INTERVIEW

À la recherche de l’authenticité artistique avec Ryan Koffi

Producteur de « Tristesse Business Saison 1 » et « Boscolo Exedra », Ryan Koffi fait partie de ces talentueux producteurs qui retiennent toute notre attention.
Après vous en avoir fait le portrait en mai dernier, Thésaurap s’est entretenu avec Ryan afin d’échanger avec lui sur sa vision de la musique.
De son émancipation musicale à ses rêves de carrière, en passant par son rapport à la musique, découvrez l’univers de Ryan Koffi au fil de notre discussion.

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Propos recueillis mi-décembre 2020.

Ilona : Comment vas-tu Ryan? Comment as-tu vécu le confinement ?

Ryan : Je pense que le confinement m’a créé beaucoup de barrières psychologiques, ça ne m’a pas rendu plus créatif, du tout. Je ne suis déjà pas quelqu’un qui crée beaucoup en temps normal, mais là c’était pire.
Par exemple, le premier confinement, tout le temps où j’étais chez moi, je n’ai pas composé une seule fois.
Mais ouais, c’est un peu chiant… Après là, je ne me sens pas vraiment en confinement, c’est un peu plus libre, mais je ne compose pas tellement pour autant.

I : Du coup, comment occupes-tu tes journées ?

R : Franchement, Netflix *rires*. YouTube aussi, puis j’écoute plus de musique qu’avant, car je n’en écoutais pas tant que ça, maintenant c’est vrai que je passe beaucoup plus de temps à le faire.

I : Et quel genre de musique écoutes-tu ?

R : Franchement j’écoute vraiment de tout, ça va dépendre de mon humeur.
Quand je vais avoir envie de faire un peu de sport, je vais écouter beaucoup de rap français, SCH, 13Block, enfin pas mal de choses… Puis, en temps normal, plutôt calme, ça peut aller de Frank Océan (oui oui, je dis Frank Océan et pas Ocean comme tout le monde) à Alicia Keys ou bien Michael Jackson, Marvin Gaye… J’écoute vraiment beaucoup de choses.

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« Si je suis triste, la musique ça ne peut m’aider
qu’à être encore plus triste que je ne le suis déjà. »

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I : Est-ce que tu penses que la musique t’apporte quelque chose psychologiquement parlant ?

R : Je ne sais pas trop. Je me posais la question hier justement. J’écoutais une musique et je me demandais si ça m’apportait quelque chose ou si ça m’aidait et je pense sincèrement que oui, mais je n’ai pas encore trouvé vraiment de quelle manière. Je suis sûr que ça a un impact sur quelque chose mais je ne sais pas quoi, ni comment. Mais oui, je pense que ça joue tout de même beaucoup.

I : Penses-tu qu’elle peut te consoler, te toucher ou t’aider à extérioriser tes émotions lorsque tu es triste ?

R : Ben non, en fait, je crois que si je suis triste, la musique ça ne peut m’aider qu’à être encore plus triste que je ne le suis déjà. Je ne pense pas que ça puisse me rendre plus joyeux ou me soulager. Mais ça affecte ma tristesse par contre, c’est sûr.

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« Ce n’est qu’une question de motivation. »

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I : Tu dis que le confinement t’a bloqué et que tu n’es pas du genre à beaucoup composer, est-ce que tu as un processus particulier ?

R : Non je n’ai pas de processus particulier, d’ailleurs ça fait longtemps que je n’ai pas composé en ayant une vraie idée derrière. Les dernières fois où j’ai composé, je me mettais devant mon ordi et je faisais un peu tout et n’importe quoi. Je testais plein de choses, je jouais juste, je n’avais pas d’idées précises, donc je n’ai jamais vraiment de schéma. Je suis plutôt du genre à me poser, tenter des trucs, improviser et voir sur le moment.

I : Quel est ton rapport avec ce que tu produis ? Es-tu perfectionniste ?

R : Une fois que j’ai une idée qui me semble bien solide, que je démarre, ensuite je suis perfectionniste ouais. Une fois que l’idée est là, je cherche vraiment à changer, à perfectionner. Par exemple les drums, les éléments que j’ai utilisés, je cherche à trouver les meilleurs à chaque fois, ceux qui collent le plus, ceux qui sonnent le mieux. Je prends beaucoup de temps pour ça. Mais ça, ce n’est qu’une fois que j’ai vraiment l’idée, que j’ai une bonne base qui est posée, à partir de là je peux commencer à perfectionner.

I : Et tout ça, tu le fais plutôt d’une traite ou tu vas laisser le truc reposer, pour revenir dessus plus tard ?

R : Franchement ça dépend, parfois je vais avoir l’idée qui tient, avec une bonne base, donc je vais me dire « allez je vais tout finir tout de suite ». Même si je passe 3 ou 4 heures dessus, au moins je serais plus tranquille dans ma tête, comme si j’avais accompli une part de mon travail.
Mais parfois, je vais faire juste une base, la laisser et revenir dessus plus tard, parce que j’ai la flemme. Mais si j’ai la motivation, je boucle directement.
En fait, c’est qu’une histoire de motivation.

I : Et la motivation, c’est quelque chose que tu trouves facilement ?

R : Euh… non *rires*. Pas du tout, vraiment pas. Franchement c’est difficile. Avant, j’ai eu une longue période où je ne faisais vraiment que ça, je composais tous les jours et c’est comme ça que j’ai fait plein de musiques, que j’aime bien. Et là, ma manière de travailler est totalement différente, je suis beaucoup moins motivé cette dernière année.

I : Le contexte actuel joue sûrement beaucoup là-dedans, comme pour beaucoup de gens…

R : De manière générale, ce ne sont pas des choses qui m’affectent, en tout cas pas autant. Je pense que c’est plus lié à des éléments de ma vie personnelle, c’est plutôt ça qui a changé ma manière de travailler. Parce que ça a commencé avant qu’il y ait le covid: j’avais déjà ce blocage et j’étais moins créatif.

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« Je fais toujours de la musique de la même façon,
je ne me bride jamais. »

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I : C’est valable quand tu bosses en solo, mais lorsque tu collabores avec des artistes comme Luidji par exemple, est-ce que ta motivation vient plus vite ?

R : Non, même pas, car je travaille de la même façon dans les deux cas. Avec Luidji par exemple, je bosse des prods de mon côté, je lui envoie et je ne sais jamais ce qui va être pour lui, ce qui va être pour moi ou pour quelqu’un d’autre. Juste, je crée et je vois ensuite. Donc, si je ne suis pas créatif, je ne le serais pas forcément pour lui ou pour un autre artiste: je ne le serais simplement pas.

Luidji Ryan Koffi

I : Il n’y a donc pas de différence entre tes productions solo et les productions pour quelqu’un ?

R : Non, car je fais toujours de la musique de la même façon et je ne me bride jamais. Je ne me pose pas devant mon ordi en me disant « Ok là je vais composer pour untel », parce que je pense que c’est se créer un blocage tout seul, tu vas être limité dans ta tête en te disant ça et tu ne pourras pas faire ce que tu veux.

I : Généralement, tes sons solos sont très mélodieux, très planants, ce sont des sons qui peuvent concrètement toucher les gens en termes d’émotion et pourraient facilement être la B.O d’un film. Qu’est-ce qui te brancherait le plus: composer la B.O de ton histoire ou accompagner celle de quelqu’un d’autre qui te touche ?

R : Les deux. Après, mon histoire n’est pas extraordinaire. Mais c’est vrai que c’est un réel objectif de composer de la musique de film.
En fait, tant que c’est quelque chose qui me touche vraiment, peu importe l’histoire, j’aimerais beaucoup.
Je ne sais pas si j’y arriverais, si j’en ai les capacités, mais c’est vraiment quelque chose qui m’excite, que j’ai envie de faire à un moment. J’espère que je le ferai.

I : Cela se ressent dans tes morceaux: il suffit de fermer les yeux et on peut facilement avoir une image de l’histoire qu’il y a derrière.

R : Oui voilà ! Par exemple, Ivre de Tristesse, je l’ai composé en regardant mon film préféré « Bienvenue à Gattaca ». J’ai fait tourner une séquence en boucle et j’ai composé par-dessus, pour essayer de retranscrire une émotion présente.
Je l’ai également fait sur Forrest Gump.

I : Sur Tristesse Business Saison 1 il y a des sons beaucoup plus punchy comme Basquiat ou Christian Dior, que tu as produits, mais pas composés. Est-ce un genre qui te touche moins ou qui t’est plus difficile à composer ?

R : Alors… Non, à vrai dire ça peut m’arriver de faire ce genre de musique, j’en ai d’ailleurs plein dans mon ordi. Ce n’est juste pas ma direction première, ce n’est pas ma nature, ni même ce que j’écoute de base. Donc je pense que c’est un truc que je peux faire, mais juste de temps en temps. Christian Dior c’est le genre que je suis le plus susceptible de faire, mais Basquiat, c’est vrai que je le ferai moins.

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« Parfois on entend un son qui nous ramène directement à un endroit, sans même qu’on y soit allé. »

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I : Récemment tu as sorti le morceau Porto Novo (capitale du Bénin, ndlr), c’est un lien direct à tes origines ?

R : Oui, mon grand-père est béninois, j’ai donc une partie de mon sang qui vient de là-bas. C’est un endroit dans lequel je ne suis jamais allé, mais dont on m’a beaucoup parlé. Et honnêtement il n’y avait pas de raison particulière à ce titre, c’est juste que j’aime beaucoup le nom de cette capitale, je le trouve vraiment joli.
Et puis, parfois on entend un son qui nous ramène directement à un endroit, sans même qu’on y soit allé. Et quand j’écoutais le son, qui de base ne s’appelait pas comme ça, il me faisait beaucoup penser à l’Afrique, à des souvenirs que je n’ai pas, du coup j’ai pensé à Porto Novo.

I : Et qu’en est-il pour Port Elizabeth et Addis Ababa ?

R : C’est un peu la même chose. Disons que j’ai d’abord sorti Porto Novo et je n’avais pas prévu de faire une série de trois, bien que j’ai souvent fonctionné comme ça. Mais ensuite, il y avait les 2 autres titres et on s’est dit qu’il fallait trouver une direction cohérente entre les 3, donc on a cherché des noms de villes en Afrique.
Addis Ababa a été choisi parce qu’il y a beaucoup de motifs amhariques sur le merch qu’on a sorti.

I : Quand tu dis « on », tu parles de qui ?

R : Mehdi, avec qui je fais les covers et puis Mo, le manager Foufoune Palace.

 

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« En France, on n’a pas cette culture du beatmaking comme aux États-Unis, les gens ne s’intéressent pas forcément à qui a produit tel ou tel morceau. »

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I : Penses-tu que la musique est quelque chose que tu feras toute ta vie ? Ou bien es-tu intéressé par d’autres choses professionnellement parlant ?

R : Oui il y a d’autres choses qui m’intéressent, mais ça aura toujours un lien avec la musique je pense, ou le domaine de l’art et de la culture.
Je pense que je ferai de la musique toute ma vie, c’est sûr, mais est-ce que j’en sortirai toute ma vie, je ne sais pas.

I : Tu penses qu’à un moment tu composeras sans rien sortir ?

R : Oui c’est sûr. Et j’espère, parce que mon but, aussi bizarre que cela puisse paraître, c’est de pouvoir en vivre vraiment, j’insiste sur le vraiment, c’est-à-dire à 3000%. Et faire absolument ce que je veux, sans même devoir le sortir, sans avoir le besoin de me montrer ou d’être présent. Juste faire ma musique chez moi, tranquille.

I : Actuellement, rares sont les producteurs/beatmakers qui ont beaucoup de visibilité à titre personnel, que penses-tu de ce manque d’exposition ?

R : Je pense qu’il n’y a pas de secret : si un compositeur a une identité, s’il est régulier, je pense qu’à un moment on va le reconnaître, quoi qu’il arrive.
Même si en France, on n’a pas cette culture du beatmaking comme aux États-Unis, les gens ne s’intéressent pas forcément à qui a produit tel ou tel morceau. Mais par exemple aujourd’hui, tout le monde parle de Flem qui produit Freeze Corleone, et de la connexion Laylow/Dioscure. En fait, dès qu’il y a une vraie identité et quelque chose de cohérent entre l’artiste et son compositeur, on va forcément en parler.
Je pense que c’est un truc qui est inévitable.
Par exemple, sur Stamina, de Dinos il y a de plus en plus Ken & Ryu. S’ils continuent à travailler de cette façon-là et qu’on les retrouve sur le prochain album, tu entendras encore plus parler de ces mecs-là et de l’alchimie créée avec Dinos.
Mais aussi, je pense que les artistes qui travaillent avec beaucoup de compositeurs différents ne peuvent pas tous les mettre en avant, c’est impossible.
Je n’ai pas d’exemple concret, mais à mon avis, un artiste comme Booba, il doit collaborer avec bien trop de compositeurs différents pour pouvoir tous les mettre sur le devant de la scène.

I : Mais ne penses-tu pas que la musique serait plus appréciée si les gens s’intéressaient plus à la production du morceau ?

R : Je pense oui. Mais je me suis fait à cette idée, car je pense que ce n’est juste pas dans la nature des gens ici, en France. En Belgique et en Suisse c’est déjà bien différent par exemple. Et aux États-Unis, tout le monde connaît qui a produit tel hit, parce que c’est une vraie part de la culture là-bas.
On est très en retard là-dessus en France, comme on l’est pour beaucoup de choses et on le sera probablement toujours, mais c’est comme ça, on ne prend pas trop de risques. Mais bon, peut-être que ça changera à un moment donné, qui sait ?

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« Le plus intéressant c’est de faire la musique qui te plaît, ensuite tu emmènes des gens dans ce que tu aimes. »

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I : Parlons de 2 tweets que tu as publiés.
Le premier, posté il y a quelques jours, où tu parlais du fait qu’il y a de la bonne et de la mauvaise musique et que, grossièrement parlant, on se complaît peut-être dans le fait d’écouter de la mauvaise musique parfois.
Qu’est-ce que tu penses du mode de consommation actuel de la musique ?

R : On est à une époque où les gens ont tendance à prendre et à jeter rapidement, à tous les niveaux. Quand un artiste sort un album, ils l’écoutent, et s’ils aiment ils vont possiblement réécouter. S’ils n’aiment pas, ils jettent. Et puis, même s’ils aiment un projet d’un artiste, si le suivant est moins bon, ils vont jeter l’artiste et aller en chercher un autre. C’est bien différent d’avant.
Je ne sais pas si c’est bon ou mauvais, bien que je pense que ce soit plus négatif que positif. Mais, je trouve ça étrange comme mode de consommation.

I : Penses-tu que l’idée d’écouter de la « mauvaise » musique sans trop l’assumer vient de ce mode de consommation ?

R : Je pense oui et c’est un peu le rôle des majors et des radios aussi. C’est le rôle de ceux qui vont décider de ce qui va fonctionner ou pas. En tout cas, en partie. Parce qu’aujourd’hui, avec Internet, un mec comme Freeze Corleone peut devenir populaire alors qu’à la base, sa musique n’est pas destinée à l’être. Donc Internet change tout de même beaucoup les choses. Mais malgré ça je pense qu’il y a des gens qui décident entre autres de ce qui va fonctionner. Car pour moi, sans descendre personne, il y a des gens qui n’ont pas de talents particuliers et qui sont tout de même au-devant de la scène. Tu peux facilement voir que telle ou telle personne n’a pas forcément de sens de l’écriture ou autre, et c’est vrai que je ne comprends pas trop ce genre de chose, mais bon, c’est comme ça.

I : C’est vrai qu’il y a de plus en plus de projets qui manquent d’authenticité et qui se basent majoritairement sur un modèle commercial.

R : Oui voilà c’est ça. Je pense que certains artistes, quand ils font un nouvel album, ils vont se concentrer sur 3-4 morceaux, qu’ils vont faire vraiment bien. Et le reste ils le feront vite parce qu’il faut rendre l’album et qu’il y a des deadlines. Ils vont accélérer le processus créatif et se restreindre, en faisant des choses qui ne vont pas durer finalement. Et je pense que même certains artistes qu’on aime et qu’on trouve forts travaillent comme ça.

I : Ce qui donne finalement des albums inégaux…

R : Exactement. Le genre d’albums que tu ne vas pas réécouter d’une traite, tu vas seulement réécouter quelques morceaux.
Mais que ce soit des artistes bons, moyens ou mauvais, c’est souvent ça.

I : Tout ça fait penser à ce qu’il s’est passé avec QALF. Album très attendu, mais qui a pourtant été mal reçu par une partie des gens ayant une idée bien précise de ce qu’ils attendaient. Mais Damso ayant fait bien plus d’expériences sur cet album, ça a donné lieu à un fossé entre l’artiste et les attentes de son public, qui n’a peut-être pas totalement compris le projet.

R : Quand l’album est sorti, personnellement je n’ai pas regardé les retours tout de suite, je l’ai d’abord écouté plusieurs fois d’affilée, pour bien le comprendre et au bout de 2-3 jours je me suis rendu compte que les gens étaient très virulents à l’égard de Damso. Tant sur sa séparation avec Booba, que sur le fait qu’ils le prétendent fini et que son album est une catastrophe et je me suis dit « Mais les gens sont complètement fous ». Et je pense que plus il y avait de gens avec ce genre de discours, plus ça a incité les autres à le faire, bien qu’ils ne pensaient pas vraiment la même chose.
Même si QALF a fait un très bon score en première semaine, je voyais tout de même des gens dire que c’était un flop. Ça m’a dépassé je trouve ça incompréhensible de la part des gens. Surtout que la plupart n’avaient pas d’arguments pour te dire pourquoi ils trouvent ça nul.

I : C’est peut-être le fait de ne pas comprendre la démarche artistique qui fait directement dire aux gens « C’est nul » ?

R : Oui je pense que les gens se limitent à ça et c’est dommage, je trouve ça super triste.
Mais par contre, ce que j’aime bien, c’est la manière dont Damso défend son projet, c’est hyper intéressant et je pense que tous les artistes devraient prendre cette initiative-là, de dire et expliquer qu’il fait quelque chose qui lui parle et lui plaît dans un premier temps et que si son public aime alors il suivra, s’il n’aime pas et bien tant pis. C’est aussi simple que ça. Tout le monde devrait penser de cette façon et faire de la musique dans ce but. Faire quelque chose qui te plaît personnellement, avant de penser à plaire aux autres, c’est ça qui est le plus intéressant, ensuite tu emmènes des gens dans ce que tu aimes.

I : Et est-ce que tu penses que les réseaux sociaux ont un impact négatif sur un album ?

R : Bien sûr, les réseaux sociaux et les médias qui annoncent les ventes, ont un rôle là-dessus. Car aujourd’hui malheureusement, beaucoup écoutent un album ou pas, selon les ventes réalisées en première semaine…
Toujours avec l’exemple de Damso: il a sa fanbase, qui va directement écouter l’album, puis tu as d’autres auditeurs, par forcément fans de Damso, qui selon les ventes, se décideront ou non à aller écouter le projet. Parce que selon eux, ce sont les ventes qui définissent la qualité du projet. Alors que c’est faux, il y a des artistes qui sortent de très bons projets, sans pour autant faire de grosses ventes et pourtant, leur projet est lourd c’est une certitude.
Et ça marche à l’inverse également, il y a pleins de projets qui font d’énormes ventes sans pour autant être réellement bons. Mais j’ai le sentiment que c’est en train de changer un peu dans ce sens-là.

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« Astronote c’est un mec que je respecte énormément et je le respecterai toujours parce qu’il est trop fort. »

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I : Deuxième tweet, tu disais « Astronote, il me complexe carrément ». Mais qu’est-ce qui te complexe ?

R : *Rires* j’ai supprimé ce tweet en plus !
Sa musique est trop parfaite. Il est trop fort.
Bon j’exagère un peu en disant que ça me complexe, mais c’est le seul compositeur français qui me fait dire que je suis nul. Alors que tous les autres, je vais me dire qu’ils sont très forts, que je kiffe, mais Astronote c’est celui qui me fait me sentir mauvais.
Déjà, je trouve ça étrange d’être si fort, il y a forcément quelque chose qui ne va pas chez lui pour être si doué ! En plus, il fait tout, tout seul ! Par exemple, aux US, il y a des compositeurs géniaux mais ils vont travailler avec des musiciens etc. mais Astronote, il le fait seul. Je respecte énormément son travail depuis longtemps et même sans le savoir au début. J’écoutais beaucoup Disiz the End à l’époque pour qui il a produit pas mal de morceaux et je trouvais déjà ça incroyable en 2009. Aujourd’hui il est toujours aussi fort, c’est le genre d’artiste qui est homogène, c’est impossible qu’il soit nul.

I : C’est une sorte d’objectif d’atteindre ce même niveau de performance ?

R : Je crois que j’ai changé de vision par rapport à ça.
Il y a une période où oui, ça faisait partie de mes objectifs, j’avais envie d’être aussi fort que lui et de pouvoir faire une musique aussi parfaite.
Et aujourd’hui ça a un peu changé, parce que j’ai eu plusieurs discussions avec plusieurs artistes, surtout avec Dinos en fait. Selon lui, je ne devrais pas penser comme ça et mon objectif ne devrait pas être celui-là. Parce que je fais une musique différente, qui me ressemble et il ne faut pas que je change ça au risque de dénaturer ma musique au final.
Donc non, aujourd’hui ce n’est plus mon objectif, mais c’est un mec que je respecte énormément et je le respecterai toujours parce qu’il est trop fort.

I : C’est intéressant que tu parles de Dinos, parce qu’il y a tout de même eu beaucoup de gens qui t’attendaient sur Stamina, comment t’expliques ça ?

R : Honnêtement je ne sais pas, je pense que comme on est potes, les gens font un lien et nous voient directement comme une collab entre deux bons artistes.
Après, je trouve ça cool, parce que c’est sûr qu’on va faire de la musique ensemble à un moment donné, mais je ne pourrais pas dire pourquoi la hype est montée.

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« Je ne me vois pas faire des placements pour tout le rap français et donc je pense que c’est la meilleure idée de me lancer en tant que moi-même. »

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I : Qu’est-ce que tu nous prépares pour 2021 ?

R : À vrai dire, j’étais en réflexion, je matérialisais un projet, qui devait être un EP et au final, ça n’en est plus un, ce sera un album. J’ai vraiment réfléchi à tout ça et je travaille dessus. Ça mélangera des invités et des instrumentales mais surtout, je veux vraiment faire un album qui me ressemble, qui raconte ma vie à moi, pas juste une compilation de morceaux. Par exemple, je ne vais pas inviter Dinos pour qu’il raconte sa vie à lui ou du moins, s’il raconte quelque chose qu’il a vécu, il faut que ce soit quelque chose de commun à nous deux.
L’objectif c’est de pouvoir défendre et présenter le projet comme un album de Ryan Koffi.

I : Aura-t-on droit à des artistes nouveaux ou plutôt des artistes avec qui tu as d’ores et déjà collaboré ?

R : *Rires* Je ne sais pas comment dire ça… mais, disons que Luidji par exemple, je ne suis pas sûr d’avoir envie qu’il soit sur le projet, tout simplement parce que les gens connaissent déjà la musique qu’on fait ensemble, il n’y aura pas de découverte. Ce n’est bien évidemment pas parce que je n’apprécie pas ce qu’il fait *rires*, mais plus par envie de présenter quelque chose de nouveau et de m’affirmer un peu plus en tant que moi-même et non pas en tant que « mec qui travaille avec Luidji ».
Mais bon, je pense quand même qu’il sera dessus, je ne sais pas, il y a une certaine logique… À voir.

I : Bon et bien suspense dans ce cas…
En tout cas, ce projet émane d’une réelle envie d’émancipation de ce à quoi tu étais lié avant et faire quelque chose qui reflète entièrement Ryan Koffi.

R : Complètement !
Je me rends compte que je ne suis pas le genre de compositeur à pouvoir faire de la musique pour beaucoup d’artistes, malgré moi. Je ne me vois pas faire des placements pour tout le rap français et donc je pense que c’est la meilleure idée de me lancer en tant que moi-même.

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« En concert le public est vraiment pris par la musique de Luidji et je trouve ça fou ! »

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I : La Saison 1 de Tristesse Business a été un succès – on l’avait d’ailleurs classé Top 1 album rap français de 2019 – et on espère que la saison 2 sera tout aussi prometteuse. Est-ce qu’on t’y retrouvera?

R : La saison 2 ?

I : Oui.

R : Non je ne serai pas dessus… *silence*

I : Vraiment ?

R : Ouais, je ne serai pas dessus… non je rigole, bien sûr que j’y serai.

I : Quand vous avez fait la saison 1, vous aviez déjà pour projet de faire une saison 2 ensemble ?

R : Pas du tout. Déjà en faisant la Saison 1, on ne savait pas trop ce que ça allait être, on l’a faite car Luidji avait une histoire à raconter donc on a créé autour. Et puis, la suite s’est faite super naturellement, de manière très logique. Je ne peux pas en dire plus, mais ça sortira en 2021 normalement, en tout cas j’espère.

I : Et est-ce que tu seras là lors de la tournée quand les concerts reprendront ?

R : Bien sûr, quand ça reprend j’y serai c’est sûr et certain. Je pense qu’on en a tous besoin.
J’ai fait quelques dates pendant la première partie de la tournée et je pense que j’ai besoin de revivre ça, c’était vraiment super.
Ce que je trouve impressionnant, c’est qu’en concert le public est vraiment pris par la musique de Luidji et je trouve ça fou. Ce qui m’a le plus choqué je crois, c’est que les gens chantaient tous les morceaux comme Système, ils les rappaient de A à Z, c’était vraiment incroyable. Et puis il y a tous les âges, c’est super cool !

Ryan Koffi

I : Terminons avec 2 petites questions un peu plus légères.
Tout d’abord, revenons à l’époque de votre séjour à Faro au Portugal… Dans ta story Instagram, on a pu voir une porte vitrée, explosée, par ta faute. Mais que s’est-il passé ? C’est quoi cette histoire ?

R : *rires* J’étais en train de me battre dans le salon, pour rire évidemment, et je me suis dit, pensant être un génie, que j’allais faire le tour en passant par le balcon de la cuisine pour revenir par surprise dans le salon. Donc je suis parti en courant, plein d’élan et la vitre était si bien nettoyée que j’ai cru qu’elle était ouverte donc j’ai sauté… Sauf qu’elle était fermée et voilà… Mais plus de peur que de mal, je n’ai eu que des coupures bénignes, bien que j’ai encore une cicatrice au genou qui ne partira jamais je pense.

I : Mais quelle histoire ! Une chance, rien de grave suite à ça.
Pour conclure Ryan, peux-tu nous donner 3 recommandations musicales: un artiste, un beatmaker, un son.

R : Bon, directement pour le compositeur c’est Astronote.
Pour le son je dirais carrelage italien d’Alpha Wann.
Et l’artiste, ce sera Michael Kiwanuka.

Ilona
Peut-être parce qu'un jour un type m'a dit vas-y lève-toi et rap