La drôle de communication Twitter de Gradur et Niska

Gradur et Niska, 2 rappeurs ayant sorti des albums plus que moyens sur cette année 2019, semblent avoir opté pour une communication bien étrange.

Le scénario est souvent le même : un rappeur à la communication « classique » et espacée se met à parler comme un « twittos ». Et très souvent, il s’adonne à ce travestissement au moment de la promotion de son album (avant et après la sortie). Ce rappeur va reprendre les codes du réseau social Twitter « qui marchent ».

Qu’est-ce qui marche sur Twitter ?

C’est la seule question qui importe pour ces rappeurs et leurs équipes de communication. Même si cette communication peut les desservir symboliquement et sur le plan de leur image personnelle, ils font l’erreur de penser que rien n’est plus important que la viralité. Or, la communication et la viralité sont deux concepts différents. Le premier laisse ouvert le champ des possibles tandis que le second compresse dans un format pré-établi et ayant déjà prouvé son efficacité.

Pourquoi Twitter en particulier ?

Alors que Gradur et Niska griment leur communication sur Twitter, ce n’est pas le cas sur les autres réseaux sociaux et c’est bien normal : Twitter est le seul réseau social permettant une viralité « pure ». Le concept du retweet est en ce sens très efficace car il partage un tweet à l’ensemble des abonnés. Ce n’est pas le cas de Facebook ou d’Instagram, qui ne possèdent pas d’élément de partage couvrant l’ensemble de la Timeline, rendant les choses plus difficiles.

On l’aura donc compris, Gradur et Niska cherchent de la visibilité, des chiffres et des « impressions » Twitter. Il faut comprendre que derrière une blague à peu de coût, c’est l’assurance d’au moins 10.000 retweets, ce qui garantit plusieurs millions d’impressions pour le rappeur, bien loin des chiffres de la communication rap traditionnelle sur Twitter, qui tourne autour du millier de RT pour un rappeur bien établi. En reprenant les codes de Twitter, Gradur et Niska s’arrogent donc de la visibilité à peu de frais.

Une communication axée sur « l’humour » et l’autodérision

Si l’on observe les gros comptes de Twitter ayant accumulé des abonnés, nous pouvons observer qu’ils ont très souvent une caractéristique commune : l’humour. L’humour est un pilier de Twitter, cependant il ne doit pas être dirigé contre n’importe qui. Le risque que prendrait Gradur ou Niska en se moquant d’une personne sur Twitter en faisant un top tweet serait très élevé. Certes les chiffres seraient à l’appui, mais il y aurait un risque de bad buzz et d’audience clivée, ce que veulent à tout prix éviter nos rappeurs.

Pour cela, une solution toute faite : l’autodérision. On ne risque de heurter personne et les gens aiment de voir des rappeurs prendre du recul sur eux-mêmes.

Et les résultats sont là : ces tweets cumulent des millions d’impressions et même si leur efficacité n’est pas mesurable en terme d’écoute d’album, cela reste une réussite. Il s’agit d’un stratagème publicitaire classique : la récurrence visuelle appelle le cerveau. Il est très probable que vous ayez décidé d’écouter un morceau de Gradur ou Niska après avoir été inondé par leurs noms après plusieurs heures de navigation sur Twitter. Inconsciemment ou pas, d’ailleurs. En marketing on appelle cela des stimulis publicitaires.

Malgré tout, les premiers signes de lassitude

Forcément, lorsque l’on constate qu’une recette est efficace, le premier réflexe est d’en surabuser. Niska l’avait déjà fait à foison lors du scandale avec sa baby mama, Gradur choisit lui de porter en dérision son cou. Le souci, c’est que passé les premiers effets de surprise, la récurrence annihile tout effet comique.

La question de l’aura du rappeur

Bien qu’il y ait des retombées positivies, il y en a aussi des négatives. En s’évertuant à vouloir agir comme des Twittos, Gradur et Niska perdent de leur superbe et deviennent finalement des Twittos rappeurs, plus que des rappeurs utilisant Twitter. Le risque à la clé étant une considération affaiblie de la part à la fois des auditeurs de rap mais également des autres rappeurs. Faire le clown pour faire vendre n’est pas très élogieux.

Faire du bruit pour faire oublier un album muet

Un bon album n’a pas besoin d’être poussé constamment par son auteur. Un bon album, qu’il bénéficie d’un succès d’estime ou qu’il soit carrément un blockbuster, est poussé par ses auditeurs, toujours prêts à parler de cet album qui les a tant marqué et à vouloir le faire connaitre au plus grand nombre.

Ce ne sera jamais le cas de Mr. Sal ou de Zone 59 et leurs auteurs le savent très bien. Alors au lieu de reconnaitre l’évidence et de travailler sur un prochain projet plus élaboré, ils poussent, ils poussent et piaillent à n’en plus finir afin de rendre plus digeste des projets déjà périmés.

 

Cette manière de communiquer est révélatrice : elle montre que l’album en lui-même n’est pas assez bon pour s’auto-promouvoir et elle montre également la facilité avec laquelle il est possible de devenir viral. Il y a fort à parier que cette tendance se démocratise un peu plus dans les années à venir. Si votre rappeur sort de sa traditionnelle réserve pour faire des blagues sur Twitter à l’annonce de son prochain album, c’est déjà un indice de taille quant à la qualité de l’album.

Tibbar
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