Varnish la Piscine – METRONOME POLE DANCE TWIST AMAZONE

Critique

Un an après Le Regard qui tue…, Varnish la Piscine s’impose à nouveau comme l’artiste le plus dingue et original du Rap francophone.

Ce nouvel album du producteur-compositeur suisse est pour le moins déroutant. A l’évocation du titre, on ne sait pas vraiment vers quoi on va être dirigé (et de toute façon, on ne le saura jamais). En artiste libre, Varnish la Piscine nous embarque dans un univers dont lui-seul détient les clés, et qui se révèle sans cesse malléable ; comme s’il s’était débarrassé des contraintes du monde extérieur et n’obéissait plus qu’à ses propres règles. Accompagné d’un moyen-métrage dont il est la bande originale (Les Contes du Cockatoo, d’ores et déjà disponible sur YouTube), ce nouvel opus voit donc le producteur de la SuperWak Clique pousser toujours plus loin les limites de son imaginaire.

La folie créatrice est contagieuse, et dans l’univers qu’il nous propose, Varnish se montre constamment généreux. Il est bien question d’une folie douce ici, et d’un imaginaire qui vient repousser une à une les barrières du réel. Dans le film les Contes du Cockatoo (qui est sorti sur YouTube une semaine avant l’album), on assiste à 4 histoires toutes plus déjantées les unes que les autres, sans autre finalité que de nous plonger dans un monde alternatif où tout redevient visible, possible et imaginable. Entre situations burlesques, humour absurde rappelant les films de Quentin Dupieux et mise en scène créative à la Wes Anderson, Varnish s’amuse et peaufine encore davantage son style.

« C’est vrai, qu’j’pourrais faire un effort, toujours à l’Ouest
Mais j’me sens mieux quand j’ai pas b’soin d’trop t’expliquer
C’est vrai, j’pourrais faire un effort, ouh yeah
Mais je suis mon satellite téléguidé et je m’en irai »

Dans cette citation lunaire extraite du morceau ILLUSION SUR MAUNA LOA, Varnish réaffirme son besoin de rêve et d’évasion (« I don’t wanna wake up »). De fait, l’ensemble de ses compositions surfent sur une teinte onirique, presque bizarroïde. Une fois de plus, le genevois n’a pas peur d’imposer sa propre logique et nous entraîne jusqu’au cœur de sa diégèse ; celle-ci étant baladée entre les Neptunes, Tyler the Creator et des effets sonores dignes d’un film de science-fiction des années 50. En fin de compte, le projet est dans la droite lignée de son prédécesseur Le Regard qui Tue, qui ajoutait déjà une forte dimension cinématographique à la musique de Varnish.

Ce format, qu’on pourrait qualifier de « film sonore », lui colle à merveille car il lui permet de réaliser et de pousser au bout ses fantasmes de création. Projet après projet, le frère de la piscine nous lève ainsi le voile sur le monde fantaisiste qu’il s’est créé, et en profite pour l’étoffer et y ajouter quelques coups de pinceau. Après avoir passé une étape cruciale en endossant la casquette de réalisateur, on ne peut que se demander à présent ce qu’il nous réserve pour la suite.

Affaire à suivre, mais ce qui semble quasi-sûr c’est que nous n’avons encore rien vu. Opus transitoire qu’on sent réservé à l’expérimentation et l’amusement, ce METRONOME POLE DANCE TWIST AMAZONE pourrait ainsi n’être qu’un amuse-gueule, et un prélude à ce que nous réserve encore son auteur. Qui sait ? Peut-être que nous n’avons fait qu’effleurer la surface d’un univers cachant encore de nombreuses ramifications et perspectives musicales nouvelles. Avec les suisses, nous savons désormais que nous pouvons être surpris en permanence (en particulier avec la paire Makala / Varnish la Piscine qui se réunit ici à nouveau). Le rap suisse, ou la redéfinition d’un art total.

MattMartians
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