Damso – Lithopédion

Critique

3 albums en 3 ans, Damso tient une cadence soutenue assez rare dans le rap français mainstream. Son dernier album, sorti en 2018 se nomme Lithopédion.

On s’était quitté avec le morceau Une âme pour deux sur le précédent album Ipséité. Un docteur expliquait dans l’outro du dernier morceau d’Ipséité qu’il comptait garder Damso en observation. Le premier morceau de Lithopédion, Introduction (Damso / Lithopédion) reprend ce même court extrait en intro, suivi du couplet de Damso.

Froid, rageur et tempétueux, ce morceau est aux antipodes de tout ce que Damso a pu créer auparavant. Les intonations gueulardes et pleines d’amplitude, juxtaposées à un flow carré et haché rendent son delivering particulièrement savoureux, lui qui nous avait habitué à un ton de voix plutôt posé. Cela surprend à la première écoute et agréablement. On regrettera d’ailleurs que ce morceau soit trop court, Damso évoquant notamment le racisme et l’africanité.

Un album très inégal

Le problème principal de cet album est son instabilité. Dès qu’une bonne idée surgit, il y en a tout de suite une autre, mauvaise, pour recalibrer. L’enchainement Introduction/Festival de rêves/Baltringue/Julien/Silence/Feu de bois/Même issue/Smog est assez criant à ce niveau là. Chaque bon morceau est suivi d’un mauvais morceau, un peu comme si Damso refusait de livrer son vrai potentiel et se contentait de nous laisser entrevoir des bribes de son niveau.

Festival de rêves est un morceau facile, chantonné de façon limite nasillarde et peu agréable à l’oreille. Les mesures sont raccourcies à l’extrême et Damso ne prend même plus la peine de faire des phrases, c’est un amoncellement de mots sans grand sens. Mais apparemment Damso semble avoir une toute autre opinion de ce morceau puisqu’il a expliqué en interview que c’était le morceau le plus difficile à réaliser de toute sa carrière. Il va encore plus loin en affirmant qu’en fait, le morceau peut être lu dans les deux sens. A trop privilégier l’aspect conceptuel, Damso en arrive à des complexités inutiles et ridicules, d’autant plus que c’est très précisément cet effet de style bidon qui fait que le texte est aussi mauvais.

Bien entendu, qui dit album de Damso, dit tentative de créer le dégoût en abordant un sujet tabou, comme il a pu le faire sur Ipséité (voir la chronique d’Ipséité). C’était l’inceste dans le dernier morceau d’Ipséité, ici ce sera la pédophilie avec le morceau Julien. Dans ce morceau particulièrement mal produit et paresseux dans la forme, Damso y dépeint la pédophilie et tente une explication plutôt qu’un jugement.

La qualité reste présente

Baltringue est une totale réussite. Morceau symbolisé par sa dualité (première partie chantée, seconde partie rappée, divisé en 2 instrumentales), le talent de Damso y transparait de la manière la plus évidente. Le chant est bien géré, les sonorités qu’il apporte changent la donne du morceau, contrairement à la majorité des sons chantés de l’album qui sont monocordes et téléphonés. Ici, le refrain est catchy au possible et le niveau des paroles n’est pas abaissé par le chant.

L’album se clôt par William, morceau le plus introspectif de l’album. L’instrumental est volontairement minimaliste, afin de laisser pleine place aux propos de Damso. Encore une fois, le problème est que le morceau est beaucoup trop court. « Ça devient difficile même d’en parler donc je vais plus trop parler » se justifie Damso dans le morceau. Le rappeur belge se confie sur un thème qu’il n’aborde que très peu : l’amour. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ce morceau est très intéressant, il va aux antipodes de tous les propos que Damso tient à l’endroit des femmes dans ses morceaux et de l’image de baiseur insensible qu’il veut renvoyer. Il y aborde également son bilan des dernières années : son succès, ce qui a changé…

Lithopédion est un album avec ses moments forts et ses moments faibles. Et si les refrains  réussis (Aux paradis), les mélodies charmeuses (Feu de bois) et les douces comptines (Silence) existent, elles sont contrebalancées par des morceaux poubelles qui cassent le rythme de l’album et qui forment un fourre-tout sans grande valeur ajoutée (Même issue, NMI, Tard la night, 60 années). Lithopédion aurait sans doute gagné à être beaucoup plus court en réduisant les tracks jetables et beaucoup plus long dans le format des tracks de qualité.

Dommage car cet album possède indéniablement de grandes qualités, mais pas celle de la compacité.

Tibbar
Do you fools listen to music or do you just skim through it ?

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