Les pensées suicidaires de Biggie Smalls

Le 13 septembre 1994, The Notorious B.I.G sortait Ready to Die, son premier album studio, l’un des plus importants de l’histoire du Hip-Hop. Le projet se conclut d’une façon très glauque, via « Suicidal Thoughts »

Plus profonde que jamais

A ses débuts, le talent de Biggie était remarqué, mais certaines critiques à son sujet persistaient. Ses détracteurs disaient de lui qu’il ne savait pas écrire, que ses textes n’avaient aucune profondeur. En effet, le rappeur abordait jusque-là souvent les mêmes thèmes, il était fort dans l’egotrip, les punchlines, la technique, le flow. Il avait la forme, mais pas (encore) le fond. Le contraire de son ami (puis rival) Tupac. Sur Ready to Die, Biggie a voulu prouver que les gens qui le critiquaient avaient tort. Et bien décidé à frapper un grand coup, il a sorti (à 21 ans !) une chanson qui met en scène son suicide.

 

« Suicidal Thoughts » se démarque rapidement du reste de la discographie du rappeur. Ici, il ne pratique pas l’égotrip, pas de punchlines, pas d’arrogance. Que du contraire, il s’ouvre, se livre, se rabaisse constamment. Biggie délivre ses pensées les plus sombres, de ses regrets jusqu’à ses envies de suicide. Un son qui est d’apparence très simple dans sa construction, mais qui est en réalité beaucoup plus complexe.

Plus vraie que nature

Le synopsis : Biggie appelle son ami et mentor Puff Daddy en pleine nuit, pour se confier, et lui dire qu’il pense se suicider. Durant tout le morceau, il y a une évolution dans l’état d’esprit des deux protagonistes. D’un côté, il y a Biggie qui est d’abord dans l’hypothèse d’un suicide. Il en devient sûr à force de parler de ses problèmes et passe finalement à l’acte. De l’autre, il y a Puff qui -très égoïstement- est davantage dérangé par l’heure de l’appel nocturne que le contenu de celui-ci. Il ne prend pas B.I.G au sérieux, avant de réellement l’écouter, le conseiller, s’inquiéter et surtout tenter de le raisonner. Sans y parvenir.

La force de Suicidal Thoughts n’est pas uniquement due à ses paroles, mais également à sa mise en forme : on entend Biggie parler très fort, parler en « je ». Alors qu’on entend Puff via le téléphone. Première indication : quand le morceau démarre, on se trouve dans la même chambre que l’interprète de celle-ci. Ensuite, quand il parle de son stress:

The stress is buildin’ up, I can’t— I can’t believe”

Le rythme s’accélère, pour faire ressentir la pression à l’auditeur. C’est d’ailleurs à ce moment là que Diddy comprend que c’est du sérieux. Viennent enfin les bruits du coup de feu, du corps qui tombe et surtout ceux des battements de cœur. Ils s’arrêtent lentement, en même temps que la chanson, pour laisser place au silence. On les entend, on les ressent. On n’était pas dans la même chambre que Biggie, on était Biggie. C’est ce qui rend cette œuvre si puissante : l’auditeur est mis à la place de celui qui va se suicider.

La pièce d’un puzzle, nommé « chef d’œuvre »

Cette chanson fait parti d’un puzzle énorme. Elle sert évidemment à expliquer le nom du premier disque de Biggie, Ready to Die (« prêt à mourir »), mais également à préparer la suite. Le second album de l’artiste s’appelle Life after Death (« la vie après la mort »). Le morceau sert donc de lien entre les deux projets. Dans l’intro de Life After Death, on entend la suite de Suicidal Thoughts : P.Diddy pleure la mort de Biggie.

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Ironie dramatique puisque tristement prémonitoire. Biggie est réellement mort par balle (comme dans la chanson), deux semaines avant la sortie de son album Life After Death. Ce qui rend les deux œuvres bien plus bouleversantes.

Il y avait effectivement une vie après la mort. Biggie est resté en vie dans la conscience collective après son assassinat. Dorénavant, il est considéré comme étant l’un des meilleurs rappeurs de l’histoire, et il le doit en partie à des chansons de la qualité de Suicidal Thoughts. Légende.

Rotka
Life's a bitch and then you die

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