Larry – Petit Prince

Critique

Tel un jeune Bruce Wayne contemplant Gotham City du haut d’une tour, Larry tape la pose, vêtu d’un ensemble en soie vert. Il est accompagné d’un chien qui porte une longue écharpe jaune pour accessoire, l’un des éléments référencés ici, de l’œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry. Pour autant, nous sommes loin du conte pour enfants. En tout cas, de l’époque à laquelle est sortie le livre. Larry se raconte peu, mais semble s’adresser directement à ses semblables. La qualité visuelle de la cover nous séduit, sans que l’on puisse la retrouver dans la musique.

Petit mais costaud

Larry est jeune, on l’entend à sa voix juvénile. Il a beau savoir rapper, c’est le minimum demandé aujourd’hui, dégager une belle énergie, mais il lui reste encore du chemin à parcourir. C’est le ressenti qu’on éprouve dès les premiers morceaux.

De « Intro » à « Moonwalk », qui sont produits par Mitch Wave, assez présent sur les titres, jusqu’à « Off White » [Noxious], Larry déploie sa technicité et démontre son habilité à prendre le beat. Que ce soit dans les onomatopées ou adlibs bien placés, on ressent sa fougue.

En un an / J’en ai fait des kilomètres / La cite écoule que des kilos mec [Moonwalk]

Ses textes sont remplis de sommation en tout genre, avec une ambition de porter des marques de luxe. Quoi de plus normal à son âge ? L’ascension musicale étant un moyen de s’accomplir au niveau personnel et collectif. Fait récurrent et mis en valeur par les rappeurs de sa génération.

Les refrains sont bien trouvés, même s’il peut y avoir des phases de secours pour compléter les couplets. Un exemple parmi tant d’autres sur la troisième piste, « je suis relou comme une maladie ». La simplicité incarnée, pour éviter une réflexion et rester dans l’instinct. Une formule qui s’applique tout au long de l’album. Il peut y avoir une envie de thème, mais elle disparaît à chaque occasion, lorsqu’il s’agit d’enchaîner les lignes d’écritures. Cela au détriment de bonnes formules, mal exploitées ou simplement vide d’intérêt.

Les clients défilent comme les mannequins de chez Off White [Off white]

Ventre mou et tarif appliqué

Menotté / J’ai vu l’avenir en rouge et bleu, nous clame-t-il sur « Sirène » [Dogg SoSo & Bersa], avec sa référence empruntée au refrain de Bobby Valentino, sur « Mrs Officer » de Lil Wayne. Sa voix, qui le caractérise, arrive à le desservir lorsqu’il pousse la chansonnette.

Les incontournables feats du moment sont sur l’album. Des artistes moins côtés, le genre proche de Larry ou issus de sa région, n’aurait pas été de refus. Apparemment, il n’aspire pas encore à réunir autour de lui. On se contentera de ceux qui ont répondu présent à l’appel du strasbourgeois. Que ce soit pour accompagner sa motivation, de réussite avec Maes (Colis) ou livrer sa vision d’une relation intime aux côtés d’Hamza (Goosebumps).

D’ailleurs cette dernière combinaison, use du même titre que celui de Travis Scott et Kendrick Lamar. Larry a ses références et tient à nous le faire savoir. Nous sommes loin de la collection de livres pour enfants, « Chair de poule » de R.L. Stine. Fort à parier, que le morceau sera mis en vidéo. C’est loin d’être un échec musical, mais comme toute tête d’affiche ici, le résultat est prévisible, bien que voulu.

Tout est aussi bien ficelé, calculé et pesé sur l’egotrip « Double L » [Dogg SoSo & Mitch Wave] accompagné de Leto. Le feat reste réussi comme la plupart, mais une fois de plus, c’est la base, lorsqu’on fait appel à ces invités. Surtout qu’ils accomplissent cette tâche de manière régulière.

Cahier des charges

Que ce soit sur VNTM, Noblabla ou Zig Zag, le message de Larry est d’être direct, que ce soit sur l’instru ou dans ses propos. Ce qui a tendance à manquer de subtilité. Il y a de l’explicite, mais rien à retenir dans le contenu des couplets. Il peut s’avérer inintéressant tant, le cahier des charges est respecté. Les morceaux comme Crackfood et Vœux ne dérogent pas à la règle. L’application du travail des producteurs (Bersa, Dany Synthé, Dogg Soso, Voluptyk) n’est pas suffisante pour changer la donne. Ce n’est pas le but.

À force de mentionner sa baby mama, le petit prince lui dédie un titre à la onzième piste. Un thème décliné sur 6T, où il personnalise sa cité, mais conclue mollement l’album. Ce qui aurait été plus cohérent de le trouver sur la mixtape « Cité Blanche », l’exercice est manqué. Barode représente le morceau parfait pour cocher la case : introspectif.

Disant que t’es le moteur / Je suis l’essence [Baby]

Une satisfaction se dégage quand il rappe, c’est appréciable, mais Larry reste un rappeur en apprentissage. Il est charismatique, malgré son manque de proposition intrinsèque. Est-ce que l’on doit se contenter de ce qu’il nous offre ? Non. Il semble venir au micro comme s’il répondait à une offre d’emploi. Ce qui lui enlève un certain intérêt, une fois que l’album est écouté.

Échantillon de son époque

Au final, quasiment tous les rappeurs récents dans son genre, dégagent du charisme, mais paradoxalement semblent tous identiques. Aucun ne sait se livrer subtilement ou ne laisse entrevoir un état d’esprit moins homogène. On a tendance à tous les confondre et à ne pas saisir leur différence. Que ce soit dans les propos ou dans même les productions.

Larry n’est pas à pointer du doigt, « Petit Prince » est juste une occasion de revenir vaguement sur les dernières sorties depuis cette rentrée, qui se ressemblent et n’apportent rien. Entre les séries d’EP qui commencent à lasser et le manque de prise de risque. Cette chronique pourrait correspondre aux albums récents. À se demander, si l’on ne tourne pas en rond. Un manque de renouvellement, causé par la course à l’exploitation d’un genre street, de plus en plus uniforme. Raison de plus pour chacun, de trouver sa voie.

Malgré la mention Parental Advisory, il n’y a rien de dirty, tout est bien clean. Aucune phrase choc, l’artiste est là pour plaire, vulgairement au plus grand nombre. Larry n’est pas la conséquence de tout cela, il ne faudrait pas lui jeter la première pierre. C’est le schéma rap, le plus facile qui lui a été donné, celui malheureusement d’être noyé dans la masse. On aspire avant chaque écoute, à une nouvelle expérience, mais constate une déception qui elle aussi se renouvelle.

La durée de ce type de projet reste un avantage, car il s’agit d’un divertissement qui arrive à ses fins. Il n’est pas question d’agir autrement. Une partie du public a le droit d’être friand de cette consommation sans exigence musicale, mais on se doit d’attendre plus d’un artiste. En attendant, c’est un énième projet avant le suivant, l’année prochaine.

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