Menavor, jeune artiste en devenir

En ce vendredi 10 janvier 2020 sort le premier album de Menavor nommé Sykras, jeune artiste grandissant issu de différentes plateformes d’internet. Ayant eu le projet en avance pour avoir participé à sa construction, je vais donc pouvoir vous en parler dès aujourd’hui après avoir eu le temps et le recul de le digérer, en amont de sa préparation.

Tout d’abord, il est important de présenter l’artiste à qui nous faisons face ici. Menavor, jeune artiste frôlant la vingtaine d’années, a débuté le rap il y a de cela un peu plus d’un an, en délivrant de premières ébauches de sa musique sur SoundCloud, plateforme opportune pour de jeunes artistes débutants, désireux de se lancer dans la musique. Ainsi, il a pu faire ses armes de manière plus underground, afin de parfaire son art pour en arriver à un résultat plus professionnel. Et après un certain temps d’essai, il est venu le temps de se lancer dans le grand bain avec ce premier album donc, Sykras, disponible cette fois-ci sur toutes les plateformes de streaming habituelles telles que Spotify, Deezer, Tidal ou encore Apple Music, en plus de SoundCloud.

Et pour ce faire, quoi de mieux que de lancer un premier single, Sykras, titre éponyme à celui de l’album, morceau plutôt enjoué et fédérateur, digne d’accrocher une palette d’auditeurs assez large, tout en présentant l’univers de l’artiste, entre mélodies suaves, effets vocaux léchés et textes torturés. Un premier morceau prometteur pour la suite de l’album, qui annonce parfaitement la couleur.

Un premier projet déjà très pro

En effet, pour un projet de rookie, la qualité est déjà fortement au rendez-vous. L’album est concis, permettant ainsi de faire mouche plus facilement et de mettre en relief chaque morceau, pour au final en retenir l’intégralité, tout en faisant ressortir certains sons plus phares. Avec une longueur de 32 minutes, il pousse plus facilement à la réécoute et permet de ne jamais s’ennuyer en accrochant constamment l’auditeur, sans perte de qualité.De plus, au niveau du sequencing, l’album est bien réparti, commençant plus vers des sonorités agressives vers le début, et allant vers des sonorités plus mélancoliques vers la fin. Ainsi, nous suivons une certaine évolution musicale dans l’univers de l’artiste. Et qui dit projet court, dit une entrée en matière qui se doit d’être directe.

C’est bien là ce que permet le morceau Intro, morceau percutant très kické, montrant une bonne capacité à rapper, avec des flows déjà très propres. Pour ne jamais perdre le fil du morceau, Menavor varie très bien ses flows pour toujours tenir l’auditeur en haleine, et change également ses tonalités de voix et ses effets vocaux, pour apporter une richesse à son morceau, sur une production minimaliste lui laissant la place de s’exprimer. Le morceau suivant, N.S., continue dans cette lignée, avec cette fois-ci une production plus prononcée, avec une lead un peu à consonance égyptienne, et de grosses drums bien rondes, apportant impact et puissance au morceau. Menavor y délivre un refrain percutant, assez trap qui est catchy pour l’auditeur, remplissant très bien les critères d’une musique plus turn up. Le morceau Crash vient très bien clore ce trio de morceaux agressifs, avec un flow qui prend à la gorge, très effréné, ponctué par des mélodies sous effets vocaux brumeux, marquant déjà une certaine empreinte vocal de Menavor, qui use très bien de son autotune en allant chercher différentes sonorités, enveloppant ainsi sa musique d’une profondeur plus marquée.

Paradigme vient marquer une rupture avec ce style de sonorités, pour apporter une autre dimension à l’album. Nous faisons ici face à un morceau plus hybride, savant mélange entre un côté percutant avec de grosses drums appuyées toujours présente, mais une performance ici plus lancinante. En effet, nous sommes plus dans les tons d’une atmosphère torturée, bien mise en lueur par un vocal sinueux, frôlant la saturation, faisant ainsi transmettre les émotions de la torture de l’artiste. Là où Paradigme atteignait des pics de hauteurs, Espace fait très bien retomber l’ambiance avec un morceau plus aérien et calme, où Menavor prend un flow planant, sur une production bien à propos de ce type d’ambiance. S’ensuit donc le morceau Sykras préalablement analysé en introduction de cet article, qui tombe à pic pour redonner un côté plus festif à l’album avec sa sonorité caractéristique.

Puis à partir de Hivernale vient un run de morceaux stratosphériques, sur fond de regrets mélancoliques. Le morceau débute donc très bien cette dernière partie d’album, avec des mélodies toujours entraînantes qui jalonnent le projet Sykras, mélodies encore plus élevées par des vocals doux, allant parfaitement de paire avec ces mélodies à propos de ce type d’ambiance. Le refrain est marquant pour l’auditeur, restant bien en tête et étant d’une qualité sérieusement professionnelle, très bien entouré par de solides couplets avec des flows changeants à chaque fois, donnant ainsi toute la variété nécessaire à un morceau d’album digne d’une ambition d’excellente facture. Adieu poursuit dans cette ambiance, en apportant sa plus-value avec un morceau plus lent, pour rentrer dans l’ambiance tout en ajoutant une diversité dans le tempo. Le refrain entre carrément dans un cadre chanté, et les couplets se veulent plus rappés pour ajouter une polyvalence au morceau, toujours sous filtres vocaux soignés et changeants entre le refrain et les couplets, plus envolés sur le refrain pour le mettre en lumière. Pilule vient ensuite également apporter sa touche à ce dernier bloc de cinq sons, avec une touche de folie et des envolées plus remarquables, changeant de tonalités vocales, mettant en relief la torture de l’artiste, thème approprié au morceau. Faisant preuve d’une certaine créativité sur ce type de morceau, Menavor se détache du reste du rap français avec ce type de sonorités particulières. Tout comme Espace faisait abaisser la tension après Paradigme, Flou le fait tout autant après Pilule. Le morceau commence donc aussi très planant avec encore un nouveau vocal différent, plus téléphoné cette fois-ci au niveau de la sonorité. Les couplets se veulent très mélodieux et chantés, et le refrain accentue encore plus cet aspect avec un vocal suave élevant le morceau et lui permettant une envolée tout en douceur. Enfin, le projet se clôture avec un morceau saisissant, 2001, plus introspectif et ponctuant ce côté mélancolique. N’ayons pas peur des mots, nous pouvons clairement qualifier le morceau de sublime, où Menavor se voit très touchant, avec un crescendo entre le couplet et le refrain, qui instaure d’abord cette ambiance mélancolique aux couplets, avant d’atteindre son climax sur un refrain très étiré.

Musicalement l’album est donc très qualitatif, proposant plusieurs ambiances s’inscrivant dans une homogénéité marquée, jonché de nombreuses mélodies et vocals efficaces, côtoyant des flows plus rappés et bouncy. Le choix de productions est aussi très bon, puisqu’en plus de la bonne qualité de celles-ci, elles s’inscrivent également dans un univers que l’artiste met déjà en place dès son premier album.

Un univers présent

En plus de la musicalité très carrée de son projet, Menavor instaure déjà son univers artistique. En effet, nous pouvons y déceler ses états d’âmes à travers Sykras, projet tout de même très personnel, qui on le sent tient très à coeur à l’artiste. Nous voyageons ainsi avec lui entre hargne, tristesse, regrets et mélancolie.

A travers les lyrics, nous percevons une authenticité de l’artiste, qui ne cherche pas à s’inventer une vie de voyou, mais qui fait part honnêtement de ses sentiments et de ses émotions, qu’il arrive à nous procurer à travers le côté touchant de sa musique. Et dès lors que musicalement le public est captivé émotionnellement, le côté lyrical suivra derrière. Nous pouvons donc écouter avec attention Menavor nous compter une partie de sa vie. Que ce soit dans le cadre familial, amoureux, amical ou tout simplement relationnel avec l’humain, nous pouvons déceler un certain lot de déceptions, que ce soit à cause de trahisons ou tout simplement de dédain.

Néanmoins, à travers ses différentes déceptions du passé, Menavor semble puiser une certaine détermination hargneuse pour l’avenir. En effet, après avoir subi différents revers de personnes tierces ne croyant pas en lui, la meilleure des réponses est de faire part de volonté afin d’atteindre ses objectifs, principe connu et logique de la vie. Et avec l’arrivée de ce projet, nous pouvons dire que la route semble bien démarrée.

Cette transcription lyricale se fond donc parfaitement avec la musicalité de l’album, grave et émotionnelle, allant donc de paire avec le propos de l’album au niveau des paroles. De cette belle combinaison va donc pouvoir naître une transmission d’émotions comme citée précédemment, chose qui n’est pas forcément aisée en musique, d’autant plus que de nos jours beaucoup d’artistes se trouvent être génériques, et accomplissement encore plus respectable quand il est réussi par un jeune artiste comme Menavor.

La mise en place d’un univers va être encore plus déterminante pour la suite, car en ayant une construction de celui-ci dès le premier album, il va être possible de l’étoffer par la suite. En effet, un bon début est déjà présent mélodieusement, rapologiquement, lyricalement et vocalement parlant, ce qui va pouvoir être encore améliorer sur le prochain projet. Il va donc être possible d’accentuer encore sur les flows rappés, de pousser la mélodie plus loin, d’approfondir l’écriture et de parfaire les vocals. Avec des bases déjà solides comme celles posées sur Sykras, la suite est encore plus encourageante, et au vu du certain talent montré par Menavor sur son premier album, il est très probable qu’il arrive à remplir le cahier des charges pour le prochain.

Nous pouvons donc qualifier Sykras de réussite dans ses objectifs. Menavor nous montre qu’il fait de la musique sérieuse et qu’il est crédible de poser une pièce sur lui pour l’avenir. Une certaine passion pour la musique transpire dans son art, chose de plus en plus délaissée dans le rap français dans la recherche d’un profit plus lucratif. Il est aussi important de souligner la solidité de son entourage qui l’a bien poussé derrière ce projet que ce soit au niveau de la promotion, la cover ou encore la direction artistique, montrant une équipe soudée, bel élément à noter dans le rap français de nos jours. Félicitations donc à l’équipe Emilezitoon ayant contribué, que ce soit Tifo, KamZ, Brieuc, Leïla, Adam, Flo, Samy, Axel, Azad, Naji, Vince, Baptiste, Ava et Emre, qui ont poussé derrière Menavor dans différents aspects. Avec une première pierre à l’édifice solide, Menavor dispose des armes nécessaires pour se construire un avenir prometteur dans le rap français. Non avare en effort, il peut proposer de grandes choses pour le futur avec un travail poussé, un certain talent, et une équipe solidaire autour de lui. Lors du premier jour de la sortie de Sykras une belle réception était déjà présente sur internet, en espérant que le futur lui offre une résonance encore plus large.

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