Django : analyse d’une descente aux enfers

Fichu.

Il avait pourtant bien commencé. Suite à une accumulation d’erreurs, le rappeur Django est passé d’un buzz énorme et d’une attente palpable à un rejet massif en moins de 2 ans. Analyse chronologique d’un auto-sabotage.

Des débuts explosifs

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Lorsque Django, de son vrai nom Lazar Vachter, arrive dans le rap français avec Fichu le 3 juillet 2016, beaucoup prennent une baffe dans la gueule.

Rimes propres, références cinématographiques calibrées pour plaire à un public d’un certain âge (DBZ, Mentalist, Training Day…), clip à l’esthétique léchée, flow nerveux, le morceau Fichu est une réussite. Il atteindra rapidement le million de vues et cumule au moment où cet article est rédigé, plus de 25 millions de vues. Mais déjà, les premières critiques fusent.

Une identité propre manquante

Django, une copie de Nekfeu ? (septembre 2016)

Un rappeur blanc, avec une casquette et un style « hype », un flow rapide, un peu de technique… Il n’en fallut pas moins pour que les comparaisons avec Nekfeu abondent. Sont-elles justifiées ? Là n’est pas la question, mais à partir de ce morceau, Django ne va pas cesser de se voir reprocher sa ressemblance avec Nekfeu. C’est d’ailleurs sur ce thème que le YouTubeur Le Règlement fit sa première vidéo.

Le rappeur de l’Entourage Deen Burbigo accusera d’ailleurs une ressemblance Django/Nekfeu dans les termes suivants :

« Pour moi honnêtement il n’y a pas débat, c’est indéniable. L’influence elle est là, et elle n’a pas été digérée encore. […] Là le fait qu’il y ait Internet le mec il a tout de suite eu du succès, et honnêtement ça ressemble beaucoup, beaucoup à du Nekfeu et voir même y’a deux-trois trucs dedans. Mais du coup y a un public qui est là tout de suite, et il est bon.

Pour moi c’est un jeune qui est talentueux mais qui n’a pas encore digéré ses influences. Un Alpha ou un Ken on les disait déjà un peu Dany Dan, donc ça n’empêchera pas qu’il peut devenir quelqu’un mais par contre faut qu’il arrête quand même un peu les plagiats. Parce que là par exemple son dernier logo, je peux te le montrer tout de suite, c’est le logo de Sango, un pote à nous, qu’il a pompé de A à Z. Donc Django, si tu nous écoutes, tu as du talent mais il va falloir commencer à te démarquer. […] Il faut arrêter les plagiats. »

Voici comment en à peine quelques sons, une réputation est déjà entachée par le plagiat/la ressemblance, et ce n’est que le début d’une série d’accusations…

Django, une copie de SCH ? (décembre 2016)

2 mois après Fichu, Django sort Impala 1967, morceau chanté et autotuné, aux antipodes de Fichu. Sa fanbase étant fan du kickage et du flow de Fichu, le morceau Impala 1967 connut un relatif échec. C’est donc en décembre 2016, que Django sort Oiseaux, morceau beaucoup plus dans la trempe du morceau qui l’a fait connaître, avec flow versatile, références cinématographiques et technicité.

Le morceau étant clippé, beaucoup vont faire le rapprochement avec la gestuelle et le style du rappeur SCH. Certains allant même jusqu’à le qualifier d’hybride entre Nekfeu et SCH. Et c’est là l’un des premiers problèmes de Django, à ne pas avoir d’identité propre, on prend le risque de se faire assimiler à tout et n’importe quoi.

Django, une copie de l’emo-rap US ? (Lil Peep, XXXTentacion…) (mars 2017 – juillet 2018)

Le 5 mars 2017, Django sort le son Jason Bourne, qui est un copier/coller du flow du rappeur américain XXXTentacion.

Il publie quelques mois plus tard, le 9 octobre 2017, son premier EP : Anthracite. Celui-ci surprend car il est beaucoup plus sombre et éclectique que ses précédentes compositions. De plus, pour la première fois Django devient introspectif, faisant part de son mal-être, de sa vision désabusée de la vie et de ses troubles dissociatifs. Façade ou vrai mal-être ? Quoiqu’il en soit, Django opère un virage artistique le rapprochant de Lil Peep.

C’est le 7 juillet 2018 que ce virage est définitivement opéré avec l’EP Tue Moi, Mon Amour, S’il te Plait

Django Tue moi mon amour s'il te plait

Le titre et la cover sont assez explicites, mais c’est une fois l’EP écouté que l’on se rend pleinement compte des métamorphoses de Django. Ce n’est quasiment plus du rap, le chant est prépondérant et c’est une véritable catastrophe lyricalement. Il y a une tentative vaine de sacrifier la technique pour faire passer des choses deep, mais c’est tellement caricatural et mal composé que ça ne touche personne.

Cet EP fit un grand flop et déçut un grand nombre d’auditeurs, jugeant que ce style était beaucoup trop différent de ce qu’il était à ses débuts, et qu’il ressemblait un peu trop à Lil Peep.

Django n’a RIEN à raconter

C’est un peu moins vrai depuis sa période emo où il est beaucoup plus introspectif et se livre plus sur lui-même (c’est toujours très mal fait), mais durant sa période références/Nekfeu, Django ne racontait littéralement rien. C’est simple, ses lyrics n’étaient qu’un récital d’influences, il se contentait de masquer le vide de son personnage par des références cinématographiques ou vidéo-ludiques. Bien évidemment ça a marché les 2 premières fois, chacun étant content de voir son petit film/manga cité par un rappeur, mais à la longue, ce n’est clairement pas un axe sur lequel se positionner en tant que rappeur.

Ce fût même l’objet de moqueries, les auditeurs critiquant sa facilité à tout le temps dire « comme » et placer une référence juste après, beaucoup jugeant cette méthode un peu facile. On ressent aussi des grosses lacunes niveau business/communication, son premier EP a été lâché par surprise tandis que le second a juste bénéficié d’un tweet. La communication minimaliste peut-être un bon axe différenciant quand on a déjà une solide fanbase derrière soi. PNL peut se permettre de ne pas accorder d’interview, de ne pas communiquer sur la sortie de ses projets. Django ne le peut pas et aurait dû attendre de consolider son concept et sa fanbase.

A la manière d’un Metamorph, Django module son apparence, son style et ses sonorités sur autrui, saute de hype en hype, comme un singe sauterait de branche en branche afin de mieux rebondir. Au lieu de travailler son propre style, Django se contente de réutiliser ce qui marche déjà et de rapper dessus. Cela pose le problème de la crédibilité lorsque la hype s’effondre, il se voit contraint de changer de style, désorientant au passage ses auditeurs et passant pour un opportuniste plagiaire. Il n’y a plus qu’à lui souhaiter de devenir ce qu’il aurait dû être.

Tibbar
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Do you fools listen to music or do you just skim through it ?

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