Night Lovell – GOODNIGHT LOVELL

Critique

Le jeune prodige canadien est de retour après plusieurs années d’absence avec son troisième album.

Entre rêves et cauchemars

Âgé d’à peine 21 ans, Night Lovell est loin d’être un inconnu dans le rap underground. Il a fait ses armes sur Soundcloud, et a percé avec son incroyable hit Dark Light, musique qui aura influencé un bon nombre de rappeur, et qui pose les codes de Lovell et son univers : une ambiance très sombre, un flow nonchalant, une grosse voix, et des lyrics qui partent dans tous les sens. Le tout sur une prod qu’il a lui-même faite.

https://youtu.be/HTp5PH8ot6Q

Le cocktail a bien fonctionné, et même si le jeune artiste déclare aujourd’hui qu’il déteste ce morceau, il lui doit beaucoup.

Pour son nouvel album, il a repris cette ambiance morbide, et l’a placée dans un album au concept génial : le titre de l’album, GOODNIGHT LOVELL, est un jeu de mots entre Night Lovell (donc le pseudo de l’artiste), et l’expression « goodnight » qui signifie « bonne nuit ». Et tout le concept réside autour de la nuit : l’album est en fait une suite successive de rêves (symbolisés par de l’égotrip) et de cauchemars (symbolisés par une forme de profondeur lyrical, d’honnêteté, de doléances). Et il faut savoir que Night Lovell porte ce nom de scène car Lovell est le prénom de son père, et Night car il écrit/compose ses musiques uniquement la nuit. Maintenant que le titre et le concept de l’album, ainsi que l’importance de l’univers nocturne sont expliqués, on peut passer aux détails.

Le projet s’ouvre sur MARY JANE, qui place directement l’auditeur sous pression : hurlements de loup, fille qui crie de peur, bruits de nature (grillons, vent etc.), le décor est planté : la nuit sombre. On entend également une personne frapper à une porte, ce qui pourrait être interprété comme une métaphore visuelle : nous sommes cette personne, et nous voulons entrer dans l’esprit de Lovell, dans ses rêves. Cela étant, la musique se lance enfin, et on le retrouve avec un flow assez agressif, parlant de son stress, de sa paranoïa, et de sa solution pour gérer tout ça : les addictions.

Ensuite la seconde musique se lance, il s’agit du seul single de l’album, intitulé BAD KID. Le clip de la musique colle parfaitement au thème de l’album, et même plus : il le met en images.

https://youtu.be/ksn5PC4Io7I

On peut y voir un Night Lovell s’endormir plusieurs fois, être parano, et ayant l’air défoncé. On peut aussi y observer le squelette qui apparaît sur la cover de l’album. Tout est à chaque fois lié. Au niveau musical, là encore on retrouve un Lovell agressif, qui sombre un peu plus dans la folie. Ce morceau fait office de « banger » de l’album, et le changement de flow du rappeur en plein milieu est génial. LET ME DIE, la troisième musique est la poursuite du cauchemar : Lovell fait part de ses envies suicidaires à la suite d’une déception amoureuse. Vient enfin le premier feat : Lil West sur MENTAL SLAVERY. Ici l’invité reçoit énormément de place, à la manière d’un Fuck Love de XXXTENTACION et Trippie Redd. Les 2 musiques ne sont pas uniquement comparables pour la liberté laissée à l’invité, mais également pour les thèmes majeurs : désillusion amoureuse, mélancolie, prison de regrets. D’ailleurs, l’excellent Lil West fait penser très fort au Tory Lanez d’il y a plusieurs années.

Baisse de qualité et redondance

Après une très forte entrée en la matière, l’album commence à perdre en qualité, les flows se ressemblent de plus en plus, les instrus (souvent minimalistes) se démarquent peu et sont donc peu marquantes. Ce qui donne une amère impression de répétitivité ou de déjà vu, pour notre plus grand regret. Parmi le peu de bonnes idées qu’il reste dans la suite de l’album, on est obligé de parler du père de Night Lovell -qui est également rappeur-, qu’on entend brièvement sur la musique WATCH ME. Le rendu est plutôt original et offre une nouvelle couleur à l’album. Il y a également la présence dans du groupe $UICIDEBOY$, dont l’univers musical est très proche de celui de Lovell. On a connu le duo plus en forme, mais les trois artistes se complètent quand même bien sur la musique JOAN OF ARC.

PLEASE DON’T GO qui se situe au milieu de l’album relève un peu le niveau, au moyen d’un texte intéressant et surtout d’un refrain efficace. De même pour CAN’T LOSE YOU, où Lovell laisse beaucoup plus l’instru respirer, et la découpe avec un bon flow. L’album se conclut par la fin de la nuit, le levé du soleil, et donc la fin des rêves/cauchemars via la musique THE SUN. Lovell se réveille à la fin de celle-ci. Tout le reste n’est pas suffisamment mémorable pour en prendre la peine d’en parler.

Night Lovell ne fait pas assez rêver l’auditeur

En conclusion, le concept de l’album est génial, mais malheureusement Night Lovell ne l’a pas assez exploité. Il ne laisse pas assez libre court à son imagination, les thèmes sont trop souvent les mêmes. Après autant de temps à travailler cet album, on aurait aimé qu’il tente de nouvelles choses, et au lieu de ça, il est resté dans sa zone de confort et a fait ce qu’il sait faire de mieux, ce qu’il fait depuis ses débuts, et c’est dommage. Un concept original pour un album qui l’est beaucoup moins. GOODNIGHT LOVELL plaira sans doute à sa fidèle fanbase, mais ne l’aidera pas à toucher un nouveau public, à élargir celui qui est déjà présent, et Night Lovell restera donc encore ce talentueux rappeur sous-médiatisé, ce talentueux rappeur dont on parle trop peu. Alors qu’au fond, il doit sans doute rêver de plus…

Rotka
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