S.Pri Noir – Masque Blanc

Critique

Après plusieurs projets puis une pause de plusieurs années, S.Pri Noir est revenu le 11 mai 2018 avec son premier album studio, intitulé « Masque Blanc »

Contraste

A l’occasion de son premier album, S.Pri Noir a vu les choses en grand : 22 musiques, des invités de marque (Nekfeu, Viviane Chidid, Haute, Still Fresh et Nemir), de la versatilité et surtout de la qualité. Le premier mot qui vient à l’esprit pour décrire ce projet, c’est sans doute « contraste » : ça se ressent à la cover qui contient une opposition entre « S.Pri Noir » et « Masque Blanc », pareil au niveau de la typographie. Il y a aussi un contraste entre le bleu et l’orange, et la couleur noire entourant le texte blanc. Cette notion de contraste continue au niveau musical, il y a des morceaux egotrip/bangers, mais également des sons beaucoup plus calmes et profonds.

Après une puissante intro digne de Meek Mill (Nymeria), la Finesse commence. C’est la musique qui incarne le mieux l’idée du contraste : la première partie de celle-ci est assurée par le rappeur, qui mélange un flow cadencé à des punchlines techniques, brutes. Avant de passer le flambeau à Haute, ce qui donne une seconde partie beaucoup plus aérienne, chantée, douce. Un peu à la manière de ce qu’a fait A$AP Rocky sur la musique A$AP Forever.

L’un des gros points forts du rappeur, c’est son utilisation de l’autotune. Pour faire simple : c’est l’un des français qui s’en sert le mieux. Il l’utilise comme un véritable instrument, sans jamais en lasser l’auditeur, sans jamais que cela sonne faux, ou de trop. Fusionnez ça avec des instrus remarquables (majoritairement produites par Biggie Jo), et vous obtenez Masque Blanc.

Dans des musiques telles que Baby Gyal ou encore le petit chef d’œuvre musical Fusée Ariane, cette rencontre entre production de grande qualité et utilisation irréprochable de l’autotune donne naissance à d’excellentes musiques.

Un album complet

L’autre grande qualité de S.Pri Noir, c’est sa versatilité, il ne s’est pas mis de limites et s’adapte à beaucoup de styles différents, passant des sonorités espagnoles, à des sonorités caraïbéennes, africaines, trap et même à de la raï. Et passant du rap au chant, tout en alternant les flows. Sa variété ne se limite pas à cela, puisque l’album possède de l’egotrip, mais aussi des textes qui parlent de son vécu, d’amour. Il prouve qu’il est capable d’exceller dans de nombreux domaines, toujours en mettant la musicalité en avant, et qu’il refuse d’être mis dans une case.

Les références culturelles sont omniprésentes, comme sur les musiques Skywalker, Jujitsu ou l’incroyable Highlander, dans laquelle on entend une cornemuse, qui démarque l’artiste par son originalité. L’album contient plusieurs chefs d’œuvre, comme La Belle est la Bete, storytelling qui permet de sensibiliser les auditeurs à la situation de certaines filles qui ont grandi en cité et qui à force de vouloir s’émanciper sont devenues des filles faciles. Mais il y a surtout la présence de la musique Seck, qui permet à S.Pri Noir de raconter la poignante histoire de sa maman, le tout en duo avec la chanteuse sénégalaise Viviane Chidid. Frissons garantis.

Trop complet

À force de vouloir faire un album complet, il en a fait un peu trop, ce qui donne des morceaux inégaux. S.Pri Noir est allé à contrecourant et propose un disque de 22 tracks, d’une durée totale d’1h18. Malheureusement, toutes les musiques ne sont pas au même niveau, et il aurait peut-être gagné à raccourcir son projet.

Michael Jackson par exemple, est une musique taillée pour les concerts, dans laquelle le rappeur reprend le flow de Lil Pump sur Gucci Gang. Mais celle-ci est clairement en dessous du reste, que ce soit en termes de paroles, d’originalité ou de musicalité. A force de vouloir être complet et varié, il en a fait un peu trop, et ça dessert l’album. Masque Blanc reste cependant un projet de grande qualité, l’un des meilleurs de 2018.

Rotka
Rotka
Life's a bitch and then you die

Rejoins-nous sur Facebook