Future : ses 3 meilleurs projets

Lors d’une année 2015 qui restera ancrée dans nos mémoires à jamais, Future entreprend un marathon afin d’éclipser l’album le plus abouti du rappeur le plus important de sa génération (To Pimp A Butterfly, Kendrick Lamar) ainsi que l’effervescence d’un autre à qui le terme ATLiens n’a jamais été aussi bien attribué (Barter 6, Young Thug).

Prendre le temps nécessaire à construire un album solide ou inonder les ondes ?

Les rares artistes de la trempe de Future balayent le problème d’un geste vague, combinant productivité et excellence. Des mixtapes avec des producteurs piliers de la trap : le nébuleux 56 Nights par SouthSide, et Beast Mode orchestré par Zaytoven qui n’a que la façade de lumineux. Un projet en commun avec Drake, le plus gros fournisseur de tube que le rap ait connu (What A Time To Be Alive). Un album studio dont l’impact est réservé à plus tard. C’est cette ambition sans faille qui a permis à Future de s’approprier cette cuvée dantesque.

Quatre albums solos, cinq projets collaboratifs, deux mixtapes, un EP et cinq ans plus tard, Hendrix pérennise sa légende et une discographie des plus synonymes en travail et innovation. Si il se penche vers la pente descendante à laquelle tous sont confrontée, le rappeur se classe indéniablement comme une des pièces maîtresses de la décennie passée. Voici le classement des 3 meilleurs projets de Future jusqu’ici.

3) Monster

Monster pochette

Sur Monster, l’esprit des auditeurs est imprégné d’une cabine où un artiste possédé par sa musique crache le feu, et dont les flammes se propagent dans tous les horizons. Dans sa bulle et d’une pulsion involontaire, la chose a signalé sa présence d’une manière bruyante qui ne laisse présager rien de bien contrôlable à l’avenir.

Nous sommes en 2014, le courant trap qui nous berce depuis maintenant une décennie est à son apogée et Future l’incarne à la perfection. Il prend ses auditeurs au dépourvu à chaque palettes de flows surprises (Fuck Up Some Commas, Monster), refrains résonnants (Throw Away, 2Pac) et gimmicks retentissants.

Sans aucune moralité, le rappeur déballe son lifestyle autour de consommation de drogues, de sommes astronomiques réservées au luxe et de vision douteuse des femmes sur des productions crasseuses. D’ailleurs, l’encore ambitieux Metro Boomin ainsi que la science de la 808 Mafia épaulent parfaitement le rappeur dans sa conquête de bangers endiablés, par des boucles entêtantes et des drums claquants.
En revanche, deux morceaux relatifs à la santé mentale en piteux état du concerné donneront tort à ceux qui osent résumer Monster à son explosivité crue (bien qu’elle concerne la majeure partie du projet).

Sur la deuxième partie de Throw Away et l’instrumentale minimaliste de Nard & B, le rappeur nous fait part de ses remords vis à vis de la relation avec son ex-femme Ciara, détruite par les nombreuses fois où il a pu goutter aux chaleurs d’autres femmes. Assez rare venant de l’artiste pour qu’on puisse le souligner. Surtout, en concluant la mixtape par Codeine Crazy, Future nous délivre un des morceaux les plus importants de sa carrière, si ce n’est le plus marquant. La production de TM-88 participe beaucoup à ce son qui a le don d’envoûter. Entre notes désaccordées, multiples détails électroniques et basses profondes, le beatmaker de la 808 Mafia nous envoie directement sur une planète où la substance violette remplace l’eau des rivières. Dans ce monde embaumé d’une fumée enivrante, un seul être qui ne parvient à restreindre ses pensées nous suit à la trace, attristé par son sort nourri d’addictions. Dans ce monde éphémère, l’âme de The Wizard nous ensorcelle durant plus de 5 minutes.

En voulant tracer un trait sur l’essai mainstream et épineux de Honest, le rappeur a délivré avec Monster un moyen de communiquer le raz de marée déjà programmé pour l’année suivante. Dans un élan de lucidité et de quelques nuits en studio, il s’est laissé emporté par la rage qu’il noyait dans la drogue pour enchaîner les tracks brûlantes. C’est cette spontanéité même qui dégage de Monster, qui permet au projet de se classer comme une étape importante de la discographie du protagoniste. Future maîtrise l’art d’une musique auquel le monde entier s’essaye, d’un naturel arrogant. Il ne semble même pas avoir estimé les effets d’une mixtape qui se montre toujours aussi efficace 6 ans plus tard.

Rien de calculé, mais tout de maîtrisé. Voilà de quoi qualifier Monster.

2) FUTURE

Après son année 2015, nous étions beaucoup à se demander comment Future pourrait se réinventer. En sortant 4 projets dont un avec le plus gros vendeur de disque de la décennie, le rappeur de Géorgie ne redoute pas une seconde les effets néfastes d’une productivité aussi conséquente, comme la visibilité abondante qui peut causer la perte de certains. Il appréhende encore moins cette surexposition lorsque qu’en une semaine de février d’apparence innocente, Freebandz partage 2 albums studios : FUTURE puis HNDRXX. Deux projets qui se complètent par leur dualité. Un porté par des exclusivités explosives (Draco, Poppin’ Tags), un autre par sa romance et les apparitions de Rihanna ou The Weeknd.

Si les deux premiers morceaux qui amorcent l’album peuvent faire peur et annoncer un Future en “pilote automatique”, l’enchaînement Zoom, Draco, Super Trapper, POA rappelle instinctivement le niveau phénoménal que s’est construit le rappeur au fil du temps.

Globalement, FUTURE est réalisé afin que chaque auditeurs puissent s’y retrouver. Des morceaux comme High Demand ou Scrape, qui n’ont pourtant rien à voir, sont source d’une volonté de l’artiste d’être axés vers un public grandissant. Il n’en oublie pas pour autant la considération que lui porte ses fans de la première heure. On peut par exemple noter les présences des drums anxiogènes signés Southside et le piano si culte de Zaytoven, alchimies que l’on reconnaît dès les premières notes de Flip et When I Was Broke. Hendrix opère un compromis entre les attentes de ses fans et celles de nouveaux prospects, en nous délivrant des bangers comme Poppin’ Tags et POA qui ont grandement participé à sa riche carrière, à l’image de Sh!t ou F*ck Up Some Commas. Il fait preuve de cette même approche avec Might as Well et Feds Did a Sweep, dont la sensibilité qui s’en enfuit touche toujours autant ceux qui se prêtent à se mettre dans la peau de l’artiste.

Cependant, on peut mesurer l’impact de cet album par un seul et unique élément : Mask Off. Sur le sample devenu légendaire de Prison Song (Tommy Buttler) concocté par Metro Boomin, le refrain évoque à répétition des drogues particulièrement violentes (le percocet), scandé dans tous les continents qui composent la planète. C’est un signe remarquable de réussite pour Future, qui a vu les composantes de sa musique gardées intactes évoluer d’un public de niche à un succès mondial bruyant.

Sur FUTURE, le rappeur au nom éponyme n’a pas la prétention d’avoir changé de formule. En revanche, en seulement 2 ans et quelques mois, il réussit à synthétiser l’énergie débordante de mixtapes comme Monster ou 56 Nights, en la concrétisation d’un album aux modalités assommantes. FUTURE est bel et bien un projet réussi, dont l’éclectisme est la clé du succès. Bangers, tube planétaire, introspection et même une légère poudrée d’innovation (I’m so Groovy) engendrent le probable album orienté commercial le plus triomphant du concerné.

1) Dirty Sprite 2

DS2 pochette

Le chef d’oeuvre. La pièce marquante d’une discographie affolement complète, que tous les artistes aimeraient se vanter d’avoir. Par la dépression qui domine les thèmes et la popularisation du mouvement mumble rap, cet album influence une armée de nouveaux rappeurs tels que Yung Bans (d’ailleurs signé sur le label Freebandz) Juice Wrld (qui partage une mixtape avec Future) ou Playboi Carti.

Dirty Sprite 2 est une immersion dans un monde habillé en 18 titres qui reflète l’esprit meurtri du rappeur, sur des instrumentales colossales principalement arrangées par les mêmes Metro Boomin, Zaytoven et Southside (avec l’aide de Sonny Digital entre autre) qui enfantent les meilleurs projets de Future jusqu’ici.

Malgré le fait que ces beatmakers soient accoutumés du fait de travailler avec leur collègue d’Atlanta, le processus créatif de cet album a été poussé jusqu’à l’épuisement. The Wizard et son équipe de producteurs excellent quand il s’agit de transporter l’auditeur en plusieurs escales. D’une sphère idéalisée à un monde délabré, un voyage dans plusieurs univers nous est offert. L’exercice est tellement bien exécuté, que nous en sommes sensibles même si l’anglais nous est pas famillié. D’ailleurs, sur DS2, le rappeur semble s’exprimer dans un langage que lui seul comprend. Un langage qui s’avère être fruit d’un aboutissement de pensées provenant d’un parcours miteux si singulier.

Thought It Was a Drought, introduction de l’album elle même introduit par des sens d’une fumée de weed et des collisions de glaçons destinés à la lean, résume parfaitement ce à quoi nous allons goûter durant une heure. Instrumentales enivrantes, flows élastiques et autotune se mêlent aux sentences parfois complexes à décrypter, la cause à la drogue qui freine la locution de Future et à un passé bien trop douloureux pour l’évoquer sans difficulté apparente.

Sur des morceaux comme Rotation, Colossal, Rich $ex, Blood on the Money et surtout The Percocet & Stripper Joint, qui se ressemblent par leur accessibilité à un monde imaginaire sur pause dont les drogues paraissent être l’essence, ce sera dans l’esprit planant du protagoniste encore imbibé de codéine que nous serons invités à sillonner. Chaques détails, subtilités à peine quantifiables, nous replongent dans l’expérience de limbes encore plus profondes.

Lors des infernaux I Serve The Base et Groupies, nous sommes immergés dans un corps comme infecté par une gangrène provenant d’une enfance morbide, qui semble se cogner la tête contre les murs.

Tout au long de DS2, le sujet persuade qu’il a (enfin) pris goût à la vie grâce à la richesse et la célébrité. Cependant, sur des morceaux comme Kno The Meaning ou Slave Master, nous faisons face à ses réels soupirs endoloris. Les références aux sommes dantesques qu’il dédie aux sapes qu’on ne compte plus, ne suffiront pas à tracer un trait sur son passé difficile, où un environnement rongé par le crack a causé les pertes d’innombrables de ses proches. Ces souvenirs ne cessent de revenir au galop, alors que qualifier sa situation financière actuelle de stable n’est qu’un doux euphémisme.

Rien ne semble pouvoir sauver Future. Rien, mis à part les substances psychotropes, thème omniprésent de l’album jusqu’à la pochette où le visage de l’artiste se confond aux captivantes fumées roses et violettes. Hendrix donne l’impression de ne plus savoir comment gérer ses problèmes, et la drogue semble être la solution la plus aisée. Il a une idée concrète de la négativité de celle-ci, par son vécu comme par l’état dans lequel se portent certains de ses confrères d’Atlanta, mais ne semble en avoir plus rien à faire. « Long live A$AP Yams, I’m on that codeine right now”, qui fait référence au créateur du A$AP Mob décédé d’une overdose de la boisson violette la même année.

Comme un bon nombre d’artistes, Future a réalisé son meilleur album dans un état dépressif et plongé dans la drogue. Cette immersion dans un univers unique, idéalement accomplie par les beatmakers avec qui l’alchimie est opérée en quelques millisecondes, se démarque de toutes les masterpieces de l’année 2015, et se classe comme l’un des projets références du style le plus populaire de la décennie.

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