BEN plg – Parcours accidenté

Critique

En règle générale, le premier album est une rampe de lancement qui s’appuie sur l’existence de l’artiste. Ce qui l’a emmené à passer de la plume au micro. Le second album, c’est l’expérience acquise grâce au premier, avec la volonté d’explorer d’autres horizons en allégeant ou durcissant les propos. Lorsqu’un rappeur arrive au troisième album, souvent considéré comme celui de la maturité, il doit être consacré comme un mc établi par ses pairs, mais surtout par un public plus large que sa base.

BEN plg est encore aux balbutiements d’une carrière prometteuse. Le succès commercial reste toujours un élément à séparer du schéma annoncé. C’est avant tout, le contenu d’un album qui fait la différence, au-delà de toute hype ou estime du mc. Voilà l’intérêt porté sur un profil tel que Ben, à l’écoute de son parcours accidenté.

Son second album, « Dans nos yeux » [2020] avait surpris, car à l’opposé de bon nombre de rappeurs de sa génération et plus exposé que le précédent en 2019. Il l’avait sobrement intitulé « Pour la gloire ». Que peut-il développer de mieux avec ce nouvel opus ? À lui de nous prouver tout le bien-fondé sur son talent.

Chanter la routine

Après quelques écoutes, on aperçoit plusieurs segments voulus dans la construction de l’album, souvent par nombre de trois titres. Cet album mérite d’entrée, une écoute approfondie. On se rend compte qu’il laisse peu de mystère sur sa personnalité. Ce qui a comme intérêt, de plaire.

Un démarrage efficace et percutant avec l’intro « Fils de pute » [produit par Lucci’ & Le Caméléon]. Une séparation même dans les productions, où en grande partie, Lucci’ se partagent la première moitié de la tracklist, tandis que Murer se charge du reste. D’ailleurs, ils clôturent ensemble le projet avec une réussite nommée « On préfère les chansons tristes ».

Sur ce dernier point, « Parcours accidenté » débute et clôture merveilleusement son trajet. Cette première partie où, plg parle surtout de lui, continue de la track 2 à 4 en passant par la fusion naturelle avec Bekar.

Et je roule qu’en réserve / Tout le poids dans mes cernes / La mélodie tourne à l’envers [Tant que ça va]

Contrairement à ce que l’on pourrait croire aux premiers abords, il n’y aucun misérabilisme qui se dégage dans sa proposition. Il s’agit surtout de la description d’une situation sociale, pas grossièrement triste, mais juste dans le constat (développé sur Un bon p’tit salaire – Vivre et mourir à Dunkerque). Avec un avantage particulier pour imager des actions. Tout en sachant les introduire.

Son vécu résonne dans chaque titre, qu’il mélange à travers son rap et ses tentatives de chansons de variété. Il s’y dégage aussi bien des émotions que des couleurs. Ben se livre beaucoup et donne sans rien attendre en retour (Né pour briller). Attaché à son environnement, en tout cas, des souvenirs qu’il en garde (je peux plus marcher dans les rues / où les trottoirs m’ont vu grandir), il dépeint aussi bien son enfance que sa vie actuelle.

Les insultes aussi gratuites que fils de pute ou nique sa mère apparaissent sans forcer. Un bon équilibre dans l’ensemble des mots utilisés, avec la particularité d’être précis dans ses descriptions. 

Rap de saison

Cet album est rempli d’indications météorologiques qui donnent la géolocalisation de son auteur. Le nom des morceaux (L’orage et la foudre – En-dessous les nuages) qui transitent entre la seconde et troisième partie de l’album, mais surtout leurs contenus en sont un bel exemple. Il n’a pas de mal non plus, à bien représenter sa zone géographique.

Un deuxième chapitre qui débute avec une dynamique particulière, traite de lui et sa vie en communauté sur des inspirations musicales entre de l’eurodance et la house (Chrysalide). Un tournant légèrement hybride s’offre à nous. Il y a donc un côté 90’s taillé pour la scène, qui transpire jusque dans la manière de chanter de BP. Ces instrus ne sont d’ailleurs pas construites sur une base disant rap.

La formule qu’il emploie en fin d’album, je ne veux pas danser, car j’ai compris le fond, s’applique sur ces chansons qui sonnent comme une volonté de ne pas offrir qu’une humeur musicale. Tout en jouant sur deux aspects, procurer du rythme, en étant statique et réfléchi. Loin de toute réflexion superflue. Un travail d’équilibriste qui tient sur une personnalité à toute épreuve, grâce à une voix grave, qui lui procure une attention directe à l’écoute.

Mama Lova

Sa mère tient une place importante dans ce qu’il délivre en musique, tandis qu’il dépeint une relation respect-haine avec son paternel, sans tomber dans le pathos. La figure maternelle apparaît donc comme centrale, tant il la cite de façon diverse et variée :

– ma daronne remplit 20 frigos avec le prix d’un clip,

– ma daronne a maté Validé elle veut appeler Sony pour négoce une distrib, 

C’est bienveillant, mais usant quand il répète la même formule pour l’impliquer sur différents morceaux (Tous les jours, Vivre et mourir à Dunkerque). 

Allo Maman ! Quand est-ce qu’on se réveille et qu’on part ? [Tous les jours]

On mise éventuellement sur sa présence, en termes de boussole culturelle. Ce qui fait penser à des influences indirectes qui se retrouvent ici. Qu’il n’a pas pu connaître sans sa présence, type Alain Souchon, Indochine ou Stéphane Eicher, qu’il emprunte une référence, atmosphère ou un style.

La cohérence est totale mais il semble s’agir dans cet axe, d’une chanson découpée en trois. Une certaine continuité sur chaque titre. Il s’y dégage de la poésie et fait ressortir un aspect plus à fleur de peau de l’artiste.

La mélodie de la frustration

La dernière séquence débute de manière plus collective et bon enfant. Il laisse la place à du cloud qui paraît naturel chez lui, mais laisse sur sa faim. Comme un goût d’inachevé ou de rejet. Le tout est pourtant bien emmené. Le curseur de chacun va se placer selon l’aspect préféré de l’identité du rappeur, qui dit ne pas en être un…

BEN plg est bon dans ce qu’il fait, avec cette volonté de représenter sa région via son histoire. Sur son parcours, on retrouve de bonnes formules, une personnalité aussi bien attachante qu’affirmée et les avantages et inconvénients d’user de différents flows. Il cite sans rougir, Niro, Salif, Nessbeal et fait preuve de bonne conduite.

De Dakar à Dunkerque, c’est la même

L’apparition de Djalito dans cet espace récréatif est très appréciable. Elle dévoile une autre facette, plus légère que celles dévoilées sur les précédentes pistes. Même sans cela, Ben serait apprécié à sa juste valeur. C’est qu’il est sur le point, on l’espère de franchir un nouveau cap artistique et professionnel avec cet album. Encore plus convaincant que le précédent.

59 c’est pas que la fricadelle / Sur la chatte à Robert Bidochon / Je suis au pinard comme Francis Cabrel / J’écris sur le bruit du clignotant [Les préférés de la cantinière]

Reste qu’on entend en vrac dans son style, timbre, certaines tournures, du PNL, Sofiane et Stromae qui résonnent. Ce qui peut correspondre à une absence de découverte, car d’autres l’exercent à une autre échelle, malgré les effets d’ouverture de l’artiste. Le plus prévisible et dommageable, c’est que son chant bien qu’intéressant, prenne à l’avenir, le dessus sur le talent du rappeur. Heureusement que sa sincérité reste palpable, pour mieux faire la différence.

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