The Weeknd – After Hours

Critique

Abel Makkonen Tesfaye, dit The Weeknd, réussit le pari de nous envoûter pendant presque une heure avec After Hours. Il nous plonge dans une ambiance mélancolique, où il évoque ses nombreux déboires, flirtant avec les années 80.

Starboy, son dernier album datant de 2016, témoignait déjà de l’amour du chanteur pour les néons, les synthés et les sonorités disco, dont l’apogée était sur le titre I Feel It Coming, avec les iconiques Daft Punk. Dans After Hours, The Weeknd enfonce le clou et jongle parfaitement avec toutes ses influences. Même s’il endosse le rôle d’un chanteur disco dans le géant Blinding Lights, le canadien ne succombe pas à faire de la nostalgie facile son principal argument de vente, et, du haut de ses 30 ans, donne une leçon de R’n’B avec un album solide.

Le projet s’ouvre avec le morceau Alone Again, titre lancinant où le chanteur déploie d’emblée tout son savoir-faire en créant une ambiance qui lui est propre : mélancolique, mélodieuse et élégante. Il évoque ici la solitude, qu’il tente de vaincre avec des femmes et de la drogue : « I took too much, I don’t wanna die, I don’t know if I can be alone again ». Ce titre annonce la couleur : au niveau des textes, l’expression d’un mal de vivre, jalonné par des échecs amoureux, une infidélité chronique et un rapport chaotique avec la drogue.

Too Late saura ravir les amoureux d’un R’n’B plus classique, tandis que Hardest To Love, très aérien, penche plutôt vers des influences drum and bass. Scared To Live, morceau propice aux envolées lyriques, trouverait facilement sa place sur la bande originale d’un film à l’eau de rose. C’est là le point fort de l’album : les morceaux, aux influences et aux ambiances différentes s’enchaînent parfaitement pour former un ensemble cohérent.

Sur Snowchild, le canadien dresse un contraste entre son enfance, marquée par la pauvreté et la violence, et son ascension dans le monde de la musique, qui lui a valu richesse et succès. Il garde tout de même, dans un troisième couplet, un regard critique sur la vie de star. Escape From LA (clin d’œil à Carpenter ?) est un récit tourmenté de ses nombreuses escapades avec les filles de Los Angeles. Le très efficace Heartless vient ensuite contraster avec la douceur des titres précédents, on y retrouve The Weeknd en total egotrip, jouant le sans-cœur sur les basses d’une instrumentale purement rap.

Faith vient ensuite, c’est un tube en devenir, tant l’énergie transmise par le chanteur y est communicante. Cette énergie est toutefois mise à l’écart sur la deuxième moitié du morceau, pour laisser place à une outro plus nuageuse, dont le fond sonore, marqué par des sirènes de police, rappelle tout de suite l’ambiance des mégapoles nord-américaines. Arrive ensuite le single phare de l’album, Blinding Lights. Ce tube supra-efficace aux relents synthwave est, comme le montre explicitement le clip, la bande son parfaite pour une escapade nocturne en voiture sous les lumières artificielles d’une gigantesque métropole.

On quitte la route pour les clubs pour le pétillant et coloré In Your Eyes, et sa ligne de saxophone hypnotisante, qui joue également sur une nostalgie à la limite du kitch. Une ambiance retro est également détectable à l’écoute de Save Your Tears, où les voix robotiques à la fin rappellent les anciens travaux du canadien avec les français de Daft Punk.

L’interlude Repeat After Me permet de quitter en douceur cet instant de nostalgie et de revenir sur un R’n’B mélancolique, propre au chanteur. Le single After Hours, du long de ses six minutes, rythme avec brio les excuses du chanteur à une ex à qui il a brisé le cœur. L’album s’achève sur le titre Until I Bleed Out, qui donne un sens à la tête ensanglantée du chanteur sur l’artwork de l’album. Titre grave où il tente de faire ses adieux à sa bien-aimée : la drogue. « And I don’t even wanna get high no more, I just want it out of my life ». Plus que ça, même : cette fin donne lieu à une toute autre interprétation de l’album. Par le prisme de la femme, par qui il est obsédé, et qui donne lieu à de nombreux problèmes, The Weeknd évoque également sa relation tumultueuse avec la drogue.

Jamais entendre quelqu’un parler de ses problèmes de vie pendant une heure n’aura été aussi agréable. Seul face à la mélancolie de la vie quotidienne, s’abandonnant à la nostalgie pour tenter d’en fuir, The Weeknd fournit un projet cohérent et très agréable d’écoute, même si chargé en émotions et en influences variées. Comme dans le film de Scorsese du même nom, After Hours est la bande son parfaite pour affronter ses démons le temps d’une balade nocturne en ville.

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