Dour Festival 2019, une démonstration de force

Nous vous parlions de l’impressionnant line-up rap du Dour Festival 2019, que nous avons pu couvrir. Récit de nos aventures sur place.

Premier jour, le 10 juillet :

L’équipe Thésaurap étant composée de français et de belges, nous ne partions pas tous du même point. Nous avons eu quelques difficultés pour nous retrouver, le site (qui se trouve près de la frontière franco-belge) étant juste énorme. Finalement, en début de soirée, nous avons fini par planter nos tentes dans le Camping Crew.

camping Dour 2019

Première chose à noter (en dehors des si particulières éoliennes qui entourent le festival) : Dour 2019 est disposé de la même façon que Dour 2018. Il y a des changements (certaines scènes sont différentes), mais il est facile de s’y retrouver si on en a déjà fait l’expérience.

Sheck Wes Dour 2019

Une fois l’émerveillement passé, nous nous sommes empressés d’aller voir Sheck Wes (qui a été programmé par Roméo Elvis, le rappeur belge ayant eu carte blanche pour faire la programmation hip-hop du premier jour de festival). Il fera sa conclusion avec son hit Mo Bamba et laissera un public à la fois fatigué et conquis derrière lui.

23H30 et nous n’avions pas encore mangé (oui oui !). Quand il s’agit de nourriture, les festivaliers ne sont pas en reste. En effet, il y a des dizaines d’endroits où manger, et il y en a pour presque tous les goûts et pour tous les repas, passant des sucreries (crêpes, gaufres…) aux repas un peu plus complets et diversifiés (frites, hamburgers, pâtes, sandwichs, riz thaï…).

Au niveau des boissons, là encore il y avait pas mal de choix : sodas, eaux, alcools légers (vins, bières, etc.) et alcools forts (whisky). Plusieurs fontaines à eau étaient disposées sur le festival pour que les personnes présentes puissent y remplir leur gourde gratuitement. Bref, on était loin de la survie à la Koh-Lanta. Comptez de 50€ à 150€ de nourriture par personne pour l’ensemble des 5 jours (en fonction de vos besoins).

Sheck Wes est le seul concert que nous avons fait ce jour-là. Cela ne nous a pas empêchés de bien nous amuser sur le site du festival et de découvrir les ambiances et décors propres à chaque scène.

Deuxième jour, 11 juillet

NoFun Dour

Chaque jour, à 16h, dans une salle appelée le « Rockamadour » -qui a des allures de plage, comme étant une île perdue au milieu du festival-, l’équipe du No Fun Show (une émission qui parle de rap) enregistrait ses podcasts en direct.

Dinos Dour 2019

Le premier concert que nous avons fait était celui de Dinos, un rappeur qu’on apprécie tout particulièrement à la rédaction. Et même si son album Imany est vachement mélancolique, ça n’a pas empêché le rappeur de tout retourner. On passait des bangers aux ballades. Du rire aux larmes (ou presque). Il a joué son classique Namek pour le plus grand plaisir des fans de longue date qui ont chanté à l’unisson. Et enfin, il a terminé sa prestation par sa touchante Helsinki. Nous étions déjà fans du rappeur avant, nous l’étions encore plus après.

Vince Staples Dour

Ensuite c’était au tour de Vince Staples. Son concert a eu lieu sur la main stage « The Last Arena », pas très loin de la « Boombox » où venait de se produire Dinos. Le prodige californien était fidèle au personnage qu’il laisse apparaître dans ses interviews, c’est-à-dire qu’il était drôle et cynique. Le public ne semblait pas spécialement connaître sa musique mais ça ne l’a pas empêché de mettre le feu au moyen de hits comme Norf Norf. Nous vous en parlions, dans son album FM ! le rappeur parodie une émission de radio. Et sur scène, il parodie les émissions de télé. En effet, pendant sa performance, on pouvait le voir être mis en scène dans diverses séries et films populaires aux US sur le grand écran juste derrière lui. La meilleure utilisation de l’écran de scène que nous ayons vue à Dour. Il faisait chaud ce jeudi, et Vince Staples a encore augmenté la température.

Par la suite, Orelsan et J.I.D donnaient leur concert en même temps, donc nous nous sommes séparés afin d’assister aux deux.

J.I.D Dour 2019

J.I.D se produisait à la « Salle Polyvalente », une salle un peu plus petite que la Boombox, qui permet une meilleure intimité. Il a beaucoup interagi avec le public, et a même fait certains de ses couplets compliqués (car il rappe très rapidement) a cappella. Une façon de montrer que ce n’est pas un rappeur de studio, une façon de prouver qu’il est capable de réitérer en vrai ce qu’on entend sur CD. De quoi impressionner les spectateurs présents. C’est sous une pluie d’acclamations que l’artiste quitte la scène après avoir tout donné, laissant son DJ se faire plaisir, un DJ qui a également fait le show et qui a beaucoup interagi avec le public. Bref le duo était parfait et le concert mémorable.

En fin de soirée, le légendaire groupe Cypress Hill a rendu nostalgiques les spectateurs en rappant un bon nombre de leurs classiques, comme Insane In the Brain. Dour réunit plusieurs générations de rappeurs, passant des anciens aux jeunots, il y en a pour tous les âges, et pour tous les goûts, que ce soit pour les puristes ou pour les fans de la nouvelle vague de rap. C’est vraiment une force.

Nous sommes ensuite allés au « Red Bull Elektropedia », il s’agit d’une scène consacrée à la musique électronique, et les concerts durent jusqu’à 3 ou 4h du matin. Pas vraiment notre domaine de prédilection, mais nous avons quand même apprécié. Surtout la scène, elle était en plein air, ornée d’écrans et de stroboscopes. La plus belle scène du festival.

Troisième jour, 12 juillet

La fatigue commence déjà à se faire ressentir. On marche beaucoup, on fait beaucoup de pogos et on se repose peu. Mais la musique nous porte, et finalement le plaisir auditif et visuel prend le pas sur la douleur physique et la fatigue. Surtout que pour les amateurs de rap, les choses sérieuses commencent ce vendredi : Jazzy Bazz, Youssoupha, Vald, Rae Sremmurd, IAMDDB, Trippie Redd… Rien que ça ! De plus, le festival met en avant des jeunes artistes belges qui sont méconnus du grand public, comme le 77, Moka Boka, Zwangere Guy ou encore Lord Gasmique.

Nous nous sommes ensuite dirigés vers la Boombox pour voir le jeune Moka Boka présent avec ses très bons musiciens. Bien qu’il ait été programmé assez tôt -il était 14h45 mais dans le fuseau horaire de la vie d’un festivalier c’est tôt-, il y avait beaucoup de monde. Le rappeur semblait aussi ravi que le public d’être là, en témoigne ses nombreux « Doureuuuh » lancés au public (cri emblématique que les festivaliers se lancent souvent entre eux, puis y répondent de la même façon). Moka Boka Dour FestivalUn bon concert, Moka Boka ayant livré une bonne performance et même une exclu de son prochain projet, devant un public conquis. Ceux qui ne le connaissaient pas en ont probablement gardé un bon souvenir et une envie d’en découvrir davantage une fois le festival terminé.

Comme à notre désormais habitude, nous sommes allés au Rockamadour pour assister au podcast en direct du NoFun Show. Après, nous avons enchaîné sur Jazzy Bazz qui est venu défendre son album Nuit sur scène à la Boombox. En a résulté un très bon show, et à la manière de Dinos, il a alterné entre musiques rythmées et musiques plus langoureuses, et a aussi fait certains de ses classiques, dont l’excellente 64 mesures de spleen.

Après nous nous sommes dirigés vers The Last Arena pour voir Youssoupha, qui en était déjà à sa 3e expérience au Dour Festival ! Et il semblait extrêmement ravi d’être de retour, surtout que c’était sa première fois sur la scène principale. Devant un soleil couchant, il a livré un concert bon enfant, dans lequel tout le monde s’amusait et dansait. Le rappeur a beaucoup parlé, certains diront même qu’il a un peu trop parlé, mais finalement cela a mené à énormément d’interaction avec le public. C’est probablement le rappeur qui a le plus interagi d’ailleurs. Il est revenu sur l’ensemble de sa riche discographie, permettant aux fans de profiter de ses meilleures musiques.

Après une courte pause, c’était au tour de Vald, qui a enflammé le main stage avec ses désormais classiques Eurotrap, Selfie, Désaccordé et Vitrine…

Tout ça sans effort, tant le MC semblait magnifier chacun de ses morceaux, devant une foule unanime et en délire (on comptera d’ailleurs selon les propres dires de l’intéressé plus de 150 personnes évacuées par la sécurité en tentant de franchir les barrières).

Vald Dour 2019

Aux alentours de 22h, un peu avant que le concert de Rae Sremmurd ne débute, on pouvait voir affiché ceci sur l’écran du main stage :

Free Rocky Dour

En effet, A$AP Rocky était emprisonné en Suède au moment du festival alors qu’il devait être une des grosses têtes d’affiche de Dour 2019. Plusieurs artistes lui ont d’ailleurs rendu hommage.

A 22h45, le concert de Rae Sremmurd débuta, leur DJ avait mis le feu avec un DJ set regroupant les plus gros hits de rap de ces dernières années et s’était amusé à crier plusieurs « Doureuuuh » (Le DJ avait l’air de particulièrement aimer ce concept de cri/réponse du public). On regrettera juste le fait que les deux frères se contentent d’interpréter à moitié leurs musiques, c’est-à-dire qu’ils laissent la bande sonore complète et chantent par-dessus de temps en temps. Cette contre-performance est sauvée par leurs hits qui sont entêtants. Mais on espérait mieux…

Trippie Redd Dour

Il est 23h30 et le show de Trippie Redd commence. Contrairement au duo cité ci-dessus, Trippie Redd est un vrai performer, il a interprété la totalité de ses musiques, il grimpait partout, il sautait dans tous les sens. Le public était complètement acquis à sa cause, connaissant parfaitement la plupart de ses musiques. Ainsi, au moment de faire un hommage au regretté XXXTENTACION en chantant le tube Fuck Love, il a décidé de le faire a cappella, avec le public, comme une seule voix, comme un seul homme. Frissons. Après 1h de show intense, il a tiré sa révérence sous une standing ovation largement méritée. Il s’est même laissé aller à enfiler un soutien-gorge qu’une groupie avait lancé sur scène, sous les éclats de rire de son public. Trippie Redd, rappeur et rockstar à la fois. Un des meilleurs shows qu’on ait vus à Dour 2019.

Quatrième jour, 13 juillet

L’aventure Dour approchait de plus en plus à son terme, et le meilleur était encore à venir. En effet, la line-up pour le hip-hop était meilleure chaque jour qui passait. Pour ce samedi, Josman, Alpha Wann, Skepta, Zwangere Guy et Damso étaient à l’affiche.

Après avoir assisté au NoFun Show du jour, nous sommes allés voir Josman, qui a livré une solide performance. Son album J0$ est un des meilleurs de 2018, et il parvient encore à le bonifier sur scène par la qualité de ses prestations. Chapeau.

Damso dour 2019

Damso a parfaitement conclu la soirée à la Last Arena. L’an passé, c’était Booba qui était présent au même endroit pour mettre le feu. Et au final même si les deux rappeurs se détestent maintenant, ils se ressemblent dans le fond : ce ne sont pas des bêtes de scène. Le concert de Damso était bon mais sans plus, rien de très marquant, comme celui de B2O 12 mois plus tôt.

Cinquième jour, 14 juillet

Pour ce dernier jour, le programme était aussi chargé que la veille puisqu’il y avait Lord Esperanza, Jay Rock, SCH, Action Bronson, Romeo Elvis, Flatbush Zombies, Schoolboy Q parmi d’autres.

Nous sommes allés jeter un coup d’œil au concert de Lord Esperanza, au début il y avait assez peu de monde devant lui mais ça a fini par bien se remplir. S’en est suivi le concert de Jay Rock. Le membre des Black Hippy a bien interprété ses musiques, sans pour autant faire un show incroyable ou mémorable. En revanche, le public était plus motivé que jamais en ce dernier jour, et quand le rappeur a entonné sa musique WIN, c’était la guerre et le sol a tremblé.

A 22h15 commença le concert de Flatbush Zombies. Probablement le concert rap le plus énergétique de tous, ils ont fait du turn-up du début à la fin. Le groupe new-yorkais s’est même permis de rapper des musiques du projet de la Beast Coast intitulé Escape From New-York sur lequel ils apparaissent. Un excellent concert, ils se sont donnés à 200% et le public leur a bien rendu. De quoi nous achever un peu plus physiquement, mais sans le moindre regret.

Schoolboy Q

Dès la fin, nous sommes allés au concert de Schoolboy Q. Nous avions plusieurs craintes : déjà comment allait réagir le public, lui qui s’était préparé à voir A$AP Rocky ? Et le rappeur allait-il interpréter que des musiques de CrasH Talk que nous avions trouvé assez moyen ? Finalement les craintes ont été très vite effacées : le rappeur nous a fait part de quelques musiques de son dernier album (les meilleures) mais surtout il a chanté ses plus gros classiques, et a fait de nombreux hommages à A$AP Rocky. Les spectateurs n’étaient initialement pas venus à Dour pour voir un autre membre des Black Hippy, mais ils ont quand même donné tout ce qu’ils avaient et ont chanté, dansé, hurlé comme tout bon public qui se respecte. Bref, le festival a assuré en remplaçant Rocky par un autre gros rappeur américain, et ce dernier a assuré lors de sa performance.

En conclusion…

Dour Festival a réussi un tour de force et ce sur plusieurs aspects : musical (un line-up très hétéroclite, qualitatif et millimétré), environnemental (les équipes du festival ont fait un travail d’entretien remarquable) et structurel (qualité du son, emplacement, équipes du festival)… L’édition 2020 aura lieu du 15 au 19 juillet 2020 et nous promet assurément de belles surprises et un line-up toujours plus démentiel, en espérant vous y voir. Doureuuuh !

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