Lous and the Yakuza – Gore

Critique

Lous and the Yakuza extériorise une poésie convaincante et communicative à travers son premier album. 

Signée en 2018 chez Columbia Records par l’intermédiaire de Sony Music France, Lous and the Yakuza se fait remarquer depuis plus d’un an. Le 19 septembre 2019, la Bruxelloise dévoile Dilemme, le premier single de son projet Gore. S’en est suivi un enchaînement de potentiels tubes: Bon acteur, Solo ou encore Amigo. Deux ans après la signature, sa première réelle ébauche voit le jour, c’est à travers Gore que Lous fait découvrir sa musicalité originale et transmet des messages forts. Le tout sur fond de mélodies entêtantes afin de s’inscrire dans le paysage musical francophone.

Inspirée par la nuit, Marie-Pierra, de son prénom, fait dans la prose nocturne pour créer son propre univers. Le projet est un tableau musical aux couleurs sombres, mais à l’atmosphère légère. Paradoxalement les mélodies de Lous rythment un discours dénonciateur de sujets d’actualité tels que la réussite, l’appréhension de l‘autre, ou encore et surtout l’amour. Lous and the Yakuza véhicule ses ressentis et ses craintes dans des morceaux comme Quatre heures du matin.

Gore est un ascenseur émotionnel, musicalement entraînant.

Un personnage pluriel

Dès l’entame du projet, Lous nous plonge dans une conversation qu’elle tient avec elle-même. Elle apprend à se connaître, à se comprendre. Dans Dilemme, on découvre une femme qui s’affirme musicalement, mais qui s’interroge humainement. Par ailleurs, le morceau a été remixé avec les artistes italiens Tha Supreme et Mara Sattei.

« Lous es-tu sereine ou fais-tu juste la guerre ?

Tu n’es pas parfaite, ton erreur reste humaine »

Dilemme, Lous and the Yakuza

Le rêve idyllique de Lous est loin de ce quotidien où bonnes nouvelles riment avec désillusions et déceptions. Dans cette routine, la musique permet à l’artiste de s’évader, sans savoir si cela lui sera bénéfique. La mélodie peut la bercer comme elle peut la ronger.

Au début du morceau Dans la hess, Marie-Pierra modifie sa voix pour entraîner l’auditeur dans cette multiplicité. Elle se dédouble artistiquement, et ce sont les ad-libs qui transportent, subjuguent et motivent.

La légèreté du morceau et sa dynamique sont telles que Lous and the Yakuza donne l’impression de se conseiller sur son propre avenir. Elle est dans la tourmente, mais ce n’est pas la seule puisque le « monde part en fumée » d’après elle. Elle n’en oublie pas son objectif principal: « faire ses billets et aller de l’avant ». Cependant l’argent ne fait pas le bonheur, et en gagner n’empêchera peut-être pas Lous de fuir ses angoisses et ses appréhensions.

Dans Amigo, le dernier extrait de l’album, Lous démontre son aisance technique et prévient le public des démons qui rôdent. Ils sont derrière nous, et chacun d’entre nous en possède. À travers cette allégorie, la chanteuse veut faire prendre conscience au public que « l’enfer c’est les autres », elle l’affirmera d’ailleurs dans une interview. Autrui n’apporte rien d’autre que des problèmes et pousse au vice: c’est un véritable message d’alerte que Lous and the Yakuza souhaite transmettre. Il faut savoir appréhender l’autre, et elle l’a bien compris.

Pas que des amigos

L’amour est le premier sentiment que l’on nourrit (ou non) envers quelqu’un, il s’agit du thème principal cette première ébauche de Lous.

La musique berce le quotidien de la jeune Belge depuis bien des années maintenant. C’est une manière de communiquer et d’extérioriser. Celui qu’on aime doit être sincère et honnête, en aucun cas il ne doit être un bon acteur.

Pourtant, dans le morceau du même nom, Lous confie que mensonges et trahisons faisaient partie intégrante de ses relations amoureuses passées. Si ce qu’elle retranscrit artistiquement est véridique, on imagine une femme touchée qui diffuse sa haine dans une ambiance solennelle, mais sans vraiment utiliser de mots crus, toujours avec poésie. C’est la mélancolie qui parle, elle s’adresse à la peine. Il y a pourtant des mélancolies que l’on juge insignifiantes face à certaines tragédies.

Du vécu à revendre

Lous a vécu à la rue 6 mois durant. Elle connaît le besoin et le scande elle-même. Elle explique avoir fait des choses pour survivre dont elle n’était pas fière. Dans le morceau Courant d’air, elle s’adresse directement à un enfant dans l’optique qu’il prenne conscience d’une certaine réalité: la prostitution. Marie-Pierra est une femme avant d’être une artiste; et quand il ne lui restait plus rien, elle réfléchissait à l’option d’offrir son corps pour de l’argent. Elle s’est finalement abstenue, mais elle chante ce sujet avec une facilité déconcertante. C’est probablement à son futur fils qu’elle présente une profession où les dérives sont inévitables. Des années plus tard, les portes du succès s’ouvrent à elle. L’avant-célébrité a été rythmée par des désillusions et des difficultés. C’est un des thèmes récurrents de ce projet.

Le public doit comprendre avec des morceaux comme Dans la hess, que les épreuves qu’a traversées Lous au cours de son existence l’ont forgée. On y retrouve une vraie influence musicale d’El Guincho, le producteur espagnol qui accompagne Lous sur la totalité des tracks de l’album. Un clap fréquent tiré de l’influence latino rythme une musicalité originale.

C’est ce genre d’ajustements qui font ressentir la vraie influence du musicien des Canaris. En compagnie de Ponko, beatmaker de renom, et Krisy (De La Fuentes), un autre producteur bruxellois de talent, Lous donne naissance à une ambiance musicale intéressante, mais peut-être pas suffisante pour faire de son projet un album marquant. Lous s’est trouvée artistiquement, il ne lui reste plus qu’à peaufiner et diversifier son style.

Et dans Messes Basses, c’est justement Krisy qui vient poser sa voix sur les ad-libs des couplets, prolongeant une dualité, mais aussi apportant une continuité musicale intéressante se mélangeant parfaitement au timbre de voix de Lous.

Réussite pour obtenir la reconnaissance

Lous a des messages à dire, elle fait comprendre au grand public que le succès ne lui fait pas peur et qu’elle le mérite. L’interprète montre qu’elle a confiance en elle, et en son travail. Son but est de faire de l’argent, il fait partie intégrante de l’idéal de succès que se fixe la jeune artiste.

Sur l’instru trap au BPM rapide de Tout est gore, Lous explique qu’elle est consciente de la difficulté de l’ascension:

« Je le sens depuis un petit temps (ouh)

Gravir les échelons, ça prend du temps (ouh) »

Noire et fière

Peu importe la manière dont elle va réussir, Lous est persuadée d’avoir les capacités pour. Et elle emportera un drapeau noir qu’elle fera flotter dans l’air comme un étendard symbolisant la fierté d’être noire de peau.

L’artiste a eu une enfance difficile. Elle a dû faire face très tôt au génocide rwandais, sa famille a dû fuir vers la Belgique. Ainsi, c’est comme symbole qu’elle promeut sa couleur de peau.

« Pourquoi le noir n’est-il pas une couleur

de l’arc-en-ciel ? »

Solo, Lous and the Yakuza

Ce projet coloré est une réussite. Gore retranscrit parfaitement la personnalité de Lous and the Yakuza dans un univers musical riche qui lui correspond. On lui reprochera cependant sa courte durée (29mn), couplée à des couplets tous aussi courts, qui donnent envie d’en entendre plus. Et il se trouve que Gore est justement une première ébauche encourageante pour la suite. Le futur s’annonce brillant pour Lous.

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