Eloquence & Joe Lucazz, l’enfer remonte à la surface

Satisfait de notre précédent entretien, Eloquence est venu vers nous, pour annoncer la sortie de « Codex Gigas ». La suite donnée au premier album du binôme qu’il forme avec Joe Lucazz. Une occasion de plus pour échanger sur le rap.

Les premiers rendez-vous furent pris, mais sans succès. Notre volonté était d’avoir les deux mc’s, mais le destin en a décidé autrement. C’est donc séparé que nous avons pu échanger avec chacun. L’esprit reste le même dans les réponses apportées. Si « L’enfer Ou L’eau Chaude » démontre leur complicité, ils fusionnent littéralement sur le second album, tout en offrant un titre solo chacun.

Leur dualité renvoie aux deux faces d’une même pièce. Ils se distinguent par la valeur des mots choisis. Si la plus belle ruse du diable, est de vous persuader qu’il n’existe pas, la feinte du duo est de nous convaincre que leur proposition est légère. Alors qu’elle prend un sens à chaque écoute. Ce qui paraît simple aux premiers abords, peut se transformer en quelque chose de plus profond.

L’œuvre de Dieu, la part du Diable

Quels ont été les retours du premier album ?

Eloquence : Que des bons retours, mais confidentiels. Quand on l’a sorti, le père de Joe est décédé donc il a dû partir au bled. On n’a pas fait de promo ni de clips, donc c’est resté un album très confidentiel. Sur celui-là, on s’est donné plus de temps. Il y a un mini-documentaire et des clips qui sont prévus.

Le premier était un galop d’essai. Là, c’est un vrai album collaboratif. Cette fois, les retours sont importants. De la part des rappeurs et producteurs qui ont pris une claque et tant mieux. Il y a encore du travail à faire, on va le défendre sur scène.

Joe Lucazz : On ne calcule pas, fait notre musique. Elle est très proche de la réalité, dans les expressions, qu’on dit tous les jours. Ce n’est pas comme les petits jeunes, qui vont te parler de kichta, moula. Ces mots ne sont pas dans mon language. Quand tu nous connais personnellement et que t’écoutes notre musique, t’es mort de rire. Je pense que c’est ce que notre micro-niche aime.

On est là depuis l’autre siècle, il y a plus de vingt ans de rap. Les retours ont été bons, mais beaucoup par les mc’s et une presse spé, car c’est toujours à contre-courant.

Que signifie Codex Gigas ?

E : Le premier album s’appelait « L’enfer Ou L’eau Chaude » car c’était compliqué de le finir. Deux ans, pour faire neuf titres. Nous sommes dans cette thématique street, mais lyrical. On est très porté sur la dualité de l’être humain, plus sur le côté négatif. C’est le style de vie qu’on a vécu pendant longtemps. On voulait un second titre, mais qui reste dans le thème.

Codex Gigas, c’est le plus grand livre du monde, la bible du diable, mais il ne faut pas le voir comme du satanisme. C’est la seule bible qui a été écrite où le diable est en double page au milieu du bouquin. Il fait 75 kg et se trouve à la bibliothèque de Stockholm. C’est un mystère comme œuvre, il contient différents textes bibliques et aussi de l’exorcisme.

Pourquoi il fait parler jusqu’à aujourd’hui ? Il a été écrit par la même main. Normalement, c’est impossible, car un bouquin de cette taille et aussi détaillé, il faut au moins trente ans pour l’écrire. Quand les bibles étaient écrites, c’était plusieurs moines sur dix, vingt ans qui faisaient ça. La légende raconte que c’est un moine qui devait se faire exécuté après avoir couché avec une femme, a promit d’écrire en une nuit, la plus grande bible de l’histoire, pour être épargné. On ne sait pas comment c’est possible, il y a toujours cette part de mysticisme sur ce bouquin.

JL : Que ce soit une légende ou pas, l’album, on l’a enregistré en trois sessions. La décision a été prise une nuit, on était chez un pote qui a son studio. Le tout en même pas une semaine. Ça parait dingue, mais c’est réel. C’est pour ça qu’il y a le rapport avec Codex Gigas. On aurait pu le faire en une nuit, mais Siegel, l’ingé fallait qu’il dorme.

Vous avez été inspirés par des albums communs ?

E : Non, pas spécialement.

JL : Aucun, on se connaît trop. Il y a peu d’albums en commun que j’aime. Après oui, il y en a, mais aux Etats-Unis, surtout des albums de dj’s. En France, ça ne se fait pas beaucoup. En dehors de Dany Dan & Ol Kainry.

On peut vous considérer comme un groupe à part entière ? Limite un band, notamment avec ceux qui apparaissent sur chaque projet comme Joey Mata.

E : Oui et non. Lui comme moi, nous sommes des électrons libres. Il a fait partie d’un groupe avec Cross. Chacun avait sa carrière solo. J’ai toujours travaillé avec des gens. C’est avec le temps qu’on a perdu des soldats. Finalement, c’était bien d’additionner les forces. La musique me prend beaucoup moins de temps dans ma vie. J’aime bien travailler vite.

Pour changer, tu ne peux pas faire que des solos. C’est un groupe, mais ce n’est pas figé. On a déjà deux albums. C’est du mouvement et les aléas de la vie. On est connecté plus qu’avant et fera toujours de la musique ensemble.

JL : Par rapport à notre style de vie, ce qu’on a connu, il y a des gens avec qui on a des affinités artistiques. On n’hésite pas à les emmener avec nous. Joey Mata, c’est plus un pote d’Elo. Il nous manquait un petit morceau avec une ambiance soft, moins froide, donc il me l’a proposé. Je lui fais complètement confiance.

© Tsiorisoa

Comment s’organise la direction artistique ?

E : L’enfer ou l’eau chaude, c’est presque un nom de groupe. Qui est l’un ou l’autre ? On ne sait pas. Il n’y a pas vraiment de DA. Sur le premier, c’était vraiment chaotique. Le processus est simple, chacun travaille avec certains producteurs, soumet des beats, on fait le tri, donne des titres, sans avoir des thèmes fixes.

Sur la moitié, j’ai commencé à gratter, je lui ai envoyé ou rappé acappella. Par rapport à cela, il écrivait. On a allié les forces. Il est plus rap académique, New York, Boom Bap, etc. Moi aussi, mais beaucoup Oakland (Philthy Rich), Sud, Texas, Trap, 808, plus moderne que lui. Ce qui est bien, c’est qu’au final ça fait un mélange anachronique. Je lui ai ramené Chapo, et lui, Kyo Itachi (Rocca, Conway).

JL : Sur le premier, Elo faisait quasiment toute la DA. Il y a des prods où je me posais des questions. Il est tout terrain, a toujours été avant-gardiste. J’aime bien quand il y a un sample de Soul, lui aussi, mais il était déjà en avance par rapport à moi.

C’est peut-être mon côté NY. Maintenant, on se connaît mieux. Il m’a demandé de m’impliquer. C’est moins son style. Dans le choix des prods, il y a un peu plus des deux membres. Celui-là est plus mûr.


ANCIENNE ÉCOLE / CORRADO SOPRANO [PARLER C’EST GRATUIT]

Sur le précédent album, il y avait le morceau « Carlito » [Brigante]. Désormais, il y a « Corrado Soprano » qui était aussi mentionné sur un titre. Que vous inspire le personnage ?

E : On est très cinéphile, surtout les films de mafieux. C’est moi qui ai donné le titre, car Joe voulait l’appeler OG, mais c’est un mot qui n’a plus de sens. Je lui ai dit, on va prendre un OG célèbre pour certains. En même temps, ça va faire un écho au premier album.

C’est sa mentale qui nous inspire. Notre rap, c’est que de la mentale. Les rappeurs disent que quand t’es lyriciste, t’es dans la punchline. On n’est pas dans la punchline, mais dans l’expérience de vie. Ce n’est pas pour faire fort, mais je te dis les choses comme on les a vues ou vécues.

JL : Il y a plein de clins d’œil. Les gens pourront les capter, s’ils réécoutent le premier. Ils ne seront pas prêts à prendre la suite. Quand tu vois la carrière de Jay-Z, ce qu’il a fait avant s’est effacé en posant sa première pierre. À partir de The Dynasty, tout a changé.

Nous, c’est pareil, on a posé le premier volume. C’est-à-dire qu’il y a plein de gens qui nous ont connu avant, mais quand t’écoutes, que t’aimes ou pas, ça ne peut pas te laisser indifférent. On est très image. Il y a beaucoup de références américaines dans notre name dropping. Les morceaux qu’on fait, il faut toujours les prendre en double lecture. C’est bien que le second volet arrive maintenant.

Je suis un fan absolu des Sopranos. En France, il n’y a pas plus fan. À la minute où ils ont envoyé le trailer du prequel, je l’ai partagé direct sur insta. J’adore le personnage de Corrado, c’est le rapport que Tony a avec l’ancienne école. Oncle Junior, c’est le vrai OG. Son neveu n’a qu’une seule envie, c’est de le tuer, mais il ne peut pas.

Parmi vos feat récents, il y a celui avec M City « Rat Pack » [Mac 10 Music]. Ils ont un parcours similaire au vôtre. Black P est d’ailleurs sur « Bail Any Means ».

E : Leur manager, c’est Young Lef, un mec d’Evry à la base. Soit on se connaît directement, soit on a des gros links. Après on apprécie le travail de chacun et fusionne. Si on a une histoire commune, tu vas te retrouver sur notre projet. Personne ne peut arriver, s’il n’y a pas une connexion dernière.

JL : On voulait inviter quelqu’un d’autre, mais la personne a mis du temps à répondre. J’étais prêt à patienter, mais Elo est dans une espèce d’urgence que je comprends et kiffe.

Joe, t’avais déjà participé à leur premier projet 20/20 Vision, avec Lalcko sur « Top Boy ».

JL : Très bon rappeur.

Comment s’est faîtes la connexion avec Grems ? Il est aussi à la création de la cover.

E : Big up à lui. Je ne le connaissais pas tant que ça, mais il y a plus de dix ans, il rappait avec Disiz, avec qui je rappais, il y a vingt ans. Il y a toujours des liens. C’est un srab à Joe, ils rident ensemble. Un jour, je parlais avec Grems : il nous faut une cover. Je vois que tu prends de la hype avec tes peintures. Il est exposé juste à côté de chez Macron, avenue Matignon. C’est un vrai artiste-peintre.

Les gens le connaissent comme rappeur, mais ce qui fait avancer sa locomotive, c’est la peinture. J’aimais bien la première pochette par Keurvil, qui fait d’habitude les miennes, mais on voulait un truc différent. Nous voyons notre rap comme un rap artistique donc j’ai proposé à Grems. Il est beaucoup dans l’abstrait. On voulait extrapoler le titre.

JL : On se suit tous les trois depuis longtemps et c’est notre génération. Comme avec beaucoup de rappeurs, ça fait des années qu’on se dit qu’il faut qu’on fasse un morceau. Grems est aussi dans le truc dans lequel on est. Ça va paraître un peu morbide, mais c’est comme si on allait crever demain et qu’il fallait laisser le plus de trace intelligente possible.

© Grems

D’où vient MVK sur « Purple Rain » ?

JL : Il est très fort ce jeune. On avait enregistré nos parties, s’est dit, il ne faut pas qu’on fasse un refrain con. C’est l’instru de Chapo, big up à lui. On dirait que c’est une machine à hits. Elo m’appelle et me dit qu’il a un petit gars près de chez lui qui peut essayer.

À l’écoute, j’ai trouvé que c’était juste. Il n’est pas en train de miauler, ça reste G et j’y tiens. Eloquence a une vraie oreille cainri qui l’aide à capter. C’est facile pour lui, d’écrire pour quelqu’un qui fait du r&b. Quand je le vois, ça me rappelle Ill, que j’ai beaucoup côtoyé.

Qui est RR ? Il produit trois titres (Chronologie de la chute libre, Quintana, Cosa Nera).

E : Je ne l’ai jamais vu. Lui et son bras droit Hal, sont venus me parler en DM à la sortie de mes projets : on aime ton univers, croit que tu collerais à nos beats. La première fois qu’on a bossé ensemble, c’était sur Fuoriclasse (La haine de la patience, Maradona 86, Karma). Je parle plus avec Hal.

Ce sont des mecs comme nous, mais dans un autre délire, ils sont décalés par rapport au monde. Ils militent sans être politisés, sont de Paris, mais souvent en province. Des hippies modernes geeks qui font du son. Tous les trois, quatre mois, ils m’envoient des packs de beats.

Joe a ramené K.Oni, un mec de paname qui bosse avec Rockin Squat. Sur une quarantaine de sons, on a fait une sélection de quatorze titres.

Parmi vos producteurs habituels, on note l’absence de Pandemik Muzik.

E : Il avait bossé sur le premier (Lutece, Parler c’est gratuit), mais quand on lui a demandé d’envoyer des sons, comme il est éditeur, n’avait pas le temps. L’album s’est fait rapidement. On a fait les séances pour tout poser. Ensuite, j’ai pris les morceaux pour mixer dans un home studio. Puis quelqu’un d’autre a fait le master.

JL : C’est mon producteur préféré. On n’a même pas besoin de se parler. Des fois, il va m’envoyer des sons et me dire que ça va me plaire. L’instru, il va l’appeler Barzini [personnage dans Le Parrain]. C’est complètement magique.

L’album « Carbone 14 », je l’ai enregistré chez lui à Bordeaux en quatre jours. Le problème, c’est qu’il nous a envoyé des sons tard, sinon obligé, il est dedans. J’aime bien taffer exclusivement avec un producteur, Carbone 14 / les No Name (Pandemik Muzik), Paris Dernière (Char du Gouffre).

© Tsiorisoa

Si LEOLEC n’est pas un album, mais un algorithme, quelle est la définition de CG ?

E : C’est plus un virus qu’un algorithme. La façon dont on fait le rap en France, on donne un blueprint à ceux qui veulent faire de l’artistique : timeless music. Celle qu’on fait avec Joe, dans vingt ans, tu pourras l’écouter. 90% des choses qui sortent aujourd’hui, dans deux ans, c’est inécoutable.

On se bat contre la matrice, ne raisonne pas en termes de visibilité, mais qualitatif. De la musique d’initiés, si tu veux le rap le plus rue et artistique sur le marché, il faut écouter Joe et moi. C’est la synthèse de ces deux choses. Nous sommes d’anciens rappeurs, mais on essaye toujours de se renouveler. Je vois des mecs qui rappaient il y a dix, quinze ans et quand ils reviennent, leur rap n’a pas changé.

Entre ce que je faisais avant, et aujourd’hui, il y a une évolution. J’ai des gens, qui préféraient avant, beaucoup vont préférer maintenant. Les artistes ont du mal à se renouveler, alors que nous, ça reste notre mot d’ordre, c’est assez facile.

Je pense ce qui est important, c’est la signature vocale. Quand tu m’entends, je ne ressemble pas à un autre rappeur. C’est un plus pour beaucoup. Il y en a qui ne sont pas très bons, mais juste le fait d’avoir une signature vocale, ça fait la différence. C’est déjà 50% du boulot.

JL : Le deux, c’est fuck les algorithmes. Avant, on posait, mais là, on installe. Par exemple, on a eu un retour du nouveau DA de La Place, qui a écouté l’album et nous permet d’être sur scène le 29 Novembre prochain. À partir de ça, chacun peut ressortir des solos.

C’est à Paris, chez nous, en plein Châtelet. Il y aura des guests. En même temps, il faut que ce soit dans la spontanéité. C’est ce qui nous définit le plus. J’ai toujours été comme ça. On me le reprochait, dommage que tu ne sois pas dans une structure, mais non, c’était écrit et puis c’est comme ça que je le ressens.

D’autres vont dire que je ne tombe pas sur les temps et après, je retombe dessus. Rapper 1, 2, 3, caisse claire, je ne peux pas, ça n’a aucun sens pour moi.


JE PRÉFÈRE NINA SIMONE À TOUTE VOTRE VÉRITÉ [SUBLIME]

JL : Je l’adore, Nina. Pour dire la vérité, aujourd’hui je n’écoute quasiment plus de rap même américain. Ça m’ambiance, mais ne me parle plus. Je préfère revenir sur les trucs que je n’ai pas assez analysés, qui sont juste magnifiques.

Son amour pour la négritude l’a tué. Elle voulait prendre les armes avec les Black Panthers. Je ne peux pas regarder de biopic. Mohamed Ali joué par Will Smith, celui de 2pac, Biggie… Pour moi, c’est un manque de respect car trop récent. Peut-être dans dix ans. Hollywood prend ça et donne du bif. Comment Smith peut jouer Cassius Clay ? Moi, je vais regarder ça !? Jamais. Je ne vais voir que les points négatifs.

FINI DE FAIRE LE PITRE / FINI DE FAIRE RIRE / COMME WILL SMITH DANS LE FRESH PRINCE [CORRADO SOPRANO]

Quand ça concerne des gens que j’aime, c’est impossible. Après, si tu mets un reportage sur Netflix, je vais le faire, ce qui est le cas. Simone à la rigueur, je ne l’ai pas connu à ses débuts, mais les deux autres, oui. J’ai écouté leurs prémices. Ils avaient cinq ans de plus que moi.


GANGSTA RAP SUR DU JAZZ / R.I.P KING VON / RACLI À BOUT DE BRAS / SOMMET DU BUILDING / KING KONG [QUINTANA]

E : Dans le rap, j’aime ceux qui vivent ce qu’ils racontent. C’était un petit teigneux de Chicago avec Lil Durk, Chief Keef, etc. Un vrai shooter, pendant que les autres ont commencé à faire de l’argent, lui avait des procès pour meurtres. Finalement, il a beat the case comme ils disent. Par loyauté Durk l’a signé et il commençait à blow up.

Ce n’était pas un rappeur exceptionnel, mais j’aimais son storytelling. C’est un art qui s’est perdu dans le rap. Ce que faisait Notorious, Scarface, et même dans « Opéra Puccino » [Oxmo Puccino], il y avait de belles histoires. Les meilleurs morceaux de Von, c’est comme un film les yeux fermés. Il le faisait bien.

Les anciens, on aime bien avoir des références à l’ancienne, mais j’écoute aussi les nouveaux. Il n’y a pas de bonne et mauvaise époque. Après quand t’es dans l’excès de ce style de vie, la plupart des mecs qui rappaient avec Durk, ont pris des longues peines, ou sont morts. Chicago, c’est vraiment la capitale du gangstérisme aux Etats-Unis.

Dark Man X

E : À l’époque où le rap commençait à être très commercial aux US (Bad Boy), il est arrivé avec un style à lui. La musique ce n’est pas une question de goût, mais de sincérité. T’aimes ou pas, il n’a pas suivi les pas d’un autre rappeur. Il faisait des aboiements, avait une voix différente, un style beaucoup plus agressif.

Comme a dit The Lox, « We are the street », que tu marchais à Harlem, montais dans le Bronx ou plus loin à Yonkers. Il y a la musique qui passe à la radio et celle que les gens écoutent vraiment. Quand Ruff Ryders (Eve, Drag-on, Swizz Beatz) est arrivé, c’était déjà avec les synthés alors qu’on était encore dans le sample. Ils sont arrivés avec une fraîcheur, à laquelle j’ai adhéré.

Pour la petite histoire, comme je pouvais passer mes étés à New York, un jour, je suis sur la 125th à Harlem et tombe sur Dmx. Pendant une demi-heure, il parle avec moi. C’est l’année où il sort ses deux albums* qui font platines [1998], c’est-à-dire que c’est le roi du pétrole. Le mec est là, sans bodyguard, potes et remonte le boulevard. Les gens l’arrêtent et il discute avec tout le monde. C’est comme s’il était à Châtelet ou au marché de Saint-Denis.

Ça m’a affecté, car j’aimais sa musique, mais comme être humain, aucun artiste de cette amplitude ne marche tout seul dans ces coins-là. Tellement vrai, qu’il pouvait le faire dans n’importe quel ghetto aux USA, même avec une chaîne, personne ne pouvait le braquer.

Quand tu regardes l’émission de Noreaga [Drink Champ] ou des vidéos concernant Dmx, les anecdotes sont incroyables. Après quant à treize ans, tu es un toxico, tes amis sont des chiens, tu vis avec beaucoup de démons en toi.

JL : C’était un grand. Je ne suis pas dans les RIP, mais j’ai quand même mis un message [sur internet]. On ne se rend pas compte en France. C’est en 1998, que je vais la première fois aux E-U. On pose nos affaires à Long Island et va direct à Manhattan. Sur les buildings, il y a l’affiche de l’album FOMFBOMB, où il est dans un bain de sang. Tu rentres dans une épicerie, un taxi, t’allumes la télé, DMX ! C’était incroyable.

Il a une importance, te montre que négro, sois fort. Il sortait du crack. Diddy voulait le signer, mais en mettant de l’eau dans son vin. X lui a dit non. Tu peux me parler de LL Cool J, Public Enemy, Big Daddy Kane, tous les anciens, mais Dmx avait cette rage sans forcer. C’est ça que j’aime chez lui. Tous ses albums, je les ai.

On avait loué une voiture pour traverser la côte Est. Le premier jour où on arrive à Miami, il est là en train de tourner un clip sur Washington Avenue.

© Tsiorisoa

* It’s Dark And Hell Is Hot / Flesh Of My Flesh, Blood Of My Blood

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