Solange – When I Get Home

Critique

Avec ce nouvel album, succédant à A Seat At The Table (2016) qui avait lancé sa transition artistique, Solange poursuit sur sa lancée et impressionne de nouveau avec un projet ambitieux et émancipateur.

Honnêtement, on ne l’avait pas vu venir. La sœur cadette de Beyoncé Knowles, destinée d’avance à être l’éternelle seconde, s’est pourtant construit depuis 2012 (et la sortie de l’EP True, produit par le talentueux Devonté Hynes / Blood Orange) une belle carrière solo digne de ce nom. Il y a trois ans, le superbe A seat at the Table laissait entrevoir une affirmation personnelle, et une maturation artistique parvenue à terme. Avec cette suite, Solange n’entend pas se reposer sur ses acquis et nous invite de nouveau dans son monde intérieur, où se côtoient Jazz-Funk, R’nB’ contemporain et Hip-Hop, et où se rencontrent Tyler, the CreatorGucci ManeDevonté Hynes et Metro Boomin‘.

Malgré son apparente douceur, When I Get Home est un disque sûr de lui et combattif, dont on perçoit assez facilement l’ambition d’ouvrir des portes autant chez l’auditeur que dans le milieu de la musique. Avec son nombre ahurissant d’invités (surtout pour un album ne dépassant pas les 40 minutes), Solange a voulu livrer un nouvel effort à la hauteur de son prédécesseur, et se voulant comme sa suite logique. Le résultat est à la fois satisfaisant et incroyablement inspirant, à la fois en deçà des attentes.

En effet, impossible de ne pas se réjouir devant la diversité musicale inouïe que le disque recèle, ni devant l’appel à la liberté et à l’épanouissement que Solange nous lance. Très coloré, l’album se veut être envisagé comme un bloc cohérent tout en maintenant un niveau d’invention constant ; à ce niveau, c’est réussi. Les invités ne font jamais tâche et apportent leur patte et leur savoir-faire à l’ensemble, ils parviennent à s’effacer pour ne plus donner qu’un seul écrin magnifique.

En mouvement permanent et à la fois doux et apaisant, défrichant sans cesse de nouveaux territoires musicaux, l’album ne cache pas sa portée émancipatrice et spirituelle. Pour son autrice et interprète c’est un lâcher prise total, et une prise de distance définitive vis-à-vis de sa grande sœur, businesswoman et icône ultra-marketée. Le vilain petit canard est devenu grand, et si Beyoncé est à Jay-Z Solange lui préférera nettement Kanye West, plus fou, créatif et libre.

Toutefois, on sent vite que l’ambition (grande) du disque n’est pas complètement atteinte. Alors que son précédent album A Seat at The Table avait son lot de titres forts destinés à être des singles en puissance (Cranes in the SkyDon’t Touch my HairMad), When I Get Home a pris la carte du jusqu’au-boutisme artistique, et sous prétexte de vouloir assumer complètement ses idées peut tomber parfois dans l’abus de concept et le prétentieux. A trop être la tête dans les nuages, Solange livre un disque en vase clos, difficile à aborder et prend le risque de perdre certains de ses auditeurs en route. Ainsi, malgré un clip toujours aussi beau, le titre Almeda n’a pas vraiment la carrure d’un single et ne marquera pas autant qu’un Cranes in the Sky.

Au final, la grande ambiguïté de cet album est là ; on pourra autant regretter que Solange se perde dans un trop-plein artistique que saluer son audace et sa prise de risque, et le résultat final pourra autant nous faire vibrer tout du long (pourvu qu’on ait l’esprit ouvert) que nous rebuter, et nous laisser sur le bas-côté pendant 39 minutes en l’absence de titres réconciliateurs. Mais en même temps, peux-t’on reprocher à Solange d’avoir livré son disque le plus personnel et libéré à ce jour ? A vous de voir de quel côté de la balance vous penchez, si vous êtes plutôt Beyoncé ou Kanye West.

MattMartians
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