Anderson .Paak – Ventura

Critique

Ne cherchez plus, voici l'album de l'été.

Quatre ans après avoir été découvert par le public Rap sur Compton, le troisième album de Dr Dre (où il fut largement mis en avant et put donner de sa voix comme il le voulait), trois ans après son premier solo Malibu où il inaugurait son R’nB’ ensoleillé, empruntant au Funk et à la Soul traditionnels, six mois à peine après avoir délivré son « chef d’œuvre » Oxnard qui ne récolta pas l’accueil mérité, Anderson Paak est déjà de retour.

Avec les premières éclaircies de ce mois d’avril et le retour des beaux jours, on peut dire que le troisième effort du prodige californien, désormais signé chez Aftermath et managé par le Docteur en personne, tombe à pic. Pour Ventura, Anderson Paak a adopté une stratégie totalement inverse à celle qui, avec Oxnard teasé pendant des années en grandes pompes et plusieurs fois repoussé, l’a mené à l’échec commercial et à la déception critique. En effet, Oxnard était en soi un très bel album, fruit du travail d’arrache-pied et de la passion qu’ont dû y mettre Anderson Paak et son équipe pendant trois ans. Toutefois, après un teasing assez monstrueux (et conséquent à la signature de l’artiste chez Aftermath, d’autant qu’il était vu depuis sa participation à Compton comme le nouveau « poulain » de Dr Dre, une réputation forcément lourde à porter quand on passe après Eminem, The Game ou Kendrick Lamar) et une interminable série d’annonces, le projet était condamné d’avance à décevoir, la faute à une attente démesurée du public qui n’a fait qu’être entretenue par le retard d’Anderson Paak ; dans l’industrie musicale, c’est une erreur fatale qui ne pardonne pas (comme nous l’avons analysé pour Joke/Ateyaba et son album Ultraviolet).

Résultat des courses, Oxnard malgré son ambition et ses qualités intrinsèques n’a pas su marquer l’auditoire (il faut dire qu’il sortait aussi au mauvais moment, à la fin de l’année 2018 qui avait déjà été marquée par de nombreux blockbusters en Rap US). C’est avec finalement toutes ces erreurs et fautes de parcours en tête qu’Anderson Paak, loin de se résigner, a lâché Ventura le 12 avril dernier, en déclarant ne pas vouloir autant faire patienter ses fans cette fois. Chose promise, chose faite, c’est déjà une grande qualité que l’on peut attribuer à l’album.

Qui dit retour du Soleil dit saison des amours, c’est pourquoi ce troisième album semble être envisagé dans son entièreté comme un hommage aux femmes et aux relations qui ont rythmé la vie d’Anderson Paak. Débordant littéralement d’ondes positives et amoureuses, les 11 titres de Ventura redonnent instantanément le sourire à l’auditeur et ont de fortes chances de raviver chez chacun d’entre nous les souvenirs de relations passées. Joie, Paix, Amour ; ce sont les trois ingrédients simples et incontournables qui ponctuent Ventura. Un bien joli programme donc, auquel Anderson Paak va apporter tout son savoir-faire et son aisance mélodique.

Extrêmement doux, chaleureux et coloré, l’album va brasser en l’espace de 39 minutes les genres musicaux dont Anderson Paak s’inspire depuis toujours : le Funk, la Soul, le R’nB’ et le Hip-Hop. Le single King James, fleurant bon les après-midis ensoleillés à Venice Beach, se révèle ainsi être un petit bijou funky avec ses trompettes et ses sifflets en arrière-plan. Le titre Make it Better, quant à lui, convie la légende de la Soul Smokey Robinson (chanteur culte du label Motown ayant collaboré entre autres avec Marvin Gaye, les Temptations, Stevie Wonder ou Michael Jackson), pour une irrésistible chanson d’amour en mode crooner qui fera pousser des ailes à l’auditeur. On peut également évoquer l’introduction Come Home, qui est une surprenante et délicieuse fusion Rap-Soul, avec le couplet explosif d‘André 3000 en seconde partie du morceau.

Vous l’aurez compris, tout s’accorde à merveille dans Ventura et le disque ne fait que gagner en intérêt et en plaisir d’écoute au fur et à mesure qu’on s’y attarde et qu’on se laisse prendre par le groove et la voix chaleureuse d’Anderson Paak, qui maîtrise ses apparitions de bout en bout, gagne en charisme et se diversifie constamment ; on peut l’entendre tantôt chanter, tantôt susurrer dans les ballades amoureuses, tantôt rapper sur des titres plus énergiques comme Yada Yada ou Jet Black (avec la chanteuse Brandy), toujours avec émotion, sincérité et efficacité.

En plus d’être une formidable bande-son qui rythmera votre été, vos soirées barbecues et vos rencarts amoureux, Ventura est un album d’Anderson Paak très réussi, généreux, inventif et toujours constant, qui parvient à synthétiser toutes les influences et facettes de son auteur ; ce qui nous fait presque oublier le petit bémol du disque qu’est cette résurrection de Nate Dogg sur le dernier morceau, ça commence à devenir assez agaçant cette mode dans le Hip-Hop US.

Comme quoi la spontanéité a souvent du bon en musique, n’est pas Dr Dre qui veut.

MattMartians
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