Offset – Father of 4

Critique

Offset fournit avec Father of 4 le meilleur album solo de la cuvée Migos.

Suite aux projets de ses deux compagnons, c’est maintenant au tour d’Offset de dévoiler le dernier projet solo des trois Migos.

Après s’être déjà bien illustré en groupe aux côtés de ses congénères Quavo et Offset, et s’être montré irréprochable en featuring, Offset décide maintenant de s’attaquer à l’exercice de l’album solo. Et pour ceci il a d’abord dévoilé Red Room, le premier single de Father of 4, produit par Metro Boomin, un son addictif qui prend une qualité folle grâce sa replay value, et qui a été accompagné d’un très beau clip retraçant un peu la vie d’Offset, dont le récent accident de voiture qu’il a subi. Cet excellent single a réussi à faire monter la hype pour l’album dévoilé quelques temps après.

Un duo de producteur qui façonne l’univers de cet album

À l’image de Turbo et Wheezy qui ont instauré un véritable univers à Gunna sur Drip or Drown 2 le même jour, c’est ici Metro Boomin et Southside qui offrent un univers étoffé à Offset, qui a sûrement dû leur indiquer vers lequel il voulait progresser. Cet univers nous est présenté dès la cover, puisqu’il s’agit de l’Égypte antique. Comme on peut le voir aux hiéroglyphes présents sur un mur semblant s’apparenter à un mur de pyramide ancienne.

Metro Boomin et Southside ont donc réussi à retranscrire cet univers égyptien à travers leurs productions, avec des horns solennels rappelant des musiques de pharaons dans les films égyptiens, des flûtes envoûtantes semblables à celles des charmeurs de serpents, et autres éléments de productions rappelant les sonorités orientales d’Égypte. A cela s’ajoute certains adlibs d’Offset souvent démoniaques, pouvant faire penser à des bruits poussés par une momie réveillée en furie dans une pyramide.

On ajoutera enfin à ce faramineux travail de production la folie créatrice de Metro Boomin, qui a tout de même réussi à intégrer des bruits de loups et de grillons dans ses productions. Après ce travail d’orfèvre sur les productions, Offset pouvait donc s’attaquer à son exercice préféré, à savoir découper de la prod à foison.

Un flow toujours aiguisé

Ce qui est très fort de la part d’Offset sur cet album, c’est sa facilité à dégainer des flows monstrueux qui élèvent constamment les productions. Le membre des Migos développe ici un sens du kickage pointilleux, ne cessant jamais de découper les prods avec aisance. Il a atteint un flow trap hors du commun désormais, et s’illustre peut-être comme le meilleur dans ce domaine.

Mais utiliser le même type de flow sur un album aurait été redondant. Et pour palier à cela, Offset s’est diversifié, et de manière fort bien exécutée car il intègre plus de mélodies dans ses performances ainsi que des cadences différentes, et les enrichit par des adlibs d’une efficacité redoutable.

Les feats l’accompagnent évidemment à merveille, que ce soit Ceelo Green pour son chant cristallin, Gunna pour ses mélodies qui font mouche, Quavo et Gucci Mane qui ont l’habitude de découper des prods avec lui, tout comme J Cole très en forme dernièrement, et le trio infernal que Offset compose avec Travis Scott et 21 Savage, où ils livrent un morceau exceptionnel, avec un 21 Savage charismatique comme jamais sur son arrivée, et un Travis Scott qui porte le morceau avec brillance à travers ses mélodies faramineuses, bien meilleures que sur Astroworld. Offset réussit même à donner un bon flow à sa femme Cardi B qui est pourtant souvent limité mais qui cette fois-ci s’en sort bien sur son featuring.

Une possibilité d’interprétation d’une histoire sur l’album

Aux deux points indéniables cités précédemment sur l’album, il faut en ajouter un troisième qui cette fois relève seulement de l’interprétation personnelle. En effet j’ai pu percevoir une histoire racontée à travers cet album qui a germé dans mon imaginaire.

Father of 4 : Offset part d’Atlanta en pensant à ses enfants de manière mélancolique, et décolle donc pour l’Égypte pour devenir un meilleur homme.

How Did I Get Here : Offset arrive en fin d’après midi en Égypte sous le soleil oriental, sentiment retranscris dans la prod, et rencontre J.Cole qui lui servira temporairement de guide.

Lick : le soir tombe sur l’Égypte, Offset s’enivre, flex calmement mais commence à entendre des bruits inquiétants au loin retranscris par les adlibs.

Tats on My Face : cette prod effrénée semble faire penser à une course poursuite d’Offset dans une pyramide avec une momie poussant des cris à travers les adlibs et représentant les vieux démons d’Offset.

Made Men : la course se freinant, Offset décide de faire face à la momie qui l’envoute au fin fond de la pyramide, dans une atmosphère pesante qui retranscrit la présence du danger l’entourant.

Wild Wild West : Offset s’enfuit de la pyramide pour semer la momie en longeant le Nil mais celle ci le rattrape. Pour l’aider Gunna sort du fleuve et ils repoussent la momie ensemble, Offset peut s’enfuir et donc gagner du temps.

North Star : Offset s’est maintenant envolé à dos d’aigle sur les monts les plus hauts et assiste à une aurore boréale que lui présente Ceelo Green, scène qui me fait penser à celle présente dans le dessin animé classique Frère des ours, retranscrit à travers la prod avec une atmosphère mystique.

After Dark : Offset retourne un peu apaisé sur les terres égyptiennes mais se retrouve vite dans le tourment de la momie représentant ses vieux démons que gronde au loin, à travers cette prod lancinante qui inquiète, ainsi que ses adlibs démoniaques.

Don’t Lose Me : changement total d’ambiance, toujours nocturne et anxiogène mais rappelant cette fois-ci notre belle France avec les bruits de grillons sur la prod, tel qu’on peut les entendre dans les forêts de Narbonne dans l’Hérault lorsqu’on campe en été. Cependant la prestance inquiétante de la momie demeure toujours.

Underrated : retour en Égypte, Offset se fait cette fois-ci piéger par la momie et se livre à un tête à tête redoutable avec elle, illustré à travers la réponse flow/prod et entouré des adlibs monstrueux.

Legacy : au plus bas de sa situation, les deux monstres Travis Scott et 21 Savage viennent aider Offset à chasser la momie et finissent par l’anéantir avec la magie de Travis et la violence calme de 21.

Clout : débarrassé de la momie, Offset retourne dans la pyramide pour retrouver sa Cléopâtre, sa pharaonne, sa femme Cardi B pour flex avec elle sur cette prod orientale festive.

On Fleek : Quavo le partenaire de toujours de Offset le rejoins pour récupérer ensemble l’or découvert dans la pyramide, lui qui est évidemment très à propos de ça, dans une ambiance légère montré par cette prod toujours à consonance égyptienne.

Quarter Milli : mais Offset marche sur une dalle piégée de la pyramide et accède à une salle secrète où il rencontre Gucci Mane entouré de cadavres de dizaines de momies, qui va lui donner ses enseignements en temps que maître de la trap pour les transmettre à Offset.

Red Room : Offset ressors donc de la Red Room ses enseignements plein la tête et réfléchis à son avenir sur un trait plutôt mélancolique.

Came a Long Way : après un long voyage turbulent et après avoir livré moult péripéties, Offset retourne voir ses enfants à Atlanta en s’étant débarrasser de ses vieux démons et en étant devenu un homme meilleur. C’est sur cette touche émotionnel que cet univers prend fin.

En conclusion, c’est un album réussi pour Offset qui prouve son statut de trappeur de haut niveau, parmi les meilleurs actuels si ce n’est le meilleur, avec des flows toujours plus maîtrisés, en gagnant une nouvelle diversité dans sa palette artistique, qui lui a été permise par le choix très pertinent de s’entourer des brillants producteurs que sont Metro Boomin et Southside, qui le connaissent très bien et ont donc su lui livrer les ingrédients nécessaires pour l’aider à donner un album à la hauteur de son niveau.

Avec Father of 4, Offset réussit un travail de cohérence et de consistance, devenant ainsi le meilleur album solo des Migos.

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