Nessbeal – Zonard Des Étoiles

Critique

Vivant dans le film

Le 22 janvier 2002 sort l’album « Temps Mort », où l’on constate un duo naturel entre Nessbeal et Booba sur « Sans Ratures » [Produit par Zesau]. Une combinaison plus courte sur la durée qu’avec Don Milouzi, le Duc trouve avec chacun, un autre type d’équilibre. On peut y faire un parallèle avec son propre groupe, sauf qu’on ignore, qui paraît le plus stable avec ces écorchés vifs. Le 92I va connaître sa première évolution, lorsque Jean-Pierre Seck, Géraldo et Ali restent seuls en charge du label 45 Scientific, tandis que les autres prennent une autre direction. Nessbeal, qui gravite autour de leur entourage, va intégrer officiellement le crew. On peut le voir parmi les photos du livret de « Mauvais Œil ». Il est issu d’une aventure collective via Dicidens, leur album « HLM Rezidants » (2004), contient les participations de Lunatic (De Larmes et de Sang) [Skaar] et Mala (Freestyle).

En 2003, Nessbeal, Malekal Morte, Nysay, La Fouine, Cens Nino, Booba, L.I.M. participent à la mixtape de Mala « Ma Zone », un an avant « Panthéon ». Sur ce dernier, Ne2s bénéficiera d’une mise en image de son couplet avec le clip « Baby » [Skread]. Tandis qu’une version de « Bâtiment C » complétée par Ness sera présente sur « Illicite Projet » (2005) de Medeline. Une combinaison identique pour la BO de « Taxi 3 » avec « Tout ce qu’on connaît » [Kore & Skalp]. Le premier volume d’Autopsie, qui retrace le parcours musical de Kopp, sort en Mai 2005, sur un double CD mixé par Dj Bellek, qui produit un titre [Prisco Zbeul]. Parmi les inédits, il y a « Rap de Paria » [Skread] de Ness. Le public commence à espérer une sortie solo du rappeur des Hautes Noues. Le titre « B.E.C.T. » apparaît sur un sampler de Groove Magazine (Mars 2005), qui annonce un mini album, mais rien de plus sous l’ère Tallac Records. Il reviendra une fois sur sa distance avec B2O via « Balles dans le Pied » [Skread], sans jamais retrouver ses anciens équipiers des Hauts-de-Seine.


Qui a tué les grands groupes de rap français ? Le succès, la jalousie et les groupies.

[Intro R.S.C.]


Le Verbal Brolik sort ses albums importants sur le label Nouvelle Donne, avant de signer pour deux sorties en major, puis un retrait du rap en 2012. Il obtient son statut d’auteur avec La Mélodie Des Briques et Roi Sans Couronne, non pas que Ne2s et Sélection Naturelle soient inintéressants. Ils contiennent ses tubes les plus connus et une autre forme de son style. Un début de parcours salué par la critique et le public, qui ne s’accomplira pas dans les ventes. La faute à un manque d’intérêt sur la durée et quelques titres dispensables. Maroc Sticky opérera un retour trois ans plus tard, aux côtés de Lacrim et Rimkus sur « R.I.P.R.O, volume 1 » (Red Zone) [Aurélien Mazin & Kore]. On a eu quelques éclats de lumière via « Jeune Vétéran » en 2016, puis « Rentrez pas dans ma tête » de Jul, à l’été 2020.

Une traversée du Sahara plus tard, le revoilà avec ses 40 ans de cicatrices. Nabil redonne goût à Nessbeal, impossible de dissocier les deux, tant le premier porte le masque du second, pour mettre à nu ses auto-analyses. Un avatar pour fil rouge sur une époque révolue. Celle des compilations auxquelles il a participé (Hostile 2006, Street Lourd, Talents Fâchés, Capitale Du Crime), qui ont nourries des auditeurs devenus artistes comme Ben PLG ou profils tels que Jack Many

Nessbeal revient parmi les siens

Il n’est pas resté insensible aux demandes intéressées de son retour dans le game. Rien que les noms mentionnés en début de chronique témoignent de son importance. Un artiste associé à des écoles de rap qui existent encore. Bellek a toujours été présent et ne peut qu’être remercié pour le travail accompli. Qu’il s’est partagé avec SlemBeatz en tête, mais aussi Skyz On Da Track, Skillano, AMusicBoy, Chady et HIGHCELL. Des collaborations pour mieux filtrer les sonorités et laisser la basse sonner en priorité. La réalisation permet à Ne2s de retomber sur ses pattes. 

À la cover, après Wahib sur LMDB, Fifou (RSC) refait parti de l’aventure, avec un Nabil plus en retrait devant l’objectif. Une pluie d’étincelles en guise d’étoiles… Chris Macari est absent et laisse place à Thibault Cadentem, pour la réalisation des trois clips de l’album, dont deux feat. Le mc a beau être certifié classique, cela donne une idée, quant à la stratégie d’équipe, pour se placer auprès d’un jeune auditoire. Malgré cela, ils évitent de se focaliser sur la tendance. Ness reste un rappeur lunaire, à la manière d’Ali, récemment sur l’EP de Dinos. C’est-à-dire qu’à la moindre interaction avec la nouvelle génération, ils prennent place telle une éclipse.

Depuis son troisième album, l’unique featuring de Convictions Suicidaires a toujours eu du mal à être bien accompagné. La présence d’Orelsan est différente, car on sait que Nessbeal fut un apport crédible dans sa carrière. Bien que la facette utilisée par le caennais sur « Tous les jours dimanche », n’est pas déplaisante. Ce n’est qu’un retour normal et cela rejoint cette idée de catalyseur propre à Ne2s. Fort heureusement, ici, les voix féminines ne sont plus à la mode et on sait à quel point il s’y est essayé, pour le meilleur (Vitaa, Wallen, K-Reen) comme pour le passable (Djany, Evaanz, Mélissa Nkonda). On est ravis que cet album existe, mais il faut le prendre à part de ce qui se fait aujourd’hui. Il ne peut pas être lancé sans de bonnes conditions d’écoute. On peut redouter de passer à côté, ne pas tout saisir, car il en appelle à notre concentration. Ce qui renforce la qualité de ses travaux.

Niveau débit, tout reste dans la continuité notamment sur « Zone Euro », lorsqu’il s’auto-réfère ou que des mots anodins font écho à d’anciens titres (légendes d’hiver qui vont te raconter leur histoire – Criminelle balade). Nessbeal est la définition des belles choses dites face à la précarité. Un recueil de poésies issu des HLM, il reste incisif en étant concis dans ses propos. Même dans l’évolution, peu importe la résolution souhaitée, le mal réside : cigarette électrique, cancer électrique dans les poumons (Encore).

À l’épreuve du temps

Sa salle du temps s’apparente à un désert, où il s’est évertué à zoner. On note une atmosphère identique dans le format des instrus. N’attendez pas des démonstrations de flow, Nessbeal s’arrête à ce qui le définit, un phrasé choc et une vision noire. Il décline le titre (Zonard des étoiles) d’une bande dessinée (Kebra) de Tramber et Janoen, pour lui retirer tout l’aspect comique.

Pas de juste-milieu, mais des observations faîtes avec le poids des années. Au-delà de la vie en banlieue, c’est le constat du monde en lui-même qu’il délivre. À l’annonce des invités, beaucoup pensaient qu’il allait retomber dans ses vieux travers. Force est de constater que les résultats sont corrects. Aucun ne démérite, car vu la densité des propos, ils viennent contrebalancer. L’objectif est d’alléger, ce qui a tendance à retirer quelques aspects cérébraux. Ils font office de courbes et enlèvent le côté carré de l’album. Ne2s a plus de mal à le faire en solo, par exemple sur « 2 Feuilles » qui repose sur une thématique légère.


Y’a personne en face, je suis mon propre adversaire [Memphis]


Par ailleurs, il arrive à assurer les refrains chantés sans aide (40 jours / 40 nuits, La frappe de la brume). Ce qui interroge sur la nécessité des feats, en dehors de se frotter aux nouvelles têtes d’affiche. Une volonté qui n’a pas toujours été nécessaire, pas à cause d’un déséquilibre, mais parfois par manque de cohésion musicale. ZKR et Landy sont ses collègues chez Morning Glory Music. Le premier apporte une complémentarité qui en rappelle d’autres. Tandis que le second ramène un refrain ensoleillé commun, mais pas inefficace, une fois l’été arrivé.

On comprend la filiation naturelle avec l’ensemble. Surtout qu’il n’y a pas tant d’anciens qui pourraient être appelés. Nessbeal s’impose une mécanique et représente cette idée d’un retour aux affaires à la John Wick, le Baba Yaga. Celui qui a tant fait avant de rejoindre le commun des mortels, que sa réputation le précède. Tout en rappelant d’entrée, l’aspect financier (C’est pas pour l’honneur mais pour le business) et réussite (Ça sert à rien de le faire s’y a pas le disque d’or à la tess) souhaités. Il fait lui-même le parallèle avec Zlatan, lors de son arrivée en Ligue 1. PLK comme Zed, apparaissent comme des joueurs adverses et contents de partager le terrain avec lui.

Couronne de plumes ensanglantées 

© Wahib Chehata

On en vient à se demander ce qu’aurait pu donner des combinaisons différentes. Une rencontre avec Kalash Criminel qui est mentionné indirectement via son gimmick dans « Génération Avirex », 94, Val-de-Marne, j’ai ramené la sauvagerie tah Sevran. La forme de « Plus d’amour » rappelle qu’il a toujours eu cette volonté d’ouvrir sa musique, tout en tirant sur le clair-obscur. Il performe sans trop en faire, donc reste fidèle à son style. Cet album est un bonus, réclamé par pur plaisir de ne plus entendre ses progénitures. Les fans apprécieront sa dextérité.

Si les refrains peuvent être en deçà des couplets (Marche ou rêve), cela ne crée pas de perturbations lors de l’écoute. Il paraît donner une suite indirecte à « Papa instable » avec le réussi « Criminel Balade ». L’attente fut grande et le résultat est plus que satisfaisant. Un album qu’on espère inscrit sur la durée, surtout avec les titres solos.

Il est d’autant plus difficile d’apporter une critique sur Monsieur Selhy, car il est à l’origine d’un rap purement français. En terme d’artistique, il n’y a rien qui manque, c’est un style à lui-même. Une signature marquante des vingt dernières années, ZDE est un second aboutissement dans sa carrière.


Je suis un inconscient qui fait du rap conscient [Marche ou rêve]


 

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