Koba LaD – Détail

Critique

Détail est un album parfaitement équilibré et calculé pour marcher commercialement, entre trap à ambiance et morceaux mélancoliques. Seule éclaircie dans ce rap sans âme : les featurings.

Def Jam et Koba : Vendre , définition

En regardant de plus près les deux premiers albums de Koba LaD, une chose saute aux yeux : ils ont la même construction. On retrouve à chaque fois quinze titres, cinq ou six sons mélanco-mélodiques, quelques collaborations et pour le reste, de la trap qui alterne entre le bon et moins bon. Détail n’échappe pas à la règle ; quinze tracks divisées par groupe de cinq : 5 titres planants au refrain chanté, 5 autres tournés trap et 5 featurings. Pourquoi changer une recette gagnante ? En l’espace de trois ans, Koba sort 3 albums. Les deux premiers sont certifiés platine, le troisième devrait suivre le même chemin dans les mois à venir.

Mis à part des succès commerciaux, le rappeur du Bat 7 n’apporte pas grand-chose au rap francophone. Détail est un meilleur album que VII et L’Affranchi au niveau de la construction (une intro et une outro cohérentes) et des invités (Maes et Ninho, déjà présents sur L’Affranchi, mais aussi Zed, PLK, Freeze Corleone et Vald). Mais il ne raconte rien de nouveau par rapport à ce que l’on sait du vécu de l’auteur. Vente de drogues, père absent, plus d’argent donc moins d’amis, mettre la daronne à l’abri… Le serpent se mord la queue depuis trois albums, et cela ne semble pas le déranger. Les paroles de Détail en prennent un coup, à la vue des thèmes limités, et pire encore, d’un lexique assez pauvre qui ne dessert pas des rimes bancales.

Il n’est même pas possible de parler d’évolution en termes de production, puisque Koba est bien entouré à ce niveau-là (Seezy, Ken & Ryu, Junior Alaprod, Noxious), mais c’était déjà le cas avec un gros casting sur L’Affranchi.
Finalement, la seule particularité de Koba est sa voix, qui se prête très bien à un certain type de rap. Def Jam France, le label du rappeur, l’a bien compris, et tire sur la corde depuis maintenant trois ans.

Le paradoxe locksé

Koba marche bien, et la maison de disque ainsi que l’artiste en profitent tous deux. Grand bien leur fasse. L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais un paramètre vient changer l’équation. Sur Détail, il y a six invités, tous prestigieux, et certains sont inattendus. Dans chacune de ces collaborations, le rappeur du Bat 7 se hisse au niveau de ses invités. Cela soulève forcément des interrogations. Koba n’est jamais aussi bon que quand il est en featuring ; signe d’un certain talent. Paradoxal vu la fadeur de la plupart des morceaux de Koba en solo.

Aller titiller un Freeze Corleone inarrêtable en 2020, ce n’est pas donné à tout le monde (7 sur 7). Rentrer dans l’univers de Vald à travers une connexion improbable sur Pas de reine et le compléter parfaitement sur le refrain, comme il le fait encore sur Omar avec PLK, c’est une grosse performance. Polak n’hésite d’ailleurs pas à sortir son sens du rythme et son flow hyper précis pour honorer l’invitation.

Si Koba avait déjà fait de très bons featurings avec des rappeurs omniprésents aujourd’hui, il réitère sur Détail ; Coffre Plein est une formule bien connue maintenant. Il suffit d’ajouter Maes (et Zed) sur un refrain très mélodique, et le tour est joué. Pareil pour Ninho, où la connexion semble plus forte et efficace, comme ils l’avaient déjà prouvé avec Quotidien.

Alors si l’on reste sur des formules étant vouées au succès commercial, il ne faut pas nier qu’il y a du rap (7 sur 7; Omar) ou et de l’ambiance (Encore, Coffre plein, Pas de Reine).
Ajoutez à cela quelques bons sons «typiques » de Koba (de la trap entraînante, de par les prods et une signature vocale très marquée), comme Dans l’avion, Chambre d’hôtel et Helsinki, et vous obtenez une moitié d’album plus qu’écoutable.

Arrêter de jouer sur les Détails

Etre réduit à un rappeur quelconque que Def Jam veut exploiter au maximum avant que la hype ne retombe semble convenir à Koba LaD. Et si ce n’est pas le cas, il devrait développer un véritable univers musical et proposer plus, que ce soit au niveau des thèmes ou de l’identité artistique. « Moi, le pera ça fait que d’me saouler mais comme j’suis bon, j’vais continuer/J’vais continuer à les baiser, disque de platine sur un travail bâclé », dit-il dans Omar, au sujet de l’Affranchi. Il a raison pour les ventes mais le reste est à prouver.

Si Détail est meilleur que les deux projets précédents, le crédit doit être accordé aux beatmakers et aux invités qui tirent Koba vers le haut. Cela fait tout de même trois ans de suite qu’il pond le même type d’album, à chaque fois géométrique et dénué de passion et d’implication personnelle. Détail est un album qui s’écoute, pas mauvais, mais qui ne pourra pas être estimé au-delà de son succès commercial tout tracé.

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