Alpha Wann – UMLA

Critique

Gamechanger.

Premier album d’Alpha Wann, UMLA (Une Main Lave l’Autre) surprend par sa maitrise.

L’évolution d’Alpha Wann

Il est loin le temps où Alpha Wann était un MC chétif avec des rimes ultra cramées et un flow approximatif. UMLA est un album maitrisé de A à Z et chose étonnante, Alpha Wann a trouvé son style, un peu comme Jazzy Bazz avec l’album Nuit.

Ce n’était pas chose acquise, à l’époque. Alpha Wann n’était qu’un rappeur interchangeable parmi d’autres, au style et aux rimes indifférenciés. La faute à 1995/L’Entourage, sorte de superstructure où pendant un moment, les MCs donnaient l’impression d’être interchangeables, tant ils semblaient avoir été formés dans le même bloc, un peu à la manière des Cells Junior.

Il semble même en être conscient puisqu’il précise dès l’intro de Starsky et Hutch : « Eh, j’ai passé trop d’temps à travailler un style incroyable pour l’partager avec n’importe qui comme ça ». Il l’évoque aussi dans le morceau Cascade. L’évolution la plus flagrante est au niveau du flow, on sent une vraie prise en confiance d’Alpha Wann sur le sujet, le flow est beaucoup moins monocorde qu’à ses débuts et plus audacieux, Alpha jongle avec les mots, ralentit le rythme, l’accélère… Il n’est plus question de courir derrière l’instrumental mais de lui imposer son rythme et sa cadence.

Une puissante technique

Lyricalement parlant, UMLA est loin devant tout ce qui s’est fait cette année.

Le piège avec la technicité dans le rap, c’est que la technique est souvent privilégiée à l’intelligibilité, ce qui donne souvent des résultats très bons techniquement mais dénués de sens. Il est très difficile de parvenir à donner du sens à un texte technique. Pourtant, Alpha Wann y parvient facilement.

Et pourtant, il ne s’est pas facilité la tâche : multisyllabiques, homophones, schémas de rimes, allitérations, Alpha Wann soigne ses rimes et ça s’entend. Ça ne s’arrête pas là puisque la technique est au rendez-vous, le fond aussi, mais ça punche également, les phrases chocs et punchlines ne sont pas délaissées, au contraire.

La violente introduction d’UMLA, LE PIÈGE, en est le parfait exemple. Porté par une production sombre et millimétrée, Alpha démontre l’étendue de son talent en entremêlant technique, punchlines et cohérence :

« Dis à la France que tout se paye, ce pays est en stagnation
Ici, c’est racisme et vente d’armes, des clodos à chaque station
Tu l’appelles Mère Patrie, j’l’appelle Dame Nation »


« Avec le shit, j’étais vite fait perché
Les sniffeurs cherchent leur paradis blanc comme Michel Berger
Les dealers ont des avalanches dans les poches, maintenant
Le client veut plus spliffer l’amnes’ mais sniffer la neige »


« J’passe les détecteurs, discret comme un détective
Quand j’applique le régime, les haters font d’la diététique »


« J’ai baisé des ‘tasses, gaspillé l’biff’
J’suis devant les portes du succès, passe moi l’pied de biche »

 

Devenu ce qu’il aurait dû être

Alpha Wann multiplie les références bien senties et amène de la conceptualité à ses morceaux. Ça va ensemble, morceau de 7 minutes, montre les choses qui vont ensemble ou non, le génie de l’écriture en plus. Olive & Tom, est un dialogue qu’on pourrait même considérer comme un storytelling, les outros/extraits qu’Alpha dispense régulièrement sur les morceaux de l’album ajoutent un peu plus une patte singulière au projet. Les idées débordent dans UMLA, comme avec le morceau Pour Celles, où Alpha abandonne son ego (et son egotrip) et y décrit avec une honnêteté radicale la liste de ses échecs avec les filles.

La touche la plus introspective est atteinte avec le morceau éponyme Une Main Lave l’Autre.

Morceau le plus intimiste de l’album, Alpha commence par retracer son parcours de manière chronologique : arrivée en France, adolescence, amis, 1995. Il dérive ensuite sur ses relations amoureuses et explique de manière classique, la façon avec laquelle son ex a laissé une empreinte ineffaçable dans son cœur. C’est lors du dernier couplet qu’Alpha devient beaucoup plus intimiste, laissant entrevoir qu’il a finalement une assez faible estime de lui-même, estimant qu’il a lui-même flingué sa vie, qu’il est la honte de sa famille et se qualifiant de loser.

Finalement, la seule pierre angulaire de la vie d’Alpha Wann reste le rap. Tant mieux pour nous.

Tibbar
Tibbar
Do you fools listen to music or do you just skim through it ?

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