Kaaris – 2.7.0

Critique

Le départ de feu sur la pochette réalisée par Fifou ne tient pas. Il y a quelques étincelles, mais elles ne provoquent pas l’incendie espéré. La faute à un manque de titres mémorables même si Kaaris a su une fois de plus, choisir les sons à envoyer avant la sortie, l’album reste une déception et a de quoi frustrer.

Dès le départ

Lors de son arrivée dans le rap français, Okou Armand Gnakouri débarque à la manière de James Earl Jones qui jouait le méchant dans Conan Le Barbare. Cet acteur américain est connu pour quatre rôles majeurs dans sa carrière. Il a joué Thulsa Doom, Jaffe Joffer et donné sa voix à Dark Vador et Mufasa. Le parcours de Kaaris, c’est un zeste de Jones de par son dernier projet qui se classe plus du côté d’un Walt Disney revisité que de Robert E. Howard. Le personnage de Kaaris a fonctionné pendant un laps de temps avant de lasser. Il a pourtant évolué, en commençant par sourire derrière son masque puis en devenant naturellement un papa aimant sur les réseaux sociaux. C’est dans ces conditions que sort ce nouvel album après l’annonce d’un retour hardcore suite au rejet critique d’Or Noir 3.

Retour trompeur

Le 17 août 2020 la tracklist de 2.7.0 a été partagée au public et a provoqué quelques interrogations à la lecture de noms tels que Dadju, Gims et Imen Es. La bonne surprise venant de la participation de Bosh et la mise en avant de Sid les 3 éléments.

L’album démarre mollement sur Ultra où Kaaris va enchaîner les rimes et fournir un refrain sans grande conviction. Ce qui va être la même situation sur le refrain de Mandalorian, mais avec plus d’efficacité sur les couplets. Ils vont permettre d’insérer le premier single Goulag avant que le rappeur rétrograde sur la piste suivante Sosa, une tentative trop rapide d’attendrissement de l’album. Cela malgré un second couplet intéressant qui est déséquilibré par un refrain décevant bien qu’il soit propre au style voulu. Le morceau est un problème pour enchaîner sur NRV. La piste précédente nous a refroidies, il est difficile de relancer la machine. 

Déception en demi-teinte pour la rencontre avec Bosh, qui s’en sort mieux que son hôte funeste qui est trop linéaire sur Deux Deux [produit par . Le mc du 78 pose à la fin et s’amuse en variant sa voix aussi bien dans son couplet qu’au refrain posé en premier par K2A. Ce n’est malheureusement pas le massacre qu’on attendait.

À partir de là, on va prendre un virage à 90 degrés avec Illimité, Piquée et Moula Moula. C’est-à-dire que ces trois-là représentent tout ce qu’on aime moins chez Kaaris. Le premier est plus réussi en termes de zumba que Sosa. Il se situe dans la même démarche que ses anciens morceaux Zone de Transit, Boyz N The Hood et Débrouillard.

Pour le second, tout est dans le titre qui est une expression et donne un indice sur le thème choisi. L’avantage de Dadju, c’est bien entendu le refrain qui est plus cohérent que ceux lâché par Kaaris quand il chante. Sur ce point rien d’anormal sauf que cette collaboration manque de sobriété. Le chanteur est excessif dans sa manière de poser son chant et venu donner de la voix sans s’impliquer. Ce qui aurait créé une bonne surprise, c’est de l’employer dans un autre registre qu’une love story, comme à pu le faire récemment Franglish & Kaaris quoi qu’on pense du résultat.

On finit cet arc avec Moula Moula et sa flûte placée par Yaya OnTheTrack. Quand Kaaris se caricature, c’est exactement ce genre de son qui ressort et regrettable, car il démontre ses limites en effaçant tout espoir pour les pistes à venir.

Du bon comme du mauvais

Nous sommes à la moitié du trajet et espérons que le prochain invité va réchauffer l’atmosphère en mettant une pression positive. Ce qui s’avère être le cas vu la bonne prestation de Kaaris et la découverte efficace de Sid sur Tout est prêt. Répit de courte durée avant le retour des travers de 2.7.0. Voici une ambiance disant reggaeton qui confirme toute la gêne ressentie à la lecture du titre choisi (Guedro) et l’écoute d’une partie de son refrain, je vais payer ta dot avec l’argent de la guedro… c’est qu’il est romantique et engagé le Riska.

Il remet donc une couche sentimentale avec 1er Cœur qui correspond à ce qu’on attendait. Il n’y aucune surprise et cela nous évite un Gims en mode rappeur technique jusqu’au-boutiste. Le feat se place au niveau des mauvais choix de l’album. Les frères Djuna auraient pu se retrouver sur une chanson afin d’alléger la tracklist.

La fin de parcours s’annonce sinueuse. On a quand même droit à une instru plus inspirée et pesante de HoloMobb/Boumidjal avec un Kaaris aussi violent que la BOPE (groupe d’intervention brésilien) rendue célèbre par les films Troupe d’élite. La fainéantise n’est jamais loin comme le prouve ce qui va suivre. L’une des faiblesses de l’album, c’est qu’on devine aisément comment vont sonner les titres dès les premières secondes. C’est flagrant sur Valhalla. Dans ces conditions, grosse chute de température nordique, le rappeur de Se-vrak ne magnifie pas l’instru et place des rimes téléphonées en A sur les premières mesures.

L’autre bémol, c’est qu’il ne rend pas service à tous les beats. Heureusement, ce défaut n’a pas d’emprise sur Big Riska qui porte bien son nom. Le rappeur s’amuse et tape là où il faut sur l’instrumental de Nikito. Comme avec les fans des précédents vocalistes, ceux d’Imen Es seront satisfaits tandis que les autres se passeront de Lumière. La chanteuse est plus impliquée par sa participation et offre un résultat correct.

Trop de déchets

Cet album est bien trop tiraillé par les envies extrêmes de son auteur qui ne trouve pas de ligne directrice cohérente malgré les premiers signaux envoyés. Kaaris dit uniquement des choses à la fin alors que cette outro pèse bien plus que les tentatives ratées de 2.7.0. Le morceau Réussite mérite une attention particulière au-delà du fait que le Dozo prenne du recul sur sa trajectoire, il apparaît surtout vrai et plus terre-à-terre. En faire un titre fleuve plus harmonieux qui s’étire sur quatre minutes n’aurait pas été négligeable. À placer au côté d’Or Noir qui reste un cran au-dessus.

Ce projet peut reconquérir une partie de son public tout en laissant les plus sceptiques sur leur position. Certaines réalisations peuvent ambiancer et c’est même leur rôle premier, mais Kaaris leur accorde trop de place. La faute à un manque de folie qui le caractérisait si bien par exemple dans 93 Empire et faisait espérer le meilleur en 2018. 

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