Les pensées suicidaires de Biggie Smalls

Le 13 septembre 1994, The Notorious B.I.G sortait Ready to Die, son premier album studio, qui est un des plus importants de l’histoire du Hip-Hop. Le projet se conclue d’une façon très glauque, via la musique « Suicidal Thoughts »

Plus profonde que jamais

A ses débuts, le talent de Biggie était remarqué, mais certaines critiques à son sujet persistaient, ses détracteurs disaient de lui qu’il ne savait pas écrire, que ses textes n’avaient aucune profondeur. En effet, le rappeur abordait jusque-là souvent les mêmes thèmes, il était fort dans l’egotrip, les punchlines, la technique, le flow. Il avait la forme. Mais pas (encore) le fond. Le contraire de son ami (puis rival) Tupac. Sur Ready to Die, Biggie a voulu prouver que les gens qui le critiquaient avaient tort. Et bien décidé à frapper un grand coup, il a sorti une musique qui met en scène son suicide.

La musique se démarque rapidement du reste de la discographie du rappeur, puisqu’ici, il ne pratique pas l’égotrip, pas de punchlines, que du contraire, il s’ouvre, se livre, se rabaisse constamment et parle de ses pensées les plus sombres, de ses regrets et de ses envies de suicide. Une musique qui est d’apparence très simple dans sa construction, mais qui est en réalité beaucoup plus complexe.

Plus vraie que nature

Le synopsis de la musique est simple : Biggie appelle son ami et mentor Puff Daddy en pleine nuit, pour se confier, et lui dire qu’il pense se suicider. Durant toute la musique, il y a une évolution dans l’état d’esprit des deux protagonistes : d’un côté, il y a Biggie qui semble douter d’avoir envie de se suicider, et qui en devient sûr à force de parler de ses problèmes et passe finalement à l’acte. De l’autre, il y a Puff qui -très égoïstement- est davantage dérangé par l’heure de l’appel nocturne que le contenu de celui-ci, puis ne prend pas B.I.G au sérieux, le prend juste pour un fou, avant de réellement l’écouter, le conseiller, s’inquiéter et surtout tenter de le raisonner. Sans y parvenir.

La force de la musique n’est pas uniquement due à ses paroles, mais également à sa mise en forme : on entend Biggie parler très fort, parler en « je ». Alors qu’on entend Puff via le téléphone. Première indication : quand la musique démarre, on se retrouve dans la même chambre que l’interprète de celle-ci. Ensuite, quand il parle de son stress:

The stress is buildin’ up, I can’t— I can’t believe”

Le rythme de la musique s’accélère, pour faire ressentir le stress à l’auditeur. Vient enfin les bruits du coup de feu, du corps qui tombe et surtout ceux des battements de cœur, qui s’arrêtent lentement en même temps que la musique, pour laisser place au silence. On les entend, on les ressent. On n’était pas dans la même chambre que Biggie, on était Biggie. C’est ce qui rend cette œuvre si puissante : l’auditeur est mis à la place de celui qui va se suicider.

La pièce d’un puzzle, nommé « chef d’œuvre »

Cette musique fait parti d’un puzzle énorme, elle sert à expliquer le nom du premier album, Ready to Die (« prêt à mourir »), mais également à préparer la suite : le second album de Biggie, qui est sorti peu de temps après sa mort en 1997, s’appelle Life after Death (« la vie après la mort »). Cette musique sert de lien entre les deux projets, et ce qui est dramatique et ironique, c’est que tout cela était malheureusement prémonitoire : Biggie est mort assassiné par balle (comme dans la musique), et son album Life After Death est sorti quelques jours après son décès. Ce qui rend les 2 œuvres bien plus bouleversantes. Il y avait effectivement une vie après la mort. Biggie est resté en vie dans la conscience collective après sa mort. Dorénavant, il est considéré comme étant l’un des meilleurs rappeurs de l’histoire, et il le doit en partie à des musiques de la qualité de Suicidal Thoughts. Légende.

Rotka
Rotka
Life's a bitch and then you die

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