Dinos – Stamina,

Critique

Pratiquement un an après la sortie de Taciturne, Dinos nous offre un album qui marque considérablement la fin d’année 2020.

Le plaisir d’un rap spontané

Imany, le premier album studio de Dinos, correspondait à « l’album de l’insouciance » tandis que le second, Taciturne, se présentait « l’album de la réflexion ». Stamina s’inscrit délicatement dans cette trilogie en tant qu’album de la spontanéité. Tant dans l’élaboration et le processus de création de Stamina, que dans l’énergie ardente qui en ressort, le rappeur de La Courneuve s’affirme pleinement et met en avant une assurance sans faille. Plus serein et confiant que dans ses deux albums précédents, Jules nous présente un album mélodieux, poétique, qui dégage la légèreté d’esprit du rappeur et cristallise une harmonie plus que séduisante.

Les instrumentales sont variées, passant de sons mélancoliques aux rythmes assez lents avec Demain n’existe plus, Madone ou encore 93 mesures, à des sons plus frappants aux rythmes davantage rapides avec Moins un, Judas et même de la drill avec Corbillard et Césaire. On retrouve un Dinos qui maîtrise parfaitement les différentes tonalités de sa voix, et qui a d’ailleurs fait le choix de proposer des flows, dans leur ensemble, plus rappés que chantés. Les collaborations sont réussies et créent différentes alchimies, plus dynamiques avec Nekfeu, Leto et Zefor et Zikxo mais aussi plus douces avec Tayc, Da Uzi et Laylow. Cette aquarelle éblouissante aux couleurs hétérogènes est la preuve que le rappeur est parvenu à élaborer un album qui soude de manière judicieuse la bipolarité de son style alors, pourtant, qu’il n’y a consacré que 3 mois de travail, contrairement à Imany qui lui a demandé 3 ans.

Des couleurs variées pour un hiver moins morose

Dès le premier son de l’album, Diptyque, un chemin clair et précis prend forme et la naïveté et la remise en question irrépressible d’Imany et de Taciturne n’en font pas partie. Bien loin d’être encore taciturne, la spontanéité et la sincérité de Dinos dans la conception de cet album ressortent un optimisme qu’on retrouvait moins dans les deux autres volets de la trilogie. Le rappeur de La Courneuve ne met pas seulement en évidence une confiance inébranlable dans sa ligne artistique, il dévoile également une acceptation de l’homme qu’il est.

« Avant j’voulais changer, maintenant, j’accepte c’que je suis », 93 mesures.

Toujours en énumérant ses défauts et les maux qui le poursuivent sans cesse, l’énergie générale et les textes de Stamina, révèlent un tout nouvel état d’esprit : Dinos met des mots sur ses inquiétudes mais il ne les remet pas en question, il les accepte simplement. Alors qu’il plaçait sa volonté de changer au cœur de ses deux albums précédents, on comprend qu’aujourd’hui son obsession pour le changement est derrière lui et qu’il assume pleinement l’homme et l’artiste qu’il est devenu. L’heure est encore à la réflexion mais plus aux questionnements.

Cette fatalité de la personne qu’il est, se profilant inévitablement dans ses textes, n’est pourtant pas attachée à des couleurs ternes et sombres puisqu’elle est enveloppée d’un optimisme mis en avant par le choix des instrumentales ou même par les mots employés par Dinos. On se laisse alors complètement envoûter par des sons comme Maman m’aime, Paranoïaque et Ciel pleure qui, même s’ils abordent des thématiques touchantes et tristes, échappent au parfum tragique et douloureux qui était bien plus valorisé dans Taciturne et Imany. Si Dinos paraît toujours autant torturé par la mélancolie et la nostalgie, il ne s’enferme plus dans une tristesse envahissante et amoindrit son versant dramatique.

Stamina, rappelle notamment les thèmes régulièrement évoqués par Dinos, tels que l’amour, la famille, Dieu, et aussi ses origines mais on remarque qu’ils sont abordés de manière plus posée. De façon assez frappante, il aborde l’amour dans une conception tout à fait nouvelle, qui lui permet de faire des sons moins tristes mais toujours aussi bouleversants, avec par exemple Madone ou Je Wanda. En fin de compte, la plume poétique du rappeur a fini par se développer et elle devient le reflet de sa réussite.

L’épuisant combat menant à la réussite

Sa perception de la vie ayant fortement évolué, il se rend également compte que le succès est enfin prêt à lui tendre les bras et qu’il n’est plus ce « mec que tout l’monde aime bien mais qui vend pas beaucoup d’skeuds » (On meurt bientôt, Taciturne). Dorénavant, il n’espère plus, il prend directement. Ce long périple vers la reconnaissance de la valeur de sa musique est finalement terminé, il le sait, et ce qu’il nous délivre dans Stamina, n’est autre que sa meilleure version de lui-même.

C’est donc à travers toute cette mécanique que le mot Stamina, attitré à l’album prend tout son sens : l’endurance est ce qui lui a fallu pour persévérer et réussir aujourd’hui. Ainsi, il s’agirait ici du chapitre final de sa carrière en termes d’album, ou du moins du dernier chapitre d’un triptyque saisissant qui gagne en qualité au fur et à mesure de son achèvement. Dinos nous fait comprendre qu’un premier combat est terminé, certainement celui de la trilogie ImanyTaciturneStamina,, mais qu’un nouveau match est déjà en préparation ou en tout état de cause en pleine réflexion.

Désormais, le chapitre se terminant avec Stamina, clôt une course vers la réussite et le succès qui semblait pourtant interminable et éprouvante.  Le rappeur de la Seine Saint-Denis en ressort plus endurant que jamais et le clame fièrement notamment dans 93 mesures où il revendique d’une voix déterminée et intransigeante « Me r’parle plus jamais comme si j’étais encore le Dinos d’Imany ». La place considérable laissée à l’égotrip et les nombreux rappels aux belles voitures et à sa fortune confirment qu’il a dignement remporté la victoire et ce grâce à sa persévérance. Tandis qu’il chantait « Dis-moi qu’il va pleuvoir du biff » dans le morceau Slide sur Taciturne, il déclare aujourd’hui « J’ai des loves, sur la tête des mioches, j’serai plus jamais pauvre » dans le morceau Maman m’aime sur Stamina,.

Son aisance financière et sa confiance manifeste lui servent à se centrer principalement sur les choses essentielles de la vie puisque, tout le monde le sait, y compris Dinos, « le bonheur est dans les choses simples ».  Son histoire et ses origines font alors partie des pièces maîtresses dans l’élaboration de l’album : beaucoup de références à l’Afrique, une reprise du morceau Trop peu de temps de Nuttea dans Demain n’existe plus ainsi que l’accomplissement 93 mesures.

Avec le meilleur démarrage de sa carrière, Stamina, est sûrement l’album de Dinos le plus varié et le plus complet dans son ensemble. Il maîtrise parfaitement son style et sa plume est encore plus affinée et acérée que dans ses albums précédents. Une réelle maturité s’y dégage et l’on ressent toute la satisfaction de Dinos qui a réussi à concevoir un album plus que mémorable et parfait pour nous accompagner tout au long de l’hiver.

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