sélection Naturelle


L’album porte bien son nom, l’artiste fait référence à cette idée que seuls les meilleurs d’une espèce peuvent survivre et s’adapter. La notion de survie fait appel à l’idée de la mort et d’une certaine fatalité, qui sont deux notions que Criminel aborde tout au long de SN.

La mort est abordée dans Death Note, en écho au manga éponyme qui relate l’existence d’un carnet dans lequel tout nom inscrit à l’intérieur, entraîne le décès de la personne. Cette idée est dissimulée sur le projet, tout comme celle sur la fatalité, « Ma destinée était d’jà tracée bien avant de naître » (Sale Boulot).

L’acceptation de sa condition humaine est mise en exergue sur Moment avec Bigflo & Oli. Il fait face à la fatalité de la vie, et sait que malgré ses décisions, la fin reste la même, « Le cimetière est le seul endroit où nous sommes tous égaux ».

Un casting cinq étoiles

Il y a six invités différents sur le projet, 26Keus (Drogua), jeune rappeur et première signature du label Sale Sonorité. Les autres artistes appartiennent tous au cercle fermé des rappeurs possédant un disque de diamant : Nekfeu, Niska, Jul, BigFlo et Oli. Avant l’écoute, on pourrait croire qu’ils sont une simple vitrine inutile pour la promotion de l’album, il n’en est rien.

Kalash a bien choisi ses collaborations, et propose à chaque fois des morceaux réussis. Celui avec Jul (Dans la Zone) est un bon exemple, la prod est propre à l’univers de ce dernier, et ils forment un duo en adéquation.

Turn Up avec le Fennec est un titre assez équivoque, les deux MC’s sont en transe sur une production trap. Leurs univers au préalable plutôt éloignés se sont parfaitement unis. Le refrain est entrainant, les couplets et les voix de chacun, se mêlent au travers de gimmick bien senties.

Perfectionner l’univers artistique

Certes dans sa discographie, Kalash Criminel a déjà délivré quatre projets, mais Sélection Naturelle est considéré comme son deuxième album studio. Il semble avoir parfaitement trouvé son univers avec ses gimmicks et flows. La recette est connue et toujours autant efficace, cependant sur certains morceaux, les phases d’egotrip ne se complètent pas avec celles plus sérieuses (Tarifs).

La lecture des pistes peut entraîner des moments d’incompréhension durant l’écoute. Kalash gagnerait à uniformiser un peu plus ses productions, afin d’étayer sa direction artistique. Par ailleurs, il a délivré un bon projet qui est plus personnel que les précédents. Il se livre plus sur lui et ses luttes. Cette introspection pourrait être encore plus profonde, tant il a des choses à raconter.

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