Zola – Survie

Critique

Zola ne confirme pas avec Survie. Ce deuxième album est suffisant pour satisfaire son public, mais lui ferme les portes d’une ascension musicale qui paraissait certaine. L’absence a été longue, le rappeur jugeait ce temps nécessaire pour se concentrer pleinement sur son album. Et cela ne se ressent pas.

Du Zola dans les textes et dans l’ambiance

Flow rapide sur BPM lent, la recette fonctionne toujours, Zola démontre à nouveau qu’il excelle dans le turn-up. À l’image de Wow, des couplets efficaces et des refrains rythmés entraînent l’auditeur dans son univers. Le Zola de Cicatrices s’était montré convaincant sur des prods à l’ambiance latino. Il réitère ici avec un morceau comme Mula, qui véhicule une mélodie entraînante et bien construite, en sublimant une instrumentale efficace de Kore.

Et dans un égotrip qui lui correspond bien, Zola met en avant sa précocité et le doute qui s’immisce dans son quotidien:

« Moi j’ai 20 ans je brasse comme un vieux, j’récup mes neveux en GLE

Gagne ma confiance au fil du temps, pas de décembre à janvier »

Mula est un des rares morceaux intéressants de cet album. Selon Zola, c’est le morceau qui a nécessité le plus de travail, et cela s’entend.

De grosses basses animent ce projet au point de lui donner du sens. Mais Zola semble incapable d’élever son niveau, et il manque de personnalité. Au travers de morceaux comme Pistou et TLMA, il utilise les flows répétitifs qui font trop ressentir ses influences.

Une progression nuancée

Le public du rappeur du 91 semble se satisfaire d’un Zola qui récite ses gammes. Le projet fonctionne puisqu’il s’est écoulé à 24k unités en première semaine. Mais c’est difficile de distinguer une réelle évolution entre l’artiste de ses débuts et celui qui a fait son bout de chemin. Il y a une prise de maturité humaine, cependant il manque une affirmation artistique.

Le rappeur montre quand même qu’il sait jongler d’une ambiance à l’autre: du latino dans Mula, sentimentale dans Madame ou encore turn-up dans Pollos Hermanos. Zola est polyvalent et réussit dans les styles musicaux qui le définissent, sans pour autant être marquant. Mention spéciale à Sofiane Pamart, le compositeur et pianiste présent sur la prod de Papillon, qui apporte une couleur originale et différente au projet.

« Quand j’ai mal j’arrive à faire de meilleurs morceaux », Cicatrices comme Survie sont des projets où le rappeur du 91 tente de se livrer, les titres de ces projets sont d’ailleurs assez explicites. Pourtant, dans cette dernière ébauche, il ne laisse pas ce ressenti. L’égotrip (qu’il maîtrise bien) apporte une idée au projet, mais une retranscription plus prononcée de sa personnalité était souhaitable. Il offre tout de même quelques éléments de sa vie, comme dans Papillon:

« On a trop souffert et le travail paye pas toujours, pourtant le charbon, oui »

Les collaborations, réelle plus-value

Très discret entre les sorties de ses deux projets, Zola prend son temps. Se mélanger aux autres artistes peut pourtant être un moyen d’élévation artistique. Le rappeur s’est contenté de deux collaborations dans Survie : Leto se fait remarquer dans Ma jolie, tandis que SCH impressionne de nouveau dans 9 1 1 3.

Le premier concerné fait ce qu’il sait faire de mieux et apporte sa légèreté musicale qui lui est propre. Une réelle alchimie se dégage de ce duo, les deux artistes rappent ensemble sur les mêmes couplets. Le passe-passe entre Zola et Leto fonctionne, les thèmes leur correspondent, la mélodie entraîne : c’est une réussite. Quant à lui, SCH se distingue de nouveau, sa versatilité lui permet de jouer sur tous les tableaux en 2020. Il impressionne et s’adapte parfaitement au style de son hôte, qui ne démérite pas non plus.

Cache Cash

La présence de seulement deux featurings ne devrait pas être dommageable, au contraire, Zola a tout le projet pour se mettre en avant, mais il n’en profite pas.

Survie est un projet en demi-teinte où Zola reste dans sa zone de confort. Il présente cet album comme intime, mais ce n’est pas le ressenti qu’il laisse. Une sincérité plus marquée aurait permis de proposer un projet encore plus introspectif, et donc de réussir une de ses missions. Comme le décrit le rappeur du 91, il « cherche toujours la recette, c’est pour ça qu’il fait de tout », et à force de trop se chercher, il perd en qualité.

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