DA Uzi – Architecte

Critique

Avec Architecte, DA Uzi propose une version fade de Mexico, offrant par conséquent un album qui s’écoute, mais surtout qui s’oublie.

Passé et pochette

Janvier 2019, DA Uzi dévoilait Mexico, qui aurait pu prétendre au statut d’album par sa qualité. Mais il s’agissait bien d’une mixtape, permettant au rappeur de s’imposer comme l’un des plus prometteurs de sa génération, et créant des attentes élevées pour son premier album. Après avoir fait patienter son audience avec la série de freestyles WeLaRue, il a voulu franchir un cap avec Architecte, qui est sorti en ce mois d’avril 2020.

La très jolie cover est largement inspirée de l’Homme de Vitruve : il s’agit d’une oeuvre de Léonard de Vinci, censée représenter les proportions parfaites de l’humain, et sa place au centre de tout. Ici, le cercle est formé par l’entourage de DA Uzi, et le dessin est fait par un enfant, personnifiant l’innocence.

Très bon début

Architecte s’ouvre avec le puissant En +, au moyen d’un couplet unique, DA Uzi fait le point sur sa vie, de son passé de dealer à son présent de rappeur, tout en découpant parfaitement la prod d’Ovaground. Dans le second son, Style Haussmannien, le Sevranais continue d’explorer les thèmes du morceau précédent, mais en faisant ce qu’il fait de mieux : alterner entre introspection et kickage, le tout saupoudré d’un efficace refrain chanté. Pleine Lune contient le texte le plus technique de l’album, DA Uzi dépeint la vie de rue et son envie de réussir, à coups de multi syllabiques, d’assonances et autres allitérations.

Un casting vendeur mais décevant

Après une bonne entrée en la matière, le niveau de l’album chute, et celui-ci subit un passage à vide. Dans Crois-moi, le refrain de DA Uzi peut surprendre la première fois, vu que le rappeur part dans les aigus. Mais à force d’écoutes, l’auditeur s’y habitue vite, et le son devient appréciable grâce à ce refrain efficace. Cependant, Ninho fait du Ninho : il utilise son flow habituel, et rappe ses thématiques habituelles. Dorénavant, presque tous ses morceaux se ressemblent, et Crois-moi n’échappe pas à la règle : on a l’impression de l’avoir déjà entendu auparavant, le refrain entêtant ne suffit pas à en faire un bon son.

Ce problème de casting est récurrent au sein d’Architecte : tous les invités restent dans leur zone de confort, et ne contribuent pas à apporter de l’originalité à l’album, ce qui offre un goût de redondance et de déjà-vu, et surtout un manque de personnalité. Parmi toutes les associations, la seule qui sort vraiment du lot, qui octroie en qualité est Ni amour, ni amitié, avec l’excellent SCH. Et mention spéciale à F.L.P en featuring avec Alonzo, dans laquelle est deux artiste font preuve d’une alchimie remarquable.

DA Uzi aurait gagné à inviter plus d’artistes avec lesquels il n’a jamais collaboré. Le dire, en duo avec Maes, éprouve exactement les mêmes carences que le morceau avec Ninho : bon refrain, mais impression de déjà-vu, et donc la lassitude se manifeste au bout d’une seule écoute. Ces featurings sont stratégiques : ils vont permettre au projet de bien faire parler de lui. D’un point de vue commercial, c’est une franche réussite puisqu’Architecte s’est écoulé à plus de 9000 exemplaires en première semaine, soit un très beau score pour un rookie album. Mais d’un point de vue artistique, ces featurings sont beaucoup plus discutables.

Manque de diversité

L’aspect répétition n’est pas uniquement dû aux invités : DA Uzi aborde constamment les mêmes pensées, et de la même façon. Ce qu’il dit dans cet album a déjà été traité en long et en large dans Mexico. Le Sevranais ne prend que très peu de risques, et à l’image de ses invités, il sort peu de sa zone de confort.

Il le fait dans Soirées de Cités, une sorte de Wati By Night, version 2020. Comme son titre l’indique, DA Uzi revient sur les soirées qui ont lieu dans les cités, avec la violence qu’elles peuvent engendrer, le tout sur un rythme dansant. Un morceau facile d’accès, qui plaira sans doute aux plus jeunes. Il est bien meilleur que les autres sons dansants parsemés à travers le disque. Via Camila, le rappeur propose une chanson aux inspirations latines, expérimentation déjà faite (et en mieux) sur Mexico, avec Bonita.

Tout n’est pas foncièrement mauvais dans Architecte. L’outro Da Vinci (référence à la cover) est très calme, et introspective, il contraste bien avec les différents morceaux de l’album, tous plus survoltés les uns que les autres. Les effets de voix dans Tommy Shelby sont bons, et le single En Avance gagne en replay-value au fil des écoutes, il dénote du reste de l’album par sa production.

Loin des proportions parfaites

En faisant un projet très similaire à la mixtape Mexico, DA Uzi ouvre la porte aux comparaisons et à la redondance, principaux maux dont souffre Architecte. Et ce défaut de construction ne fait pas honneur au titre de l’album.

Rotka
Rotka
Life's a bitch and then you die

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