DA Uzi – Mexico

Critique

Nouveau venu sur l’échiquier du rap jeu français, DA Uzi nous dévoile sa dernière mixtape Mexico et nous fait enfin plonger dans son univers introspectif et résolument street, après avoir préparé le terrain avec sa série de freestyles « La D en personne ».

Mixtape ou album ?

À l’heure où les structures projets rap tendent à sortir des carcans établis, difficile parfois de différencier les formats mixtape et album sans le tampon apposé par l’artiste ou sa maison de disque. Signé chez Rec.118 depuis fin 2017, le rappeur sevranais avait annoncé Mexico comme une mixtape.

À l’écoute, le projet est bien construit, oscille entre différentes ambiances et atmosphères, comporte très peu d’invités (seulement 3 pour 18 titres) et s’octroie même une inévitable zumba (du moins efficace) avec « Bonita ». Une réelle consistence, tant sur l’écriture que sur la production, nous pousse à nous questionner : DA Uzi n’aurait-il pas transformé l’essai et réussi à convertir sa mixtape en album ?

Un univers street et introspectif

Entre violence, trafics, trahison et désir de réussite, les thèmes abordés sur Mexico font partie des standards du genre. Pas de réelles découvertes de ce côté donc, la force du projet résidant plutôt dans l’habileté du rappeur à narrer ses aventures. Envolées fatalistes et pleines de désillusion sur « Dans la Tour », peinture réaliste de la vie de rue sur le titre éponyme « Mexico » et introspection sur « La vraie vie » ou « Vrai 2 Vrai », DA Uzi nous emmène facilement dans son monde.

Le MC a la grinta, nous montre sa capacité à kicker et nous offre de phases incroyables comme sur « Wey wey wey » et « Les ténèbres ». La recette est bien pensée et la magie prends sur des morceaux comme « Vision » ou le très bon « Revanche », dans lesquels l’artiste explore la réussite matérielle et son souhait d’une vie meilleure pour lui et les siens. On y découvre également des flows plus élastiques et volontiers plus chantants, avec une mention spéciale pour le bridge sur « Revanche ».

Des invités rares mais efficaces

C’est avec le single « Entre les murs » que DA Uzi a entamé la promotion de ce projet, en compagnie de Ninho. Le morceau (qui bénéficie d’un clip) nous gratifie d’un Ninho en pleine forme, narrateur d’une vie faite d’illégal et d’expérience carcérale, dans une décontraction froide et désabusée. Le rappeur du 91/77 fait son job et assoit un peu plus sa place de taulier du rap jeu.

Sur « La loi du talion », on retrouve un Sadek kickeur, variant de flow au grès du vent, voguant entre références aux drogues, au football ou encore à la prostitution. C’est enfin sur le très calme « D’une autre manière » qu’on retrouve le dernier invité, en la personne de Kaaris. K double A nous livre une prestation honorable, néanmoins courte et peu consistante. On notera notamment les quatre (très bonnes) premières mesures, dont la qualité n’est malheureusement pas réitérée sur le reste du couplet.

C’est donc un projet réussi et cohérent que le rappeur nous présente en ce début janvier. On regrettera peut-être le manque de prise de risque sur le choix des thèmes mais la qualité des productions et la rigueur de DA Uzi nous font oublier ces écueils. On souhaite au nouvel étendard de Sevran d’entrer dans la postérité et de porter haut les couleurs de sa ville aux côtés du 13 Block, de Kalash Criminel ou encore de Maes.

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