13 Organisé

Critique

13 Organisé est au rap marseillais ce que Villas Boas est à l’OM ; les doutes et scepticismes de l’accueil sont vite balayés par une cohérence et un effet fédérateur instantané sur les effectifs, que l’on savait déjà talentueux et prometteurs dans les deux cas. On est très loin de la perfection, mais l’OM retrouve la Ligue des Champions sous l’impulsion du portugais, et 13 Organisé est disque d’or après seulement deux semaines.

screenshot clip bande organisée

« À jamais les premiers »

Avec Paris, Marseille est la ville du rap en France. Mais contrairement à la capitale, la cité phocéenne a connu une perte de vitesse. Par absence d’exposition importante, le rap bleu et blanc s’est vu dépasser par son homologue parisien, hormis quelques exceptions comme Jul et SCH. Présents sur la compilation, ils vont être les leaders d’une équipe qui veut replacer Marseille sur la carte.

Cette équipe, cette Bande Organisée, nous dévoile une tracklist de 13 sons cohérents et bien amenés. Dans cette compilation, on passe par toutes les émotions sans juste milieu : On fait zumba cafew avec Soso Maness, on serre tristement le poing sur Combien, on s’énerve sur 13 balles, on sort les armes sur Warzone. Les rappeurs sont très nombreux (50) à figurer sur l’ensemble des sons. On y retrouve des rookies surprenants, des noms plus connus de Marseille, des stars nationales et des légendes de la cité phocéenne.

Pas nés sous la même étoile

De par cette multitude d’artistes, on assiste forcément à des contrastes au niveau des performances. Parmi les plus connus, on pense à un Alonzo moyen sur tous ses couplets, un Naps très bon dans son propre style (Warzone, Bande organisée) mais qui n’innove pas du tout et se montre donc assez peu polyvalent.

Soso Maness apporte lui une vraie plus-value à 13 Organisé. Facteur X sur Bande organisée, amoureux du bat’ et de sa copine sur Ma gadji, guetteur désabusé et mélancolique sur Combien, l’étoile montante de Font-Vert est un catalyseur d’émotion qui sied bien à la compilation.

Kofs, sans être inconnu au bataillon, n’est pas le plus médiatisé de la bande. Entre couplets très énervés et refrains chantés,  même s’il n’est présent que sur trois sons,  le capitaine y met toute sa patte. Une belle surprise.

Les deux Julien du groupe (Jul et SCH) sont les hommes du match. Sans le J, le projet n’aurait jamais vu le jour. Sans le supplément d’âme et le liant qu’il apporte sur tous les morceaux par ses flows et ses refrains bien trouvés, 13 Organisé n’aurait pas été le même. SCH quant à lui, nous rappelle ses origines marseillaises. Plus que performant dans un style où on ne l’attendait pas forcément, le S apporte toute sa classe, son flow et son personnage. « Oui ma gatée ». Et si le dernier album de la Fonky Family remonte à 2006, et que le Rat Luciano n’est vu que sur des featurings depuis, ce dernier montre qu’il n’a rien perdu de son talent. Sur tous ses couplets, il nous gratifie de son flow typique et de son sens des lyrics recherchées et percutantes.

Du rap par et pour des marseillais

Bien qu’étant une bonne compilation, 13 Organisé est un album de rap marseillais. Le style n’est pas adapté aux goûts de tous. Du triste et mélancolique à l’explosif et ambiançant, peu d’équilibre. Les paroles tournent autour des mêmes thèmes avec un argot très marqué, qui peut à la fois être source d’incompréhension ou devenir une expression plus générale.

L’ambiance sud est (trop?) marquée par des fonds sonores très simples, une guitare, un violon, un piano. Les instrus sont même cheap pour certaines. Cela a pour effet de gâcher la qualité de certains sons, qui apparaissent alors comme du remplissage au milieu de l’album.

Si l’album est globalement de bonne facture, la viralité du titre Bande Organisée est également discutable. Niveau chiffres, ce son est une réussite évidente. Il impose à travers la France cette ambiance stéréotypée du rap marseillais de ces dernières années : un beat à la Jul, une mélodie épurée et presque robotique, un refrain dansant, de nouvelles gimmicks. Mais ce morceau, en se voulant être l’étendard de 13 Organisé, fait de l’ombre au reste de l’album, et à des chansons qui incarnent une autre facette du hip-hop sudiste, lyricalement et musicalement plus recherchées, comme Je suis Marseille ou encore L’étoile sur le maillot.

Milieu de tableau

Warzone compose, avec Partout c’est la même, Miami Vice et Heat (malgré la présence de Keny Arkana), ce que l’on pourrait qualifier de « ventre mou » de l’album. Des chansons que l’on écoute une ou deux fois, mais qui n’ont que peu de replay value à cause de ces ambiances clichées, couplées à des productions trop cheap et peu de cohérence dans les différents couplets.

La longueur des morceaux est également un problème. Il est difficile de faire cohabiter 50 rappeurs sur 13 tracks. Ainsi, le son le plus court de la compilation fait 4 minutes 28 ; un format déjà assez long dans la scène rap actuelle. Cela nuit à un potentiel de réécoute de l’album.

Dernier point noir, l’absence de Soprano et Sat l’Artificier sur Je suis Marseille, qui clôture 13 Organisé. On aurait aimé voir, sur un son qui réunit déjà le légendaire groupe IAM, la Fonky Family et les Psy4 de la rime (presque) au complet.

Vers une scène locale Marseillaise ?

Malgré des défauts apparents, 13 Organisé est l’album qui fait rapper Marseille, et qui fait bouger la France. C’est ce qu’il manquait au rap de la cité phocéenne depuis des années : une cohésion, une unité. De là à créer une scène locale comparable à celles des USA ? Pourquoi pas. Les sonorités, très inspirées des années 90 marseillaises et des productions de Jul se distinguent clairement du reste du rap français. La ville y est mise en scène, avec ses couleurs et ses symboles fièrement arborés. Reste à créer un réseau d’artistes fort qui répondrait aux causes de la moindre influence de Marseille sur la scène rap ces dernières années (absence de gros labels, de solidarité puissante entre rappeurs phocéens).

13 Organisé, en mettant en avant le rap marseillais, peut devenir le point de départ de cette scène locale. Mais attention, si la grinta Marseillaise porte le collectif et lui donne toute l’énergie qu’il dégage, cet excès d’engagement a mené plusieurs fois à la faute sur l’album. À ne pas réitérer lors du prochain match.

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