Kaaris – Chateau Noir

Critique

Bien que tous les ingrédients soient réunis pour réitérer sa recette phare, Kaaris propose une nouvelle mixtape fade. Château Noir est la recherche d’un succès passé qui ne sera jamais atteint, même s’il s’en approche davantage qu’avec 2.7.0. La nouvelle collaboration avec Therapy n’a finalement pas suffi.

Retour aux sources

Face à l’échec critique de ses derniers albums, Kaaris a décidé de retrouver ce qui faisait sa force naguère : des prods sombres, des textes violents et un flow agressif. Pour cela, il retravaille avec Mehdi Mechdal, plus connu sous le nom de Therapy 2093, du collectif de beatmakers éponyme. Le duo a marché sur le rap français entre 2013 et 2015. C’est pourquoi ce retour aux sources est teasé depuis début janvier, avec la promesse qu’il n’y aurait pas de « zumba ».

Le résultat est donc une réédition de 2.7.0, qui vient s’agrémenter de 11 nouveaux titres. La direction artistique est fidèle à ce qui est annoncé : une mixtape poisseuse, une trap prépondérante, qui reprend les codes du succès passé d’Or Noir. Constamment comparés à cette première prouesse, les derniers opus de Riska étaient jugés en déclin. La faute aux morceaux comme Tchoin, Diarabi et 1er cœur : des réussites commerciales éloignées de la trap. 

À boire et à manger

Le retour du roi de la trap française était attendu. Pour preuve, le premier extrait Château Noir cumulait déjà 4 millions de vues en seulement 2 semaines sur YouTube. Kaaris réussit encore à galvaniser son public avec la sortie de titres promotionnels. Il s’agit d’un titre puissant, qui possède un refrain entêtant, des couplets agressifs et des punchlines tranchantes. Malheureusement, il n’y a pas mieux parmi les inédits.

La mixtape démarre avec Équipage. Sur une prod plutôt drill, le Sevranais pose avec divers flows assez rapides qui se marient moyennement entre eux. L’attention n’est pas plus captée par le morceau suivant, Top. Contrairement aux refrains poisseux et répétitifs que Kaaris offrait par le passé, celui-ci n’est que répétitif et en devient oubliable. Vient ensuite Château Noir, qui fait entrer dans l’univers sombre de ce projet. Il rétrograde juste après avec Monte Carlo, en ralentissant le rythme impulsif alors introduit. Les seuls refrains chantés de l’album y sont présents, sans s’avérer réellement entraînants. Néanmoins, l’écriture est travaillée avec plus de profondeur.

Arrive finalement le cœur du projet grâce à l’enchaînement de Akrapovic, SE, 2363 et Rif. La formule est identique, mais fonctionne : prods trap, refrains courts et marquants, succession de violentes punchlines. L’énergie et le talent de Kaaris se condensent sur ce noyau dur, qui le rapproche davantage de son apogée que ne le faisaient ses derniers projets. Survient alors un vrai contraste avec Rosé, le moins bon morceau au vu du flow strident et désagréable, ainsi que du refrain plat. Les inédits se terminent avec Merci, (entaché par le faible refrain : « Merci mais nique ta mère… nique ta mère ») et Pégase, qui se démarque tout de même grâce à une prod non-trap soutenue par un bon couplet unique.

Une plume devenue terne

La formule victorieuse de Kaaris est dépassée. Son écriture est beaucoup plus terne qu’avant, il ne parvient plus à trouver des formules marquantes. Ses punchlines manquent de relief. Même si certaines d’entre elles prêtent à sourire (« elle me montre ses gencives, elle sait que j’vais dégorger » dans Rosé), c’est loin du niveau promis.

Les phases sont peu imagées et les couplets se composent d’un enchaînement intense de punchlines souvent creuses. L’énergie de Kaaris est là, mais la rage d’antan fait défaut, cela rend ses paroles et ses projets bien moins marquants. Ce qui faisait sa force est aujourd’hui ce qui lui manque le plus pour convaincre.

Retrouver Or Noir à tout prix

Déjà avec Or Noir Partie 3, échec critique comme commercial, il y’avait volonté de se rapprocher des premiers lauriers suite aux diatribes de Dozo. C’est Or Noir qui a fait entrer le K double A dans la cour des grands. Il a démocratisé la trap en France et la postérité le retient déjà comme un classique. Renouveler ce triomphe paraît impossible, mais l’artiste persévère. 

Grâce à sa nouvelle collaboration avec Therapy, Kaaris retrouve son statut de rappeur hardcore, mais son écriture tourne à la parodie. Il cherche coûte que coûte à reproduire les codes d’un succès vieux de 8 ans. C’est le contraste qui oppose les prods sombres et nerveuses, tant prisées par son public, aux textes éreintés qui souffrent d’un manque d’originalité. Les ambiances étouffantes et belliqueuses de SE ou Akrapovic sont pourtant très appréciables.

Cette nouvelle mixtape ne donne pas raison à l’acharnement de son auteur : il faut tourner la page. Jusqu’au nom de cette réédition, Kaaris aura cherché à s’approcher d’une reconnaissance acquise jadis. La déchéance est la seule issue possible pour un artiste qui tente de reproduire chaque année sa première victoire. Le rap change constamment, néanmoins ses albums seront toujours comparés à Or Noir. Le cycle du « retour de l’ancien Kaaris » face à la déception de la nouvelle sortie est éternel. Si le rappeur ne décide pas de lâcher le morceau, il sera condamné à apercevoir la victoire sans jamais l’atteindre.

Rejoins-nous sur Facebook