Dinos – Imany Deluxe

Critique

Lire la chronique d’Imany

Dinos a considérablement élargi son public avec son premier album Imany. Petit chef d’œuvre de spleen et de poésie, le projet témoignait d’une grande maturité, d’une sincérité immense et d’un long cheminement artistique pour Dinos, qui ne cache pas son ambition de devenir le J. Cole français. Il revient en ce mois de décembre avec une édition Deluxe augmentée de 7 titres, visant à perpétuer l’esprit Imany.

Imany est un disque qui a frappé fort en 2018 et qui a marqué l’esprit de beaucoup d’auditeurs de Rap Français, malgré des ventes plutôt faibles. Dinos y partageait son sens de l’écriture, de la référence et de la punchline qu’il distillait dans une atmosphère poétique et mélancolique.

Tout l’ADN du rappeur figurait dans le projet ; son écriture chargée d’émotions et incisive à la fois (on se rappelle de phrases comme «Je suis le quartier mais pas la rue », « Les humains pleurent car ils ne connaissent pas l’amour »), sa vocation artistique avec le recours fréquent au chant et aux mélodies, son humeur triste mais comportant des interstices de lumière, les références au Rap qu’il balance un peu partout, l’étonnante sincérité se dégageant de ce jeune de banlieue aux aspirations rêveuses, évoluant dans un monde qu’il ne comprend pas tout à fait.

Dans la logique des choses, on attendait donc de cette version Deluxe qu’elle prolonge l’expérience, qu’elle nous entraîne de nouveau dans l’univers attachant créé par Dinos. A la manière d’un Kendrick Lamar sur untitled unmastered, une édition complémentaire doit perpétuer l’identité sonore d’un disque, et peut tenter de nouvelles choses tout en ne s’écartant pas trop de son modèle. Un exercice d’équilibre que Dinos manie correctement, en régalant l’auditeur avec des chutes de studio de 3 minutes maxi mais sans grandes surprises.

A l’écoute de titres forts comme Placebo ou Retrograde, des réussites indéniables en termes de texte comme de mélodies, on retrouve en quelques secondes l’ambiance lunaire et spleenesque d‘Imany. Sur d’autres morceaux comme PFW ou Fetty Wap on sent l’envie du rappeur d’évoluer et de s’essayer à autre chose, ça donne des tentatives de bangers pas franchement mémorables avec un level d’écriture baissé d’un cran et Dinos qui singe les gimmicks de 21 Savage. Les trois morceaux restants sont au point, ils font le travail et délivrent leur dose d’émotions sans marquer durablement.

Au final, ça ne fait donc que 2 titres qu’on va garder et placer au même rang que l’album, malgré qu’on soit face à des chutes de studio il n’empêche que ça reste léger, surtout pour un artiste aussi ambitieux et prometteur que Dinos. L’intention de compléter l’expérience Imany n’est donc qu’à moitié réussie, les morceaux supplémentaires sont écoutables et globalement au niveau mais ne constituent en aucun cas un « plus », ils se contentent d’être un remâché de l’album (ou sonnent un peu maladroits quand ils tentent de nouvelles choses).

Cependant Dinos a le bénéfice du temps, il a accompli énormément cette année et a passé un réel cap, à lui de prendre le recul nécessaire pour travailler son style et revenir encore plus fort la prochaine fois. Dans tous les cas, on croit en lui.

MattMartians
What happens on Earth stays on Earth

Rejoins-nous sur Facebook