Sopico – Nuages

Critique

Avec son premier album Nuages, Sopico revisite partiellement la conception du rap. Dans ce nouveau projet, pas de prods lourdes ni d’autotune, mais uniquement l’artiste et sa guitare.

Entre ciel et terre

Après deux projets long format (Mojo et ) ainsi que deux EP (Ëpisode 1 et Ëpisode 0), Sopico livre son premier album physique. Un projet plus introspectif que jamais qui, comme sa cover le présente, expose les émotions de l’artiste. De manière symbolique, chaque titre peut être représenté par un nuage à travers lequel le rappeur nous emmène et se livre. 

« J’écris pas des rimes mais des extraits de mood »

Wave – Sopico

Une conception d’un projet très sobre où Sopico construit ses textes comme s’il parlait. Celui qui se présente comme étant « la fusion de Nirvana et du Wu-tang Clan » (Slide), apporte une perception novatrice au rap francophone actuel.  

Cette singularité l’a amené à devenir le premier artiste français à être sélectionné par la plateforme berlinoise Colors, avec le titre Le Hasard ou la Chance qu’il performe, une nouvelle fois, avec sa guitare.

Collaboration instrumentale 

Afin de ne pas dénaturer ce projet si personnel, Sopico ne s’est autorisé à inviter que sa guitare. Entre les titres Slide, aux sonorités plus rock, Tout va bien, plutôt mélancolique, ou encore Papier et Passage plus qu’entraînants, les résonances de l’instrument nous traînent à travers diverses musicalités, toutes plus riches les unes que les autres. 

Malgré la conception très minimaliste de Nuages, son auteur admet avoir mis beaucoup de temps à écrire, interpréter et véhiculer les messages qu’il voulait faire passer : « Je voulais faire quelque chose de très personnel, minimaliste mais en même temps ambitieux ». Il est vrai que très peu de rappeurs sont capables, avec l’unique utilisation de leur voix et d’un instrument, d’apporter autant de richesse à un projet. Pas besoin d’épiloguer sur la valeur ajoutée amenée par les prods, le choix des collaborations ou encore le contenu des textes car la simplicité et l’authenticité de chaque morceau parlent d’elles-mêmes. 

Cette initiative guitare-voix, Sopico l’expérimente depuis un petit moment. L’artiste a déjà conquis son public par l’intimité de ses versions acoustiques Unplugged sur YouTube. Une série de plusieurs épisodes où le jeune rappeur reprend ses titres à la guitare. Suite aux millions de vues et d’adhérents à ce format, proposer un premier album entièrement instrumentalisé était une évidence pour Sopico. 

Projet intemporel

Nuages ouvre un champ de possibilités au rap. Cet album confirme qu’un bon projet rap n’est pas forcément synonyme de prods arrangées et masterisées, d’autotune ou de multiples collaborations. La force de ce type de projet est qu’il peut être intemporel. Une chanson réduite à son minimum, c’est-à-dire à un ou plusieurs instruments et une voix, est la manière la plus intemporelle de faire de la musique. Il s’agit du procédé classique de productions musicales. Or, les méthodes numériques actuelles évolueront certainement. De cette manière, les projets, certes bien maîtrisés de nos jours, résonneront probablement de manière obsolète d’ici quelques années.  

Nuages, la suite…

Il est évident qu’un format plus long, adoptant cette conception musicale très simple et épurée, manquerait profondément de variété. Bien entendu, le panorama artistique de Sopico est plus vaste que cela, ce qu’il a pu certifier dans ses projets antérieurs, notamment Ëpisode 0. Mais l’artiste a d’ores et déjà annoncé sur ses réseaux qu’une suite de l’album est prévue : « Dans cette première partie de l’album je voulais vous retrouver, de la manière la plus sincère possible. On va passer par toutes les émotions maintenant. Regardez le ciel…». La suite pourrait donc combler toutes les personnes en carence de rap à l’écoute de ce premier album. 

Enfin, l’objectif de Nuages était d’aller au cœur de l’identité de l’artiste, de manière simple et avec de l’émotion. C’est un pari réussi pour Sopico. Avec ce format de 13 titres (dont 3 interludes), il est parvenu à nous faire adopter son univers, ancré dans un métissage entre rap et rock, avec une conception propre à lui. Et sa singularité c’est aussi son imperfection. Une confession que l’artiste fait sur le morceau Thème (Épisode 0) : « Les chansons les plus belles sont celles qui ont des failles ». À présent, Sopico fait partie de ces nouvelles figures prêtes à affirmer de nouveaux univers sonores à la scène rap francophone. 

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