Le chemin d’Eloquence rappeur organique et attaché à la réalité

C’est avec sincérité et motivation qu’Eloquence nous a permis de voir plus clair sur la trajectoire qu’il a prise au fil des décennies. En accordant son temps et revenant sur ses débuts : Nouvelle Donne, Fuck Dat jusqu’à Fuoriclasse, son dernier projet disponible depuis le 11 Septembre 2020. L’essentiel est retranscrit pendant que les détails se concluent en musique avec une playlist spéciale en guise de rétrospective de sa carrière, disponible en bas de page.

© The Geek Freak


Quels sont tes débuts dans le rap ?

Vers 15-16 ans, je faisais pas mal de bêtises dehors. À la sortie de ma première incarcération, on m’a envoyé au Cameroun. Arrivé là-bas j’étais dans un lycée français avec des Camerounais qui avaient vécu aux États-Unis : des cainris africains. Ils me disent rapper et je leur demande comment ils font. À l’époque je dansais déjà c’est-à-dire danse debout. J’étais déjà à propos de la culture Hip-Hop, mais uniquement en danse. Avec eux, j’ai commencé à faire mes premières rimes. Ce sont les années 95-96 donc le rap n’était pas encore développé à Paris non plus. Après mes deux ans au bled, je suis revenu au quartier, je tombe sur certains potes d’enfance dont Disiz et il me dit ça fait longtemps, t’es revenu et tout, nous maintenant on rappe ! Je lui réponds moi aussi je rappe, j’ai appris à rapper au bled. Viens à la maison de quartier, viens on rappe, je travaille avec des mecs dans le 93 à Stains. Ils font des instrus et ont un petit home studio, on peut enregistrer là-bas. Donc ça freestylait au quartier et allait poser chez JM Dee. En 1997, je pose mon premier couplet avec Disiz, Fdy et son groupe Rimeurs À Gages. C’est comme ça que j’ai commencé le rap, au bled après au quartier à Évry.

On était parmi les premiers rappeurs du 91.

Il y en avait à Évry, un peu à Corbeil aux Tarterêts et Grigny. On est vraiment la première génération. Nous dans le 91, on n’est pas comme dans le 93/94 qui sont des départements plus vieux avec des anciens dans le rap. Ils avaient déjà une génération de rappeurs. Nous sommes vraiment les premiers rappeurs de nos coins. Ce qui explique aussi notre style dans le 91. On n’a pas eu de rappeurs français comme modèle. Nos modèles sont que de l’autre côté de l’Atlantique. On était déjà dans New York, même un peu dans le rap du Sud. On a très vite embrassé la culture américaine et différents styles : West Coast, Sud ou New-Yorkais. Ce sont nos modèles dans le 91 parce qu’on n’avait pas de grands qui rappaient en français. C’est nous les premiers rappeurs. À l’époque, c’était une culture, j’ai commencé à danser, j’ai essayé de graffer sur les murs, mais j’étais nul. J’ai essayé le djing et le seul truc où j’ai eu de la facilité et que les gens m’ont dit que j’étais bon, c’était le rap, mais à la base j’ai fait toutes les disciplines avant de rapper.

Parmi les plus grands chez vous, il y avait DJ VR The Legend ?

DJ Vr c’est justement LA culture Hip-Hop ! Le rap ça été inventé par les dj’s. Notre DJ Kool Herc au quartier, c’était DJ Vr. Il mixait déjà dans les après-midi sanglantes et soirées. C’est chez lui qu’on faisait les freestyles, en dehors de la maison de quartier. Il avait déjà des platines et vinyles. Il branchait un micro, on faisait des freestyles et les enregistrait sur des DAT. C’est un peu lui qui nous a mis le pied à l’étrier, notre premier DJ, mais en vrai, j’ai commencé à rapper au bled sans rien. J’écrivais mes textes sans instru. Je prenais les morceaux que j’avais ou les VHS de Yo ! MTV Rap. J’écrivais par-dessus les morceaux. On a vraiment appris tout seul, c’était compliqué, mais plus gratifiant, la débrouille. Il n’y avait pas de type beat. C’était vraiment sur des morceaux de Biggie ou 2pac, les trucs de l’époque qui tournaient, on rappait dessus. C’est quand je suis arrivé en France avec les dj’s qui avaient déjà des vinyles que là, j’ai vraiment posé ma voix sur des Face B.

Comment se passe l’aventure Nouvelle Donne ?

Nouvelle Donne était un label d’Évry. La première fois que j’ai posé, c’était sur leur première compilation avec Disiz et Rimeurs À Gages en 1997. Comme c’était des mecs de la ville et ceux qui tenaient le label étaient potos avec des mecs que je connaissais, ils s’étaient structurés assez vite donc Disiz a signé là-bas et moi très peu de temps après. J’ai fait une ou deux compiles, un maxi, mais après je me suis séparé d’eux et on a monté Fuck Dat.

Il y avait des rumeurs d’un conflit entre Ol Kainry et Disiz au sein du label.

Non pas forcément ! C’est le business qui décide. Quand Disiz a fait un ou deux maxis et que ça buzzé, qu’il avait déjà fait J’Pète Les Plombs avant d’être signé chez Universal, c’est eux qui sont venus voir Nouvelle Donne pour un label deal. Forcément, il a été mis en avant, car Universal et Barclay étaient intéressés. Après très vite je me suis éloigné donc directement, ils ont enchaîné sur Ol Kainry. En plus celui qui produisait, c’était un mec de leur quartier donc ils l’ont boosté. Mais ça n’a rien à voir ! C’est juste du business. Disiz était la locomotive de Nouvelle Donne vu que grâce à lui, ils ont pu faire une licence et récupérer des sous. Je me suis barré donc ils ont investi sur Ol Kainry, signé Kamnouze et Jango Jack, mais ce n’était pas du favoritisme.

Sur l’album Poisson Rouge tu es présent par deux fois, avec les titres C’est ça la France et La Symphonie du Hall.

Sur le second, c’est avec Ruan Rozoff, le mec qui a commencé le vocoder en France. Le premier à avoir fait de la funk avec cette technique.

Ensuite vous avez enchaîné avec la mixtape Disizenkane où c’est la première fois que DJ Komplex est mentionné.

Ouais, peut-être après, je ne m’en rappelle plus trop, mais c’était un mec de chez nous qui faisait des instrus. Il a commencé à être notre producteur attitré vu que c’est lui qui faisait pratiquement tous les singles. Mon premier maxi avec Fuck Dat contenait une prod à lui ainsi que des petits nouveaux à l’époque : Kore & Skalp.

Vinyle « On s’met bien / Première Fois / Hip-Hop Quintessence » www.templeofdeejays.com

Comment tu les rencontres ?

La rue ! C’est-à-dire que je connais un peu partout. C’était des mecs du 93 qui faisaient des battles de DJ instru, scratch, etc. Ils avaient gagné un battle grâce à une phase à moi. Ils scratchaient sur un de mes premiers vinyles, ça faisait Si si méchant méchant. On s’est rencontré un jour en studio et ils m’ont dit ça. Ce qui est marrant, c’est que vingt ans après, des petits jeunes d’Évry comme Niska son adlib, c’est devenu Méchant méchant. Il ne sait même pas que c’est moi qui l’ai inventé. C’était un truc que je sortais en 2000 et il devait avoir cinq ans. C’est un gimmick que j’ai mis à la mode dans le 91 et notre coin quand un truc était méchant. C’est devenu une expression courante où quand t’étais chaud, on disait ah t’es méchant.

Connaissant cette phase j’avais pourtant oublié son origine.

Beaucoup d’adlibs que tu vas retrouver dans le rap français aujourd’hui, c’est nous qui l’avons créé. Par exemple, sur le deuxième album qui a tout niqué de PNL, ils ont un morceau qui s’appelle Da et vient du mot Unda, c’est nous qui l’avons aussi inventé. On a un morceau dans l’album de Disiz Jeu De Société qui s’appelle 91 Unda et sorti en 2004. Je suis des Épinettes dans le Sud d’Évry où nous sommes collés aux Tarterêts et avons grandis avec beaucoup de mecs du Zoo. C’est une expression inventée au début des 2000’s. Les petits comme les mecs de PNL, mais pas aussi jeunes que Niska ont fait un morceau dessus. C’est nous qui avons inventé cet argot. Des termes comme frelos ou chacal sont utilisés depuis vingt ans ou même les bails quand on parle de business. Toutes ces expressions ont été inventées dans mon coin et aujourd’hui elles sont partout dans le rap. Ceux qui l’utilisent ne savent pas que c’est nous qui avons donné le blueprint de tout ça.

Partout dans la France.

Voilà c’est-à-dire que du 91 maintenant dans toute la France c’est l’argot que nous avons inventé. Ça fait plaisir.

En parcourant les disques sortis, j’ai vu que c’était Etienne « E.T. 3000 / Young E » Biloa qui avait réalisé Jeu de Société. Il tient une place importante dans le livre Time Bomb [Kamal Haussmann].

Le petit frère d’Ill des X-Men. Etienne ça toujours été un passionné de Hip-Hop avec une bonne culture. Il faisait parti de Time Bomb en gros, a vécu tout ça donc avait assez de gamberge et de connaissance pour que Disiz lui fasse confiance et réalise l’album avec lui. Tu sais le rap parisien surtout à notre époque, il y a plus de vingt ans, il n’y avait pas autant de rappeurs qu’aujourd’hui. Si t’étais à propos du Hip-Hop ou très branché rue : tout le monde se connectait, connaît depuis bien longtemps. Tu me parles de Jedi, Kamal, Kassim, c’est des gens que je côtoie depuis plus de vingt ans. Tout comme Joe Luccaz avec qui on a fait des projets. C’est un mec qui faisait des affaires avec des mecs du 91. On se connaît dans la rue avant de faire du rap ensemble.

Pour revenir sur la suite de ton maxi chez Fuck Dat, Kore & Skalp te mettent ensuite sur Taxi 3 ?

On fait le maxi ensemble, ça se passe bien après ils produisent l’album d’une chanteuse de r&b qui va faire pas mal de bruit et qui sortait d’un télé-crochet : Leslie. Ils m’appellent pour son premier single, je vais au studio et pose. Le morceau était en rotation sur Ado Fm et va lancer sa carrière. Ça fait déjà 2/3 morceaux ensemble. Après, ils ont commencé à faire pas mal de singles dans le game pour Rohff, Booba, etc. On avait cette affinité, car on a vraiment commencé ensemble avant qu’ils soient connus et réputés. Ils avaient déjà participé à mon maxi qui les avait aussi aidé donc naturellement, ils m’ont appelé sur Taxi 3.

Cover Taxi 3

Comment se passe l’aventure avec Artop leur label de l’époque ?

C’est tout simple vu que c’était les potos, ils m’appellent pour le projet. Je vais dans le château à Luc Besson, on fait le morceau. À la base, je commençais à avoir du buzz dans l’underground, mais c’était une grosse compile, j’étais beaucoup moins coté que tout le monde. Finalement on a fait le morceau que Skyrock et les maisons de disque ont le plus kiffé, on a explosé à ce niveau alors que l’on ne devait pas être le single mais c’est le morceau qui s’est imposé par lui-même.

Cover « Le début de la fin »

Pourquoi tu n’as pas continué avec le duo de producteurs ?

J’ai sorti mon premier album solo qui était plus une mixtape, un douze titres et un best of comprenant une vingtaine de morceaux déjà sortis que j’avais fait sur compil. Des morceaux avec Diam’s, Faf Larage, plein d’autres. On a monté Fuck Dat donc à l’époque quand j’ai fait ça le mec qui gérait un peu Artop, il voulait me signer en licence avec Sony, mais j’ai dit non. Je préférais monter mon label avec les potos. Finalement entre potos on ne s’est pas entendu donc on a arrêté très vite l’aventure. Quelques années, après, quand Kore & Skalp m’ont appelé pour faire l’album de Tony Parker, on a commencé à bosser sur ça en 2005/2006. Le but, c’était de faire son album, car ils avaient un méga deal avec Universal Londres. Tu sais en Europe les gros labels comme Universal, EMI Music en vrai c’est géré à Londres.

Ils avaient un label deal de fou à plusieurs millions d’euros sur la table, je devais être la première signature.

Après K&S se sont pris la tête pour une histoire de business, c’est tombé à l’eau. À chaque fois que les maisons de disque se sont intéressée à moi, je ne voulais pas et au moment où j’ai voulu le faire pour des histoires de business, ça ne s’est pas fait. C’est pour ça qu’en gros, je n’ai jamais été signé ou eu l’appui d’une maison de disque pour vraiment être exposé. C’est du mauvais timing qui a fait que ça ne s’est jamais fait sinon ça aurait du largement se faire. C’est soit moi qui ne voulais pas et quand je voulais, c’était trop tard.

C’est durant toute cette période où tu travailles avec Artop que l’on te voit sur le single de Willy Denzey ?

Willy Denzey, Leslie, Taxi 3 et Parker en écriture. On devait faire mon album avec les deux, mais ils se sont séparés. J’aurais pu continuer avec Kore, car il montait sa structure, mais j’ai choisi de finir le projet de Parker avec Skalp. J’ai refusé le deal que Kore me proposait sinon j’aurais été le premier artiste signé chez lui.

J’ai souvenir que sur Fuck Dat vous étiez en indépendants et que la date de sortie pour l’album était souvent repoussée.

On était en indé, avait signé chez Next Music un label indé à l’époque. En signant là-bas le problème qu’on ignorait, c’est qu’ils avaient des soucis financiers. L’album est sorti puis deux mois, après, ils ont mis la clé sous la porte. On n’a pas pu faire de promo, eu de budget pour faire des clips et à l’époque ça coûtait cher. C’est la raison aussi pour laquelle on a arrêté. Disiz et moi étions managés par Terror Seb, le manager de NTM, c’était le plus gros manager dans le rap français. Il nous disait de patienter, ne sortez pas le truc en indé, je vais vous trouver une signature en maison de disque, mais Disiz tout ça, eux étaient pressés. Même certains potes étaient pressés donc on a sorti le truc avec Next et ça a foiré. C’est ce qui a créé des tensions entre plusieurs associés dont moi et plusieurs potos. On n’était pas d’accord sur les décisions qui étaient prises donc on a préféré arrêter.

Après on te retrouve sur Illicite Projet en 2005 avec encore un feat r&b.

Toutes les grosses compil voulaient générer du buzz, à moi, ils me proposaient de faire des morceaux avec des meufs au refrain. C’est nous qui avons donné ce blueprint un peu en France. À l’époque, les mecs ne faisaient pas trop de morceaux r&b. J’étais l’un des premiers avec Rohff et déjà Kayliah. On était un peu les Fabolous de l’époque, tu vois ce que je veux dire ? Qui kick sur des trucs un peu plus mélo. Après ça ne m’a jamais gêné parce que mon rappeur favori, pour moi le meilleur de tous les temps, c’est Notorious Big qui faisait des morceaux hardcores même sur des samples de Soul avec des meufs au refrain. C’était naturel d’en faire.

Ensuite vient, Hostile 2006 où vous êtes trois présents sur les deux compiles. On te retrouve avec Mac Tyer et Nessbeal présents aussi sur Illicite Projet. Chacun a fait son morceau. Ça me rappelait l’époque des grosses compiles.

En 2000, Tefa bossait encore avec Masta et Eben, ils ont fait une compil qui s’appelle Mission Suicide.

C’est là où je voulais en venir en termes de compilation, tu poses avec Endo, Ill et Rocca.

Effectivement. Cette compil m’a beaucoup aidé parce que c’est là que j’ai fait mon gros buzz sur Paris car j’étais déjà en mode Jay-Z ou Biggie car je n’écrivais pas mes textes. Parce que je les écris dans ma tête. Quand je suis allé poser avec des pointures comme Rocca ou Ill sur cette grosse compil, j’arrive au studio : Tefa me dit tiens ça, c’est l’instru on te l’a fait tourner, tu veux un stylo pour écrire ? Non-non moi, je n’ai pas besoin de ça. Il me dit comment ça ? Ben moi, j’écris dans ma tête. Non t’es sérieux et tout ? Ben ouais ! Pendant un quart d’heure ou une demie heure, ils ont fait tourner le son et j’ai dit moi, c’est bon. Quoi t’as déjà écrit ton texte-là, pendant qu’on parlait, chillait en même temps ? Ouais, c’est comme ça que je bosse. Ils me disent ok. Je rentre dans la cabine et pose en one shot mon couplet que je venais d’écrire dans ma tête. Ils ont pété les plombs, en ont parlé à tout le monde dans le game et après tout le monde m’a invité sur les compiles.

Eloquence laisse tomber, tu l’invites sur une compil il arrive en une heure le couplet, il est posé.

C’est là que j’ai été validé par le game et que tous les rappeurs que j’ai croisé comme Tandem me disaient avoir écoutés mon premier maxi avec Nouvelle Donne. J’ai gagné mon respect très vite, en 2000 grâce à mes performances, on m’invitait partout.

Après l’aventure Tony Parker, il y a le feat sur l’album Phœnix de Matt Houston : Ghetto Love.

Matt Houston on se connaissait vite fait, mais il connaissait bien Etienne qui m’appelle un jour, car il est en studio avec lui… [il réfléchit]. Non, je dis des conneries ! Déjà en 2004, quand j’ai sorti mon premier album Le début de la fin, je l’avais invité et le morceau était tellement bien qu’il a remis dans son album. On a refait un autre titre avec son acolyte de l’époque Vr. Je me suis retrouvé avec deux morceaux sur l’album. Quelque temps, après j’avais ouvert une épicerie qui se trouvait à côté de son studio donc on se voyait souvent. Jusqu’à aujourd’hui, c’est l’un des rares dans le game où l’on va dire qu’on est devenu vraiment copains. Les autres après, c’est plus des connaissances, on s’entend bien, mais lui, on a plus vibé ensemble. Je l’ai invité sur Trill Makossa.

Tu commences à te mettre en retrait.

Exactement, vu que le rap avec l’arrivée d’Internet vers 2008-2009, ça commençait à être chelou. Ça me saoulait un peu. Le game changeait, c’était moins la culture Hip-Hop, plus du biz et copinage même le karma était moins bon. J’avais des sous de côté et j’ai ouvert des épiceries, une au quartier et une à Paris. Je ne voulais même plus trop rapper donc pendant deux trois ans je ne rappais plus.

Durant cette période, on t’aperçoit par hasard dans une interview N-Da-Hood de Cifack (nouvelle signature Six O Nine) à PLC (Évry). Tu portes une tour d’ordinateur, Tonton Marcel t’arrête et tu lui réponds que t’es en direction du studio dans le quartier.

Franchement, je ne me souviens plus du tout. Après Tonton Marcel, c’est un mec d’Évry, je le connais bien avant qu’il fasse des vidéos. Quand je dis avoir arrêté le rap, c’est que je ne sortais plus rien, mais concrètement de temps en temps, j’allais toujours au studio pour enregistrer, mais je ne sortais pas de morceaux. Quand t’es vraiment passionné par cette musique même si tu ne veux plus sortir de disques, j’enregistrais toujours. J’ai plein de morceaux qui ne sont jamais sortis ou après sur les projets Balles Perdues que je mettais gratuitement sur Haute Culture [désormais indisponibles] avec des morceaux de cette période.

Twitter @eloquencePLC

On te retrouve avec le clip « Génération Têtes Brûlées » [désormais indisponible] sur une face B de Kanye West.

Devil in a new dress avec mon poto Flag, c’est là où j’ai commencé à ressortir deux trois vidéos et morceaux. D’ailleurs big up à lui, car il m’a motivé à reprendre. Flag qui est un rappeur à la base, mais maintenant exclusivement producteur avec qui on a fait Trill Makossa. C’est lui qui m’a boosté à ressortir des trucs.

Vous vous êtes mis directement en mode US. C’était l’époque Livemixtapes, Datpiff, etc. Il n’y avait pas encore le streaming et vous avez eu l’idée d’inonder Internet en balançant des mixtapes. Ceux que les autres en France hormis quelques exceptions ne faisaient pas forcément.

Mon fuseau horaire, il est sur les États-Unis. Ce qu’ils font en France, je ne les calcule pas. Je ne calcule pas le plan de jeu qu’ils ont en France. Je suis un étudiant du jeu américain. Toute façon ce qu’on fait en France, c’est la même que les Américains, mais six, huit, dix mois plus tard. Autant être directement sur la base du Hip-Hop que d’être sur le délire des Français.

Il y a donc Sans Forcer Vol. 1, Rive Droite Rive Gauche [projet commun avec Flag], Nuevo Uno.

Le premier, je l’ai enregistré au studio du Gouffre, des mecs de Corbeil. C’est là que j’ai fait leur connaissance, posé sur leur premier truc et enregistré tout mon projet. Tout ça, c’était la reprise. J’ai repris sérieusement en 2016 avec Trill Makossa. C’est vraiment pour le kif, une remise en route. Vu que je voulais sortir pas mal de trucs de suite, j’ai enregistré Trill Makossa et Nuevo Uno en même temps. J’ai tout clippé avant que ça sorte et pu mieux gérer mes sorties.

Trill Makossa et Nuevo Uno correspondent à ma vraie reprise.

RGRV ou SF, c’était pour me réhabituer à refaire des projets, me remettre un peu dans le truc sans chercher à vraiment les sortir. TM, j’ai fait une licence avec Keyzit qui était un label indépendant, anciennement Satellite qui produisait déjà pas mal à l’époque.

Il y avait un vernissage pour lancer l’album.

On a fait vernissage, court-métrage, clips de tout le projet. C’était beaucoup plus de travail que juste d’entrer en studio et sortir le projet.

Sur Nuevo Uno, il y a le retour d’Apôtre H qui se fait appeler Encre Noire.

Je l’ai forcé à reposer vu qu’il ne rappe plus donc il est venu et a posé. Parce que c’est un des mecs avec qui j’ai fait Fuck Dat. Quand t’écoute ses deux albums sortis au début des 2000’s, je trouve que c’est un talent gâché du rap français. Il a fait deux projets Mon Rap et Encre Noire. C’est vraiment si tu vas le chercher et l’obliges pratiquement à poser, mais il n’est plus du tout dedans depuis bientôt longtemps.

Cover back Eloquence x Chapo « Elo Chapo »

Chapo aujourd’hui donc deux ans après, c’est lui qui fait la pluie et le beau temps dans le rap français de l’industrie. Sur le dernier Lacrim, il a cinq morceaux avec des potos à lui, car ils se sont structurés. Ils ont un crew de producteurs qui s’appelle Narcos. Le dernier Dosseh, Koba LaD, ils sont dessus ainsi que sur les précédents Koba. Tous les trucs qui sortent en maison de disque contiennent leurs productions. Bien avant qu’il travaille pour des artistes français, quand je bossais avec lui en 2016, il plaçait déjà aux États-Unis. Il a bossé avec Lil Uzi Vert, il a envoyé des sons à Migos, 21 Savage. Il y a même Drake qui a posé sur des sons même s’ils ne sont jamais sortis. Ces petits jeunes là plaçaient déjà des sons aux Américains y a 3/4 ans.

Puis tu interviens sur Paris Dernière de Char x Joe Luccaz.

Ouais bien sûr parce que Joe, c’est la famille. Le premier morceau en commun lui et moi alors que ça fait plus de vingt ans qu’on se connaît, c’est sur Trill Makossa, je l’invite sur un titre. Après, il me renvoie l’appareil sur ses projets. On a fait L’Enfer Ou L’Eau Chaude ensemble. Je ne te mens pas qu’avec Joe, on voulait faire un projet plus long, mais c’est une galère dans la vie à gérer le poto. En vrai, on a commencé le projet pendant que TM sortait. On a mis un an et demi pour faire neuf titres alors qu’on aurait pu faire beaucoup plus et le sortir bien avant, mais c’est compliqué avec lui. Je dois le voir dans quelques jours. On va peut-être rebosser sur un projet ensemble, poser normalement sur l’album du producteur Kyo Itachi. C’est lui qui a fait le dernier single de X-Men quand ils sont revenus et le dernier Rocé. On va faire un morceau dessus avec Fdy, Joe et moi.

En parlant de Fdy qui est présent sur Fuoriclasse. T’as fait la même chose avec Bouga sur L’Enfer Ou L’Eau Chaude : ramener des rappeurs disant à l’ancienne dans ton nouveau délire.

Oui vu que ce sont mes projets, je les emmène dans mon délire. Ce n’est pas un truc calculé de ramener des anciennes légendes du game. Tous les morceaux que je fais pour moi quand j’invite les gens, c’est toujours organique. On a une vraie relation. Fdy, le premier morceau de rap que j’ai posé, c’est avec Disiz et lui. Ça faisait vingt-trois ans qu’on n’avait pas fait de morceau ensemble. Je l’ai invité. Pourtant, même si on ne faisait pas de morceau, de temps en temps, on se croisait en soirée ou dans des ambiances, on chillait ensemble. Un moment Eben de 2 Bal 2 Neg habitait à Évry donc il bossait avec Fdy. Le hasard fait bien les choses, c’était mon voisin. Il venait chiller, dormir à la maison. On a une vraie relation de potos, c’est pour ça, je l’ai invité. Pareil Bouga, ça fait vingt ans qu’on se connaît. Quand on avait fait Urban Peace ensemble, on avait bien accroché, mais s’était perdu de vue. J’ai des anciens de chez moi qui sont en relation avec des gens de Marseille. Ces derniers sont des potos à Bouga donc on s’est reconnecté et à ce moment-là, je l’ai invité. C’est vraiment des trucs qui se font parce qu’on a des amis en commun ou se croise souvent et chill ensemble. Les gens que j’invite sur mes projets, comme les petits jeunes comme les plus vieux, ça va être si on a une vraie relation. S’il n’y en a pas, je ne t’invite pas.

Je ne suis pas trop feat.

Toute ma carrière, j’ai fait beaucoup de feat mais ce sont les gens qui m’invitaient sur leur compil ou projet. J’ai jamais trop invité les gens, ceux que j’invite, on se connaît vraiment dans la vraie vie. Si ce n’est pas le cas, ça ne m’intéresse pas. Ça peut m’intéresser si on m’invite, mais sinon je ne vais pas t’inviter. C’est comme souvent les gens de mon coin me disent dans le 91, vous avez un vivier de fous, tous les jeunes sont au sommet de l’affiche : Koba-Niska-Ninho, c’est des petits de ton coin, pourquoi tu ne fais pas de feat avec eux !? Ce sont les petits de mes petits, c’est-à-dire, que leurs grands sont mes petits. Je n’ai pas un lien direct avec eux. Demain, ils viennent me voir pour un morceau ok, mais moi, je ne vais pas leur demander, car je ne les connais pas. Pourtant le manager de Koba, c’est le fils à mon poto, c’est assez proche. Si vous voulez que je vous donne une force je vais vous la donner. Parce que souvent les anciens pour revenir à l’actualité, ils font des feats avec des jeunes pour refaire du buzz. Je n’en ai pas besoin et sais ce que je vaux même si je suis assez humble donc si toi, tu me demandes un feat, je vais le faire, mais moi, je ne vais pas tapiner pour un feat. Je n’ai pas besoin de ça, ma musique me suffit à moi-même et j’aime bien faire des morceaux organiques. Si on apprend à se connaître, car on a plein de gens en commun et vient du même coin. Je ne fais pas de business mouv, morceau pour le marketing ou le buzz. Je fais des morceaux pour les morceaux.

© The Geek Freak

D’où vient ton délire autour de la Trill ?

De 2005 à 2008, je vivais pratiquement dans le Texas. Je bois de la lean depuis cette époque. Quand je suis arrivé, je ne connaissais pas. J’avais fait New York depuis l’âge de 15 ans. J’étais très rap new-yorkais : Jay-Z, Biggie, Nas, les trucs underground comme Boot Camp Click. Même si je connaissais déjà les Scarface, UGK, je n’étais pas à fond dedans. Ce que j’aime bien au Texas, c’est que leur rap est beaucoup moins dans des postures comparé à NY ou LA. Tu peux être un gros voyou, mais tu souris, t’es chill, laidback alors qu’ailleurs, il faut que dans ton rap, ça soit forcément agressif ou plus thug. Là-bas, ils le sont, sans trop en faire. Trill, c’est un mélange de Réel et Vrai donc c’est plus vrai que vrai. Pour moi la musique, c’est une question de sincérité donc leur philosophie de vie correspondait à la mienne.

C’est mon délire, je fais du rap sincère.

C’est rue, sans trop forcer. C’est lyrical, mais sans trop forcer. Je peux faire des morceaux thug comme des morceaux cool, car dans la vie, des fois tu souris, des fois t’es plus énervé, vicieux, etc. Tous les aspects d’une personnalité doivent être reflétés dans ta musique et pas seulement une couleur de son car ça limite. Les gros culs, 4×4, grillz dans la bouche, boire du syrup, aller au strip club tous les jours, ce style de vie me plaisait beaucoup plus que celui de NY. Dans le Sud, ils ont l’hospitalité comme ils disent. Là-bas, j’ai été très vite accepté. Je traînais avec des millionnaires comme TP, mais vu qu’il faisait de la musique, il traînait avec 2/3 rappeurs/producteurs de là-bas qui étaient vraiment plus de la street. Quand je suis arrivé, j’ai dit aux mecs, c’est bon, j’ai assez traîné avec les millionnaires, ramenez moi dans le ghetto ! Ils me disent comment ça ? Je viens d’une cité en France, ramenez-moi dans le ghetto ! Vous me montrez que les trucs de riches et mecs en place. Ramenez-moi dans les strip clubs ghetto, à la cité, au trap. Ils m’ont amené dans les maisons avec des Mexicains qui sont en train de préparer leur crack et dans la chambre il y a un micro et ça fait des mixtapes que ça vend au cul du camion. J’ai posé sur des mixtapes qui sont sorties uniquement à San Antonio avec que des mecs moitié dealer, moitié voyou. Les gens m’ont grave kiffé car ils me voyaient comme quelqu’un qui venait bosser avec TP et que j’étais entre guillemets une star en France. Ils se sont dit un rappeur qui vient de là-bas veut fuck avec la rue. J’étais simple et naturel. Je posais sur des mixtapes d’un gars à moi qui s’appelle Question, un rappeur signé chez EMI. Sa première mixtape dans son label Cinematic, il y avait un certain Nipsey Hussle qui commençait aussi. Ils étaient potos et faisaient déjà plein de morceaux ensemble avant qu’il soit connu. Du coup à son décès, j’étais touché, car c’était le poto de mon poto.

Je suis un texan autant que je suis un mec du 91.

Demain si je me déplace là-bas, j’ai mes potos chicanos, renois qui viennent me chercher et je vis ma vie : j’ai mes petits endroits, strip club, des copines strip-teaseuses. Après ça fait longtemps depuis 2010 que je n’y suis pas allé, mais nous sommes toujours en contact. Vu que Trill Makossa est pensé comme une trilogie, le premier, étant sorti, le deuxième, je vais l’enregistrer qu’en Afrique via Flag qui est maintenant à Dakar, il a monté un studio. La prochaine étape TM2, c’est tout enregistrer et j’espère tout clipper là-bas. Pour boucler la boucle, TM3 ça va être tout dans le Texas. Mes potos ont aussi monté un studio et une équipe de clippeurs. Avant que j’arrête ma carrière, j’ai encore deux volets de TM à faire.

C’est Flag qui produit le rappeur sénégalais Nix ?

En partie, il ne fait pas tout, mais par exemple sur le dernier projet Excuse Mon Wolof, c’est lui. Il produit un autre rappeur Omzo Dollar qui est coté en Afrique et signé sur Def Jam Africa.

Tu fais pas mal de morceaux qui font référence aux femmes : Nana, Lolita, Ma Garce.

On va dire que jusqu’à aujourd’hui, c’est un peu incroyable, je suis le rappeur préféré des raclis. Tous les jours depuis 15/20 ans à cause de Match Nul et d’autres morceaux r&b quand certaines me voient elles sont trop contentes. On aurait dit, j’ai bercé leur enfance ou adolescence. Même celles qui ont 20 ans et qui n’ont pas forcément écouté ça. Comme le morceau est toujours joué en club, je reçois des vidéos à travers le monde, en Turquie, aux USA, en Afrique, dans des boites en France. Les gens s’enjaillent à fond sur le son donc j’ai plusieurs générations, après j’ai toujours aimé écrire, pas seulement sur la rue, mais aussi les femmes. Je raconte que du vécu quand je te parle dans Ma Garce que je vais chercher ma poto qui a pris son argent et m’invite au restau. Pareil au Texas, j’avais plein de copines strip-teaseuses. En France, on voit le strip club comme un truc d’exception. Il y en a tellement là-bas que ça remplace les bars d’ici. Quand tu donnes rendez-vous à un poto, veux voir ton match de basket ou football américain, c’est au strip club, tu peux manger, etc. C’est comme les bars pour les Parisiens, t’y vas tous les jours. Les gens sont très macros, des bails de pimp. Je traînais tellement là-bas que certaines qui voulaient que je sois leur mac. Moi je rappe ce que je vis, connais…

Tu disais avoir commencé au Cameroun. Lors d’une émission chez OKLM où Nakk était aussi invité, tu lui as rappelé que vous aviez un ami en commun.

L’un des gars avec qui j’avais commencé, mais qui n’a pas grandi aux États-Unis, plutôt à Bobigny était son voisin dans la même tour. Quand je suis revenu du bled, il m’a dit j’ai un pote qui rappe avec son groupe, ce sont les petits de Ménélik, un camer aussi. Il m’a ramené chez Nakk, mais à l’époque je ne sais même pas s’ils avaient sortis des maxis. Ils étaient au tout début. Quand je lui ai dit ça dans La Sauce, il a pété les plombs : ah ouais, t’es le pote à Gilles, mais je ne m’en rappelle pas ! Je m’en rappelais car peu après j’ai commencé à faire mon buzz et eux aussi avec Soldafada. Dès que t’étais rappeur fin des 90’s le monde était petit, ce n’est pas comme maintenant où tout le monde rappe.

J’ai vu que tu donnais aussi de la force à la boutique de Grain De Caf.

On va faire une collab, il y a des nouveaux modèles qui vont arriver. On s’est déjà croisé, c’est l’ordre de l’organique, on a des potes en commun, mais rien à voir avec la musique plutôt des gens de la rue. Il aime bien ce que je fais, surtout les trucs récents donc on fuck ensemble. Ça fait une quinzaine d’années qu’on se connaît, mais on n’était pas super proches. Quand il a ouvert son magasin, j’y passais, on chillait et depuis Trill Makossa, il a kiffé le projet. Notre amitié a commencé il y a quatre ans, mais ça fait plus de quinze ans qu’on se connaît. Mon poto à la base dans son groupe Octobre Rouge, c’était Logan que j’ai connu avant, maintenant il est en Belgique. Le maître-mot dans la vie comme dans la musique, j’aime bien faire des affaires ou de la musique avec des gens que je sens vrais. Ceux trop dans des postures ou timinik ça ne m’intéresse pas. Je veux que des gens solides, qui sont trill comme moi, normaux pas opportunistes ni dans des calculs.

Ce qui revient dans certains de tes morceaux, c’est que tu revendiques ton statut d’ancien notamment sur Fuoriclasse : « Je suis mon propre plug » [Macro sur la descente] / « Je suis dans les bails avant qu’on appelle les bails, les bails » [Maradona 86].

C’est ça frère ! Le rap du 91 t’as deux écoles, mais la vraie école street, c’est le Triangle des Bermudes : Évry-Corbeil-Grigny. À Corbeil, ils avaient un groupe qui s’appelait Clan Haut Style ce sont eux qui ont fait le rap des Tarterêts, à Grigny, ils avaient Code 147 et à Évry t’avais Fuck Dat. Ces trois grandes villes sont les trois capitales du 91. On a pas eu d’anciens dans le rap, la rue, le sport, c’est nous qui avons tout fait. C’est pour ça que je suis mon propre plug, on s’est fait tout seul. Quand d’autres avaient déjà des anciens qui leur mettaient le pied à l’étrier, on avait pas ça. Quand on sortait de notre campagne du 91, on est arrivé à Paris sans grands, on s’est imposé. Un statut de OG ce n’est même pas dans le rap, mais ce n’est pas un statut que tu te donnes, ce sont les gens qui te le donnent. Il y a dix ans quand je commençais à être dans la trentaine, les gens m’appelaient l’ancien, mais je leur disais de ne pas m’appeler l’ancien, je suis un jeune comme vous. Quand tu vois des jeunes utiliser tes termes sans savoir que c’est toi qui les a inventé, c’est quoi OG ? C’est-à-dire que du rap aux mots que tu utilises dans la rue, c’est nous qui avons inventé les expressions donc forcément OG. Je ne suis même pas OG, mais double et bientôt triple OG parce que OG aux États-Unis, c’est dix ans dans la rue. Ma première incarcération à Fleury, c’était à seize ans. Quand j’aurais 46 dans trois ans, je serais triple OG. Ce statut, je le revendique maintenant, je l’étais déjà avant, mais sans le revendiquer parce que je ne l’acceptais pas encore, je me voyais encore comme un jeune.

Je suis à une époque du rap où c’est devenu un peu fake, je fais maintenant du rap pour les jeunes de demain.

Ceux qui commencent à rapper pour leur montrer qu’il y a une alternative à ce rap générique que l’industrie nous demande de faire. Je montre la voie à des gens qui veulent vraiment être des artistes indépendants, avoir leur couleur de son, flow, thème, façon de traiter la rue… Aujourd’hui, c’est très important, maintenant dans le rap dès que t’écoutes, tout le monde utilise les mêmes mots et expressions claquées. C’est noir, sombre, mais si tout le monde dit ça finalement quelle est l’originalité ? Quelle façon de rapper vous avez à faire ? T’écoutes mon rap, les mots utilisés que tu ne vas pas comprendre dans deux ans l’industrie va les utiliser parce que l’argot que j’utilise, c’est celui des vrais mecs qui sont deep dans la rue, qui inventent ça avant que ce soit répandu dans le rap. Les rappeurs sont des fans de voyous, mais moi, j’étais voyou avant de rapper.

Il y a une phase sur l’instru de « Un-thinkable (I’m Ready) » d’Alicia Keys qui peut résumer cela dans « Bounce Partie 2 » [Sans Forcer Vol. 1] : « Tellement proche des gardav et des forces de l’ordre / Que j’en ai oublié le rap et les disques d’or ».

C’est vrai ! J’ai jamais vu le rap comme une carrière après ça a marché assez rapidement. Je vis par le G code même si je suis macro sur la descente comme je le dis. Je vais parler de rue, mais aujourd’hui je gère un magasin hamdoullah. En vrai je ne suis plus trop actif dans les trucs, j’ai pris du recul par rapport à tout ça. Malgré le succès, j’ai toujours habité dans le même coin. Là, je suis à Corbeil, j’ai grandi à Évry, mes parents comme mon petit frère qui a 30 ans y sont toujours, je suis toujours dans le quartier. Souvent les rappeurs quand ils sont disque d’or ou font de l’argent, ils refusent la rue, car ils pensent se faire gratter ou mettre à l’amende. Je fais déjà parti des gens qui tiennent le haut du pavé dans la rue donc je n’ai jamais eu besoin de prendre du recul par rapport à elle. J’ai toujours été dans le jus, c’est ça l’enfer ou l’eau chaude, soit je suis deep dans la rue, starfoulah je fais mes bails soit c’est l’eau chaude : je suis lié aux voyous. J’ai jamais refusé la rue comme on dit chez nous. On ne refuse pas la rue alors que beaucoup de rappeurs avec le succès, ils prennent leur pavtar et vont dans une petite campagne. Ils continuent à rapper la rue, mais n’y sont plus. Je serais toujours dans la rue parce que c’est là où je me sens bien, pas forcément du côté des dealers qui réussissent. Avec ceux qui galèrent, les mecs au RSA, qui sont devenus fous et encore dans la rue, c’est mon quotidien. J’ai des potos de ma génération ou plus jeunes qui sont devenus fous et sont dehors, les meufs qui étaient en foyer et maintenant font le tapin. La rue, c’est plus de la souffrance que du glamour. Je suis toujours dans le magma. Pourquoi sur mes projets, j’invite des petits jeunes qui n’ont pas de buzz ? Parce que quand ils rappent la rue, c’est des petits qui sont encore dans le four. Ils font les trucs, mais pas parce que ça fait bien dans un texte.

J’aime bien être collé à la réalité, je suis un gars du réel.

C’est pour ça que les choix de carrière ou disques d’or, je les oublie parce que je suis encore comme tout le monde. J’ai la chance qu’à l’époque où j’ai fait mon buzz il n’y avait pas trop de clips donc ma tête n’est pas trop rodav, je peux circuler partout sans que les gens disent ah, c’est Eloquence ! Ce qui fait que je n’ai pas l’idée de m’éloigner du quotidien de tout le monde, je suis un petit renoi et passe-partout. Alors que les mecs qui ont leur tête grillée, j’ai compris qu’ils ont facilement pris du recul, car beaucoup de rappeurs vivent dans des vases clos. Ils ont leur bande de yes men autour ou les mecs avec qui ils sont habitués, mais ne côtoient plus vraiment les gens dehors.

Quelque chose à rajouter par rapport à tout ce qui a été dit ?

Le mot le plus important, c’est que je fais de la musique car OG comme on dit, ce sont des grades mais on s’en fout de ça. En fait si t’es un vrai OG, t’es là c’est pour donner du love. La musique que je fais aujourd’hui c’est pour montrer aux mecs qui débutent ou les mecs qui sont un peu dans le rap, si tu veux de la longévité et que t’aimes vraiment cette musique c’est d’être toi-même. Que tu sois thug ou pas, d’une campagne, l’important, c’est la sincérité.

La bonne musique ça va avec sincérité.

S’il n’y a pas de sincérité dans ta musique, elle n’est pas bonne même si tu vends un milliard de disques. C’est un truc qui me marque. Tu as un mec comme Quincy Jones qui fait la pluie et le beau temps aux États-Unis, c’est ce qu’il dit, une fois que tu parles business avant d’être dans le studio, la magie de la vraie musique disparaît. Soyez vous-même et faites la musique qui vous ressemble, que ça marche ou pas. La musique c’est d’abord ça, parce que maintenant, avec la société capitaliste on te parle de vues, streaming, mais ce n’est pas un gage de qualité. Au contraire donc n’ayez pas peur d’être vous-mêmes et ça peut même vous servir dans la vie en général. Quand t’es toi-même, on va te respecter pour ce que tu es et pas pour ce que tu as. Je ne suis pas dans ce truc matériel. Si je suis respecté dans la rue, fais 1m70, pèse 70 kg, je ne suis pas le plus costaud, intelligent, riche, mais je suis vrai. C’est pour ça que le mec qui a du pognon comme celui en bas me respecte, car je le vois comme une personne normale. Je ne suis pas dans les protocoles. Les rappeurs dès qu’ils ont un peu de buzz, ils sont dans les protocoles.

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