Rohff – Surnaturel

Critique

Au lieu de mettre ces 3 années de relatif silence à profit afin de revenir plus fort et impactant, Rohff nous propose un disque usant et ennuyeux dont on ressort lessivé.

Rohff, fort d’une carrière de plus de 20 ans, revient après 3 années de silences tourmentés pour délivrer Surnaturel, son 9eme album. Au lieu de mettre ces 3 années à profit afin de revenir plus fort et impactant, Rohff nous propose un disque usant et ennuyeux dont on ressort lessivé.

30 morceaux, aucun hit

Lorsque Rohff a annoncé que Surnaturel serait un double album, cela a sonné chez beaucoup comme une alerte au sujet du niveau de l’album. Plus l’on propose de morceaux et plus il est difficile de former une œuvre compacte et de ne pas diluer son talent et ses thèmes.

Rohff s’est d’emblée tiré une balle dans le pied en prenant le risque de tourner en rond plus facilement et en affaiblissant individuellement chaque track du projet.

Une fois de plus, Rohff est en total décalage avec son époque, la tendance actuelle étant à la concision et au raccourcissement du disque, beaucoup plus apprécié chez les auditeurs. Surnaturel est également en décalage au niveau des productions, assez génériques voir cheap par moments (La Force, Street crédibilité, Frérot 2.0, TeamRohff & Honneur) et certaines tracks, criardes et aigües, sont à la limite de l’écoutable (Fin du monde, Happy, Ma vie).

Et quand Rohff s’inspire de l’époque, c’est pour en retenir le pire, des titres comme Au Max ou Aime moi à l’imparfait étant des morceaux impossibles à apprécier tant ce sont des resucées de ce qu’on a déjà entendu 100 fois.

Rohff fait du Rohff (en moins bien)

S’il y a bien une chose qui étonne à l’écoute de cet album, c’est que le niveau de Rohff décroit sensiblement d’albums en albums. Pas de grosse révolution au niveau des thèmes, mais l’idée bordant le morceau Français 2.0 est intéressante.

En terme de kickage pur, le premier morceau SNTL est bon, mais c’est à l’image de l’album, un grand fourre-tout : reverse, flow incohérent, chant horrible, cris de loups et cuts intempestifs se côtoient, s’entremêlent et finalement ce qui pouvait s’apprécier à la première écoute devient très vite indigeste à la longue.

Même en terme d’écriture, les phrases notables se font beaucoup plus rares, et beaucoup de morceaux s’apparentent plus à du kickage brut sans queue ni tête qu’à des morceaux véritablement construits. Ce n’est pas un problème en soi, mais ça le devient vite lorsque les rimes sont moyennes.

On aurait pu penser que Rohff, soucieux de soigner son retour et de proposer autre chose, allait peut-être aborder des thèmes un peu plus profonds, relatifs à ses problèmes avec la justice, le sentiment de boycott permanent, mais il n’en est rien.

Cadeaux de l’éternel sort du lot dans sa proposition mais les limites de Rohff s’y font vite ressentir. « Je dépose mon fils à la maternelle » tant de phrases sorties à la limite du déclaratif et sans vraie valeur ajoutée, donnent l’impression que le MC récite son planning de la journée sur un beat. J’ai passé l’âge et Testament II sonnent toutefois comme étant des exceptions dans un double-album beaucoup trop anecdotique.

Une maîtrise très limitée de l’autotune

Si beaucoup utilisent l’autotune comme un instrument musical, Rohff s’en sert lui comme un instrument de torture. Tout d’abord il faut noter l’omniprésence des refrains sur le projet, auxquels Rohff va très souvent greffer de l’autotune. L’horrible refrain de Persona non grata est un exemple parmi tant d’autres, on pourrait également citer Fille Bien, Cadeaux de l’éternel, Meurtrier ou Combien tu coutes. Et cela en devient même inquiétant puisque Rohff parvient la prouesse de chanter faux avec de l’autotune.

Pour répondre à la question que l’on soulevait avant la sortie de Surnaturel : Rohff a t-il sorti un classique ou a t-il exécuté sa carrière avec l’album Surnaturel ? Ni l’un ni l’autre, sa fanbase continuant à le soutenir malgré la faible qualité de l’album, Rohff est dans un entre-deux, par sur que ce soit bon signe cela dit.

Surnaturel est clairement un projet à oublier, la carrière de Rohff est de toute façon terminée, qualitativement bien entendu, pour le reste elle est à son apogée, en espérant que ça ne dure pas trop longtemps.

Tibbar
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Do you fools listen to music or do you just skim through it ?

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