Drake – Certified Lover Boy

Critique

Plus d’un an après la déception de Dark Lane Demo Tapes, Drake dévoile enfin Certified Lover Boy (CLB). L’attente était déjà palpable à l’idée d’un retour sérieux du rappeur, loin des « Toosie Slide » et autres singles destinés à Tik-Tok. Sa compétition face à Kanye West et Donda n’ont fait qu’accroître la curiosité autour de ce sixième album studio du leader d’OVO. Il y avait donc de grandes attentes pour ce projet, mais une fois passée la frénésie des premières semaines, CLB laisse un goût plus que mitigé.

Manque de saveur

Toute l’imagerie développée en amont ainsi que ce titre provocateur de « Lover Boy » laissait un voile sur le Drake qu’on allait découvrir. Le mystère était entier : l’artiste prend de l’âge et le public pouvait légitiment s’attendre à le découvrir plus mature et apaisé en amour que sur d’anciens titres douloureux comme « Marvins Room ». Le suspens a été de courte durée : Drake campe dans la peau de son personnage et continue de jouer au Don Juan. Commence alors une (longue) tracklist au cours de laquelle le Canadien met en scène ses amourettes.

Les flows empruntés sont efficaces, mais l’aisance vocale et les placements de Drizzy sont parfois gâchés par une écriture qui manque de finesse. Problème qui atteint son paroxysme sur Girls Want Girls, où Lil Baby décroche sans aucun doute la palme de la pire line de l’album avec « She like eating pussy, i’m like ‘‘Me too’’ ». Un titre à des années lumière du très bon Wants and Needs offert par les deux rappeurs en début d’année.

Lorsqu’il n’est pas en train de rapper sa paternité ou ses conquêtes avec insolence (« i wasn’t in love with none of them anyway »), Drake ne manque pas de rappeler l’importance de son équipe, et son indépendance grandissante face à l’industrie avec des lines comme « Future sign the contracts, he don’t even show it to me ». Ou encore sur la track No Friends in the Industry au titre parlant, qui en devient presque ironique lorsqu’on sait que la plupart de ses collaborateurs sur CLB ont participé à DONDA.

Drizzy semble donc plus que jamais conscient de son omniprésence et se plaît à rappeler que son cercle est très fermé. Rappeur le plus écouté au monde, et éternel briseur de records (CLB est l’album le plus écouté en 24H de l’histoire de Spotify), il souffre cependant d’un manque de renouveau. Si l’on peut lui pardonner bien des choses pour sa belle voix et ses fulgurances sur certains titres, la lassitude se fait sentir au cours d’une tracklist définitivement trop longue. L’arrière goût de Scorpion (déjà reçu en demi teinte à l’époque) n’est pas balayé par l’album de la renaissance qui se faisait espérer. Il est évident que l’exigence est proportionnelle au potentiel du concerné. C’est bien parce qu’il s’agit d’une légende, auteur des classiques Take Care et Nothing Was The Same que le public est en droit d’en attend plus du rappeur. Toutefois, les producteurs remplissent le cahier des charges.

Productions de haut vol et featurings réussis

Entouré des habituels artisans de ses albums (No I.D. , Tay Keith, Shebib, Boi-1da, Metro Boomin, OZ entres autres) et de son architecte ‘‘40’’, Drake s’arme de productions efficaces et marquantes. Mention spéciale au sample de « Masego », le morceau de Navajo (qui samplait lui même Michelle des Beatles), donnant une ambiance inimitable à l’introduction du projet Champagne Poetry.

À souligner également que le single Way 2 Sexy sample l’hymne gay des années 90 « I’m Too » de Right Said Fred pour le transformer en égo-trip hétéro qui réunit Young Thug et Future dans un clip décalé. La production ne manque donc pas d’inspiration. De même, le beat-switch de N 2 Deep est maitrisé à la perfection et contribue à relever le niveau sur un titre qui s’impose indéniablement comme un des meilleurs du projet. Drake et Future font encore preuve d’une alchimie remarquable.

Il s’agit par ailleurs de l’un des bons points de l’album : les featurings sont très réussis tout en étant très différents. Le morceau Fair Trade avec Travis Scott est surprenant puisque très loin d’un Sicko Mode ou d’un Company. Il dévoile un Travis plus calme qu’à son habitude, précis dans les graves et les mélodies traînantes. De même, le featuring Knife Talk avec 21 Savage offre un morceau à l’ambiance légèrement en décalé de la couleur globale de CLB, ce qui permet d’apporter de l’air à en projet qui a tendance à se répéter.

À noter que le morceau IMY2 est la première collaboration entre Drake et Kid Cudi, et que malgré la sensation de tâtons quant à la direction artistique du morceau, les performances des deux MC sont plus que satisfaisantes et laissent présager d’intéressantes collaborations potentielles. Enfin, Drake s’offre le luxe de réunir son idole Lil Wayne et son acolyte Rick Ross sur une track à l’ancienne dont le titre parlera à ses fans de longue date : You Only Live Twice (en référence au morceau classique « The Motto », qui avait popularisé l’expression YOLO). Les featurings de l’album apparaissent donc véritablement comme autant de petites bulles de décompression qui relâchent la pression lorsque l’album manque d’air.

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