Lorenzo – Sex In The City

Critique

Un peu malgré lui, Lorenzo trouble encore un peu plus la frontière entre rap et parodie et propose un album blockbuster qui tient la route au moins le temps de quelques morceaux.

Analyser la musique de Lorenzo n’est pas chose aisée. Particulièrement à l’heure où la frontière entre « rappeur » et « caricature de rappeur » s’est autant réduite. Une question s’impose alors à l’écoute de Sex In The City : Doit-on plutôt comparer la musique de Lorenzo aux tentatives de comedy-rap peu glorieuses et opportunistes du passé (Fatal Bazooka en ligne de mire) ou à la musique produite par les têtes d’affiche actuelles du rap français ? De quoi est-il le plus proche ? La frontière avec ces derniers est parfois trouble et semble reposer avant tout sur des éléments relatifs à l’image. Tentez de greffer un bob à l’effigie de Pikachu et des lunettes de soleil rétro sur la tête de votre rappeur préféré et il vous apparaîtra peut-être lui aussi comme un vulgaire clown déguisé en artiste.

Bouffon mais sérieusement bâti

La distinction est d’autant plus difficile à faire avec cet album qu’il a été pensé comme un véritable blockbuster de rap « léger » comme on en fait en 2019 : un morceau comme Damdamdeo aurait très bien pu se retrouver comme single de lancement de n’importe quel projet de rap français de ce registre. Plus généralement, Sex In The City est un projet qui laisse entrevoir une évolution évidente dans l’approche de la musique de Lorenzo. Véritable produit fini, calibré pour le streaming voir la radio, il laisse néanmoins beaucoup moins de place à l’improvisation du rappeur. Le projet comporte une grande diversité d’ambiances (estivale, nostalgique, abrasive…) dans lesquelles s’incruste le personnage de Lorenzo. Le panel est suffisamment large et varié pour ne pas nous lasser, du moins dans la première partie de l’album. Comme le véritable blockbuster qu’il est censé être, l’album bénéficie également d’un casting de producteur d’une certaine renommée avec les apparitions entre autres de Seezy, Vladimir Cauchemar, Skuna, ICO ou encore Pandrez. Soutenu par cette structure, le rappeur tient le rythme et maintient l’attention une bonne partie du projet.

Sur le featuring avec Les Anticipateurs – groupe de parody rap québécois- Lorenzo nous prouve qu’il fait mieux que tenir la comparaison et qu’il maîtrise certainement mieux que quiconque les subtilités de son art. Pour être une totale réussite la musique de Lorenzo semble devoir prendre place dans le mauvais goût le plus total. Les morceaux les plus extrêmes et repoussants de prime abord se révèlent en fait être les plus grandes réussites de l’album. À Contrario, en fin d’album les tentatives d’ajouter de la valeur artistique (Pumpidup ou Revolver Rose) résultent sur un rendu trop peu naturel qui déçoit. En plus d’arriver à un moment de l’album où la musique de Lorenzo commence à s’essouffler sévèrement…

Un album trop long pour son registre

« Les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures » Lorenzo ne respecte pas cet adage et propose un album de 17 titres et 50 minutes. Franchement long et épuisant pour un artiste de ce registre. La pâte Lorenzo consistant à décrire son personnage dans un enchaînement de situations les plus improbables les unes que les autres finit par lasser. Si la méthode donne lieu à quelques fulgurances – on retient quelques lignes par-ci par-là – cela ressemble surtout la plupart du temps à une succession hasardeuse de mots qui n’ont ni queue ni tête et dont il est impossible de ressortir un seul niveau de lecture qu’on les ait entendus une fois, deux fois ou cinq fois.

Lorenzo s’amuse perpétuellement à tirer sur les mêmes ficelles. C’est le cas également avec la récurrence de certains thèmes : celui du sexe – déjà très largement suggéré dans le titre de l’album – est poussé jusqu’à inclure un préservatif à l’effigie de Lorenzo dans le packaging de l’album. Chaque son va de pair avec sa petite blague grivoise quand ce ne sont pas des morceaux entiers (Sexto, Juste Un Soir, Nana…). Au point de nous rappeler qu’un des pires moments rap de la dernière décennie se nommait PZK : un groupe de cinq adolescents à peine sortis de la puberté aux textes aussi douteux que la coupe de cheveux. Seulement, là où PZK était resté dans la mémoire collective comme une simple (et très courte) blague alimentée par un ou deux singles viraux, la musique de Lorenzo est aujourd’hui prise avec beaucoup plus de sérieux par ses fans. Probablement parce qu’on lui a laissé le temps de développer son personnage sur trois albums, mais aussi très certainement parce que les standards de ce qui est jugé comme comique ou non dans le rap ne sont plus forcément les mêmes. Et qu’un personnage comme Lorenzo dépareille de moins en moins avec ses pairs.

Conclusion

Avec un album qui tend à adopter les formats du moment et à y inclure quelques apartés loufoques, Lorenzo prouve qu’il n’a plus de parodique que l’emballage. Loin du procès qui lui a souvent été fait selon lequel il se moquerait en fait de la culture rap, Lorenzo est surtout un personnage poussé à l’extrême qui fait de la musique parfois drôle, mais surtout la plupart du temps très oubliable comme en témoigne ce projet qu’on imagine très mal passer l’épreuve du temps.

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