Trippie Redd – Life’s a Trip

Critique

Après avoir sorti plusieurs mixtapes, Trippie Redd a franchi le cap du premier album. Analyse.

Un album plutôt décevant

Après avoir repoussé plusieurs fois la sortie de son premier album, Trippie Redd (dont on vous parlait ici) a finalement sorti Life’s a Trip, le 10 août 2018. Alors qu’initialement l’album devait contenir 26 musiques, le chanteur a changé d’avis pour faire un album au format plus classique : 14 titres, pour une durée totale de 46 minutes. Ces deux éléments témoignent d’une hésitation chez l’artiste, mais également d’une envie de bien faire. Ce qui laissait espérer de très bonnes choses pour ce premier album.

Il s’ouvre sur la musique « Together » dans laquelle Trippie prône l’unité, les humains étant plus forts ensemble. Le tout sur un fond de guitare. Cette intro fait remarquer plusieurs choses : le rappeur semble avoir pris en maturité, et se veut plus éclectique que dans ses mixtapes. Ce sentiment va se confirmer tout au long de l’album. La musique en question était déjà sortie avant l’album, sous le nom « Bigger than Satan », mais elle était passée assez inaperçue. Ensuite l’album prend directement une tournure plus pop avec Taking a walk et Wish, qui contiennent toutes deux un refrain assez catchy. Trippie prouve à quel point il est versatile, en lâchant la trap qui l’a fait connaître pour tester de nouvelles choses dans cet album.

Les deux sont excellentes, grâce aux talents de chanteur du jeune artiste mais aussi -et surtout- grâce aux prods de Scott Storch et Diplo. Là encore, on regrettera que les deux aient déjà été publiées avant la sortie de l’album. Sur Missing My Idols, qui devait être la partie 2 de Can You Rap Like Me, figurant sur sa mixtape « A Love Letter to you ». Il l’avait déjà teasée sur son compte Instagram en publiant une vidéo dans laquelle il la rappait, et l’avait également rappée pour son freestyle XXL Freshman. Ce qui avait d’ailleurs permis de créer un véritable engouement autour du son, tout en retirant l’aspect surprise au moment de le découvrir sur l’album. Et c’est bien ça le problème de ce projet : il est décevant car la moitié des musiques, c’est-à-dire 7, étaient déjà sorties avant la publication officielle de l’album.

Et ces 7 étant les meilleures de l’album (sauf exception), cela laissait peu de place aux bonnes surprises. Parmi celles-ci il y avait le puissant Dark Knight Dummo en featuring avec Travis Scott, qui fait office d’ovni dans l’album puisque c’est le seul qui sonne vraiment trap, avec des basses saturées. Trippie fait un refrain fortement similaire à celui qu’il avait déjà fait par le passé sur Fuck Love, dans l’album « 17 » de XXXTENTACION. Et même si ça en fait un refrain efficace, cela nous laisse une fois encore une impression de déjà-vu. Dark Knight Dummo est le hit du projet, le son était déjà sorti quelques mois avant, et avait même été clippé.

Ce n’est pas le seul feat de l’album, il y a également le très ennuyeux Forever Ever, sur lequel Young Thug, Reese LaFlare et Trippie Redd s’associent pour faire un peu d’égotrip et parler d’amour. Là où l’artiste fait fort, c’est sur des musiques comme Gore, il varie les flows, les intonations, passe du rap au chant. Il y a le profond How You Feel, dans lequel le jeune rappeur s’adresse directement à son grand frère décédé, et s’interroge sur ce que ce dernier ressentirait s’il était encore en vie, le tout sur un fond de guitare électrique. De plus, il lui dédit sa réussite dans Oomp’s Revenge. Mais il y a aussi et surtout l’outro de l’album, Underwater FlyZone, qui fait étrangement contraste avec l’intro du projet. Ici il n’appelle plus à l’unité, mais fait part longuement de sa solitude à la suite d’une désillusion amoureuse :

Try’na keep my composure

I don’t have anyone’s shoulder anymore, anymore

C’est l’un des moments forts de l’album, on se laisse facilement bercer par la guitare, la voix cassée de Trippie, et les émotions qu’il parvient à transmettre.

https://youtu.be/USqCnrymwHU

En conclusion, le projet est une petite déception car la moitié des musiques étaient déjà sorties avant, et dans l’autre moitié, du côté des inédites, peu sont marquantes. Il manque peut-être un ou deux hits dans cet album qui est un poil trop éloigné de la trap, mais tout cela n’en fait pas un mauvais premier album pour autant, surtout qu’il est bien produit. Disons que vu son talent et les espoirs placés en lui, Trippie peut et se doit de faire bien mieux.

Rotka
Life's a bitch and then you die

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