Seth Gueko – Mange tes morts

Critique

L’annonce d’un véritable dernier album sonne naturellement comme une fin de cycle. Bien entendu, il ne s’agit pas d’une interruption de carrière, mais tout simplement l’arrêt d’exploiter ce type de format. Miser là-dessus ne peut qu’attirer les auditeurs de rap, qui ont connu le concerné à ses débuts. Des stickers dans tout Paris, au premier projet en major, avec uniquement son nom dessus. Des clips indé à la participation d’un film sur les dessous de Phuket.

Rap Évolution 4 de Maxime Masgrau ©

Seth Gueko revient de loin et pas que du cerveau de Quentin Tarantino. Il a su malgré tout, s’accrocher à sa formule, en la faisant évoluer. Loin de toute finesse, mais avec une volonté qui force le respect. Vendu comme son ultime album, Mange tes morts est comme s’y méprendre aux précédents depuis 2004. C’est-à-dire qu’ils sont rarement mauvais et contiennent toujours quelques bons titres, pour que l’exploitation se passe dans de bonnes conditions. À chaque auditeur sa période préférée.

From Dusk till Dawn / Une Nuit En Enfer de Robert Rodriguez (1996)

La fin au micro

Ces dernières années, il ne s’est pas caché en interview pour indiquer, que le fond lui manquait dans la forme que prenait le rap français. Il en remet une couche sur Nouvelle gêne [Produit par Manny Way / Martinezz & Math Mayer]. Élevé à la East Coast et à ses techniciens, il n’hésite pas à revenir à la base, de manière parfois trop appuyée. MTM regorge de sonorités classiques comme contemporaines. Le titre principal est une référence cinématographique liée à la communauté des gens du voyage, chère à son auteur.

Mange Tes Morts : Tu Ne Diras Point de Jean-Charles Hue (2014)

Seth a souvent eu le bon timing quant au changement des styles, mais ses punchlines l’ont aussi desservies, car pas toujours adaptables. Ici aucune transformation à attendre de sa part, pour ceux qui ne l’apprécient pas. Si ce n’est qu’il met en avant sa foi, en distillant ici et là des images et quelques paroles bien fondées. Le petit nicolas version bête de foire, en profite aussi pour se positionner contre les bavures policières.

Il y avant tout de l’egotrip à foison comme sur Mara Salva [Ethan], pas désagréable, mais surtout conduit par un Gribs envoûté. Dans la même veine, Mange tes morts [FLOCKABOI] est meilleur, avec ses références bien de chez nous, comme Virginie Despentes et Jonathann Daval. Ses quelques solos font la différence. Notamment Témoin zéro avec le rappeur Maj Trafyk derrière la production, Last Album [Ethan, Math Mayer] où il prend position sur l’état sociopolitique français et Le tigre qui pleure [Ethan].

Il nous livre sur cette dernière piste, la relation qu’il entretient avec ses enfants, dont les dernières sont retournées contre sa volonté en Thaïlande. Une seconde partie du morceau qui nous prend par les sentiments et vient clôturer tristement l’album.

TATOUÉ DE LA TÊTE AU TIBIA

T’AURAS DE LA LECTURE À MON AUTOPSIE

Le son qui le précède est annonciateur de l’outro et naturellement en compagnie de Stos (Succession). Un jeune artiste en développement, mais qui compte déjà un projet commun avec son père : je ne suis pas homophobe, j’ai un fils qui fait de la zumba dit-il dans Last Poètes [Lofty].

Pas certifié par la SNEP

La phase précédente donne une idée de ce qu’on peut attendre de la part de son rejeton. Cette réunion familiale ressort quand même assez bancale. À leurs côtés, un Kanoé de par son âge, pourrait éventuellement faire partie des Salvadori et le démontre sur Gaine-dé [VNK Production]. Le rappeur du XIXe est rempli de bonne volonté et le prouve en tenant la dragée haute au paternel de Djibril.

Zdedededex a l’avantage de profiter d’un certain succès d’estime, sans pour autant obtenir des certifications. Pour ce faire, il a fait appel comme à son habitude, aux rappeurs qui sont sous la lumière. On retiendra entre autres les noms de Da Uzi, Lefa (Feu en l’air présenté comme une inspiration du Wu-Tang) et Benjamin Epps.

Après l’avoir validé l’année dernière, lors de la promo de son second EP, la collaboration ne pouvait qu’arriver. À priori, on aurait pu croire à une confusion d’Eppsito, avec la distribution composée de Jean Gabin et Louis De Funès. Le gabonais démontre une fois de plus, sa connaissance du cinéma français : je roule avec Le Tatoué, ce n’est pas Fernandel. Quand son hôte, peut placer un long-métrage avec Judith Godrèche sur King Barlou [Mousta On Da Track]. D’ailleurs, le morceau bénéficie d’un refrain efficace, ce qui reste le seul intérêt de cette piste.

Raphaël Le Tatoué de Christian-Jaque (1939)
Le Tatoué de Denys de La Patellière (1968)

 

 

 

 

 

 

 

La mort comme thème peut donner des titres corrects, mais la magie ne se produit pas toujours. C’est le cas avec Youssoupha (Meurs tout bas) sur une instrumentale sans originalité. Les Val d’Oisiens affichent malgré tout, une santé stable au micro sans être exceptionnels. 

QU’EST-CE QUE ÇA PEUT TE FOUTRE

SI J’APPRÉCIE KOPP ?

Chtiliben [Ekynoxxx, Akim Beats] est bien trop passable pour qu’on s’y attarde, outre l’habileté au refrain et la mention de B2O. Une façon de mettre fin à leurs différends survenus par le passé. Ce qui nous amène à l’un des matelots de la Piraterie Music : Dala (Krakoussa), que Seth côtoyait avant sa signature officielle. En plus de partager le même manager [Vincent Portois], leur nouveau feat donne droit à une performance juste de chacun.

Condisciples du Nord au Sud

Dans dix ans, lorsqu’on réécoutera cet album, on pourra le placer dans l’ère revival que l’on traverse actuellement avec certains rappeurs. Gueko en fait évidemment partie, il possède le background nécessaire et aurait pu emmener Souffrance (Nouvelle gêne) dans quelque chose de plus chargé dans la production. Il se contente de peu, ce n’est pas mauvais, mais fait part d’une certaine fainéantise. Le sujet est donné dans le refrain, scratché et tiré de Rocca sur Le Hip-Hop Mon Royaume.

Maj Trafyk revient par deux fois sur Dernier Mojito feat. Le Rat & Kofs et Morts sous la même étoile. Un titre inspiré, qui se clôture par un discours. En moins d’un mois, on se retrouve avec deux rappeurs de la même génération, qui ont eu la bonne idée de détourner un extrait de L’école du Micro D’argent. Luciano nous balance un couplet en toute aisance, comme s’il avait des sorties fréquentes depuis son unique album. Il revendique venir d’en bas et que de ce fait, son parcours équivaut à celui de Koba La D. Foued Nabba mentionne l’utilisation du flow de Guex, ce qui au final est une bonne idée et en place une pour l’acteur principal de Bac Nord, film auquel il a participé.

Le producteur continue sa fournée de violons, avec deux membres issus de leurs groupes respectifs, qui comptent parmi les plus influents de ce pays. Une petite intervention de Sat tout de même, sûrement causée par la longue absence au micro. Akhenaton toujours à son prime du haut de ses cinquante-trois ans sur ce genre d’instru. Les quatre marseillais nous offrent le double visage d’une même ville. Heureusement que l’artiste principal n’est pas en reste.

He’s Alive

C’est moins le cas sur Byzance [Freaky Joe] en compagnie de Caballero et Jeanjass. Pourtant, c’est l’ambiance rêvée pour mixer les générations, JJ se contente d’apparaître au refrain et laisse les couplets aux barbues. La piste permet d’aérer la fin de l’album. Celui-ci a beau contenir vingt titres, le ressenti n’est pas si désagréable.

La médiatisation française du Roi Heenok et l’estime du rap hexagonal envers lui, restent une énigme. Il a le chic d’apparaître là où on ne l’attend pas forcément. Cali Cali est un hommage au titre de Notorious B.I.G (Going back to Cali), aussi décalé que cela puisse paraître, le roi est utile. C’est peut-être la combinaison dans l’univers de SG, qui sonne la plus logique, additionné à la sirène envoûtante de DJ Weedim. Une proposition avec trois voix, dont celle de Jason Voriz, aussi atypiques que le flow de chacun. C’est ce genre d’initiative qui aurait dû être plus nombreuse pour ce chant du cygne. L’agression verbale avec Tovaritch s’inscrit sur la liste des bonnes idées ; bêtes et méchantes.

Tel le Covid et les sujets qui en découlent depuis deux ans, les événements mondiaux ne cessent de nourrir les textes des rappeurs. Certains couplets de Gueko paraissent avoir été écrits lors du confinement. Actuellement, c’est le possible conflit mondial ou l’arsenal russe (7.62).

Perte d’appétit

Une sortie d’album moins convenue que le départ, sans être inédite, mais avec des choix plus marquants à l’oreille. Au final, Seth Gueko a voulu repartir au classique, sans délaisser la tendance, mais il n’arrive pas toujours à mixer les deux, sans que ça ne paraisse pas inefficace. Ce projet démontre qu’il en a encore sous le pied. Encore faut-il être canalisé ou bien accompagné. L’avenir nous dira, s’il était nécessaire d’aborder cette sortie, comme la dernière d’une longue carrière. 

Toutes ces remarques sont liées à l’au revoir de l’artiste, bien qu’il n’ai pas intrinsèquement changé durant ces années d’activités. Il a traversé les époques en s’adaptant plus d’une fois. Hits Alive, encore présent, fait partie des rencontres bénéfiques dans sa carrière. Son style reste le même et des rappeurs comme lui, se doivent d’exister, par leur singularité. Qu’il soit apprécié de tous ou de quelques loubards à sa juste valeur.

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