OBOY – No crari

Critique

Oboy sort le 10 septembre dernier son deuxième album No crari. Le rappeur d’origine malgache se contente de faire ce qu’il fait de mieux : se balader sur les instrumentales grâce à des mélodies prenantes. 

To ride, or not to ride 

C’est LA signature d’Oboy : la ride. Concept difficile à définir, mais il semble se rapprocher d’un sentiment d’indifférence totale du quotidien ou d’une sorte de voyage solitaire où les lumières de la ville se confondent avec de puissantes basses et des morceaux qui transcendent. No crari est le nécessaire ultime à cette « ride » imaginaire.

Dès le début de son second album, Oboy, de son prénom Mihaja, présente un intéressant cocktail de mélodies, rythmé par des toplines entraînantes. Incisif dans les couplets, inspirant dans les refrains, le rappeur malgache entame ce voyage musical avec le titre Louis V. À la manière de Louis V dit « le fainéant », roi des Francs au Xème siècle, Oboy fait preuve d’une nonchalance assez déconcertante. Il emmène son public dans une atmosphère satisfaisante, lointaine, quasi onirique où plus rien n’a d’intérêt si ce n’est la mélodie et la voix suave d’Oboy. 

Dans No crari, les thématiques du rappeur concordent avec l’harmonie du projet. Moins introspectif que dans ses précédents, Oboy ne dévoile pas beaucoup d’informations sur qui il est, mais décrit plutôt l’image qu’il souhaite véhiculer. Les codes habituels du sexe, de la drogue, des voitures et de la luxure sont retrouvés. C’est le cas par exemple dans le morceau YSL :

« En Gucci, en Prada, ma bellesa t’sais qu’j’suis un laud-sa donc y a rien à gratter »

Oboy, YSL

Une réussite musicale

Oboy parvient à créer un album éclectique où différentes ambiances se mélangent et se complètent. Toujours en gardant sa voix chantée, il passe d’un morceau comme No Blata où l’on ressent l’implication puissante du rappeur à un morceau comme Ariel duquel se dégage l’émotion vive du chanteur.

Pour cet album, Oboy est accompagné de producteurs talentueux qui le connaissant bien comme Aloïs Zandry, Some-1ne ou encore Machynist. Les différents beatmakers placent Oboy dans un certain confort et donnent l’impression d’une identité musicale totalement trouvée. Il est possible de déceler quelques éléments qui permettent au rappeur de se sublimer. Le kick des prods est important et toujours mis en exergue, de même que les claps. Le morceau Armada en est le parfait exemple.

Ces instruments font des différences et s’accordent avec la voix du rappeur. Preuve en est, la fameuse guitare de TDB a été entendue par un très large public cet été. Malgré cela, une diversité musicale plus importante aurait pu permettre à Oboy de signer un album plus éclectique. Redondant dans les instrumentales, No crari peut quelque fois se rapprocher d’une simple playlist. L’enchainement des morceaux TDB – Armada – Terrible reflète parfaitement la zone de confort que l’artiste surexploite sans trop s’aventurer. 

L’outro du projet Bétoile est elle aussi sublimée par une guitare aux notes aiguës en adéquation parfaite avec l’intonation suave d’Oboy. 

Pour l’amour du non-risque

Ce projet est convaincant mais pas persuasif. Le rappeur du 94 n’est pas dans un rapport intime avec ses auditeurs. Le lien qui unit l’artiste à son public c’est la mélodie qu’il entonne, pas l’homme qu’il est. Les mélodies qu’Oboy murmure et chante dans son album manquent de fond. Le seul moment où il se dévoile légèrement est l’outro, Bétoile.

« Ma maman prie pour que demain soit meilleur que la veille »

Oboy, Bétoile

Malgré le titre de l’album No crari (comprenez « pas de faux genre »), il est tout de même difficile de cerner l’auteur. Il manque un peu d’introspection à cette ébauche pour pouvoir être qualifiée d’ « album » et faire honneur à son nom. Il s’agit cependant d’une carte de visite convaincante. Oboy est maintenant pré disposé à rayonner davantage, peut-être avec des featurings plus osés, lui qui s’y aventure si peu. 

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