Schoolboy Q – CrasH Talk

Critique

Un peu moins de 3 ans après la sortie de son Blank Face LP, disque considéré comme le plus abouti de sa carrière et ayant eu le plus grand succès critique, Schoolboy Q revient avec CrasH Talk, qui déçoit en de nombreux points et nous laisse confus sur les intentions de l’artiste.

Une chose nous frappe avant même d’avoir lancé une première écoute de l’album : le choix des featurings. Quand Blank Face proposait un casting très californien avec Vince Staples, E-40, Tha Dogg Pound, Anderson Paak ou encore les très locaux TF et Traffic sur Tookie Knows II, ce nouvel album affiche clairement d’autres ambitions et passe du «local» au «global» avec les apparitions successives d’artistes comme Travis Scott, 6Lack, Ty Dolla Sign, ou encore Lil Baby, tout un tas de noms « à featuring » que l’on a pu fréquemment retrouver dans les charts du Billboard ces derniers mois.

L’album le plus convenu de TDE à ce jour ?

On pourrait alors se dire que, dans la lignée du DAMN de Kendrick Lamar, son confrère de Black Hippy, Schoolboy Q souhaite entrer dans une nouvelle dimension et conquérir encore un autre public. Pourtant à l’écoute du projet on peine à déceler un potentiel tube. C’était assurément l’ambition de Chopstix avec un Travis Scott qui bouffe et parasite une nouvelle fois un featuring, pour un morceau très convenu qui n’atteint pas le succès espéré jusqu’à présent.

Pourtant si l’on regarde un peu dans le rétroviseur on s’aperçoit que sur ses précédents opus, Schoolboy Q tenait des tubes beaucoup moins forcés mais qui étaient surtout de très bons morceaux : on pense à Collard Greens avec Kendrick Lamar, à Man of the Year sur Oxymoron ou à THat Part en 2016 avec Kanye West.

Le problème principal avec cette direction et ces choix d’invités demeure que l’album manque cruellement de personnalité, pour aller plus loin que la discographie du rappeur on pourrait même dire que c’est peut-être le disque le plus fade sorti à ce jour chez TDE. Mais certainement pas le plus mauvais non plus.

Schoolboy Q reste un rappeur qui n’a plus à faire ses preuves et quelqu’un capable de tenir aisément ses couplets, souvent trop courts, intercalés entre un refrain de 6lack et un autre de Ty Dolla Sign. Certes il y a des ratés et plus particulièrement dans les singles comme ce Numb Numb Juice, morceau de 1’47min qui laisse franchement indifférent, ou le dernier en date CrasH où l’on croit presque entendre ASAP Rocky qui se retrouverait sur un remix de «Boom» de Royce da 59′.

Un dernier titre en forme de consécration

On pourra toutefois se satisfaire d’entendre des morceaux comme Dangerous sur une parfaite instrumentation avec Kid Cudi, ou encore Tales ou Drunk où le rappeur fait preuve de plus de profondeur. Sur la plupart de ces pistes que l’on qualifiera de « réussies », Schoolboy Q se balance entre nous partager ses réminiscences de Drug Dealer et nous confier ses propres addictions. Des passages qui trouvent une forte résonance après le décès de son grand ami Mac Miller il y a quelques mois d’une overdose.

Enfin quant à la production elle est plutôt à la hauteur quoiqu’un peu décevante au vu d’un casting qui regroupe Dj Dahi, Cardo, Sounwave ou Boi-1da. Les productions font simplement leur travail pour une direction qui alterne entre banger Trap et morceaux plus instrumentalisés où l’on retrouve un groove qui nous rappelle certains titres de Blank Face.

Après tout, Schoolboy Q ne cite pas Alchemist comme son producteur favori pour rien sur un dernier morceau « Attention » qui fait office de conclusion « avec les honneurs » puisque Schoolboy Q mentionne tous les artistes desquels il se sent grandi d’avoir reçu les louanges (Jay-Z, Nas, Dr Dre….) avant de namedropper des noms plus confidentiels qui lui rappellent plutôt sa première vie dans les rues de Los Angeles…

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